Le quai de Baie-Johan-Beetz porte les marques du temps. Il est désuet et « dangereux », selon Transports Canada. Le village doit maintenant décider de l'avenir de son quai s'il ne veut pas le voir se délabrer davantage. Cependant, la municipalité n'a ni les moyens financiers ni les ressources humaines pour s'en occuper. Baie-Johan-Beetz est à la croisée des chemins.

Un texte de Charles Alexandre Tisseyre

Construit dans les années 70, ce quai a longtemps été le seul lien entre le village minganois et le reste du monde. Depuis sa construction, il était utilisé par les pêcheurs et les plaisanciers de la Minganie.

« Au départ, il avait une vocation pour recevoir les marchandises à cause de l'absence de la route au village, explique le maire de Baie-Johan-Beetz, Frédérick Gagnon. C'est sûr que le quai n'a pas eu de seconde vocation avec l'arrivée de la route en 1996. À partir de là, il a été laissé aller. »

La gestion des infrastructures sous la responsabilité d'Ottawa est un enjeu récurrent de la campagne électorale. Dans l'Est du Québec, une vingtaine de municipalités, dont Baie-Johan-Beetz, sont visées par le programme de transfert des installations portuaires de Transports Canada. Le gouvernement fédéral souhaite céder l'infrastructure au village.

« Le programme est intéressant, affirme le maire Frédérick Gagnon. Mais c'est une lourdeur administrative additionnelle. Avec le personnel qu'on a à la municipalité, on suffit toute juste au roulement des opérations municipales. »

Le maire Gagnon souhaite que Transports Canada demeure entièrement propriétaire du quai, mais « qu'il le répare, le mette aux normes et le rende sécuritaire » afin d'y gérer toute activité économique éventuelle à l'avenir.

Un coup dur

Depuis mai dernier, les activités de pêche sont interdites, parce que les installations sont trop dangereuses, selon le gouvernement fédéral.

Cette décision de Transports Canada d'interdire tout déchargement au quai de Baie-Johan-Beetz a été prise en plein milieu de la saison de pêche au crabe et annoncée sans aucun préavis.

Ainsi, les pêcheurs de l'organisme autochtone AMIK ont dû décharger leur cargaison à Havre-Saint-Pierre, plutôt qu'au quai de Baie-Johan-Beetz, ce qui représente 10 heures de navigation supplémentaires.

« On parle d'une perte de centaines de milliers de dollars », soutient le directeur général de l'AMIK, Léo St-Onge, qui craint la mise à pied de plusieurs employés l'année prochaine.

Un « désengagement » à plus grande échelle

Pour le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël, la situation dans laquelle se retrouve Baie-Johan-Beetz reflète un phénomène plus large dans la région.

Il souhaite qu'Ottawa tienne compte de l'importance de la pêche pour la communauté, au-delà du scrutin du 19 octobre.

« Qu'il [le gouvernement fédéral] mette un peu plus d'effort pour soutenir nos communautés qui, historiquement, ont toujours vécu des pêches, dit-il. On sait que ce n'est pas nécessairement le cas aujourd'hui, mais il y a quand même beaucoup de communautés qui en ont besoin. Ça crée plusieurs centaines d'emplois dans ma région immédiate. »

Pour sa part, la municipalité de Baie-Johan-Beetz continue d'évaluer le programme de cession, qui a été mis en veilleuse avec le déclenchement des élections.

Elle souhaite à tout prix éviter le démantèlement de ce quai, qui est encore précieux aux yeux de la population du village.

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