Depuis qu'il a été élu premier ministre du Canada, Justin Trudeau s'est présenté comme féministe, optimiste, ambitieux. Il veut gouverner avec audace, forger des consensus. Et voilà que samedi, il s'est déclaré « général du Québec ». Rien de moins.

Emmanuelle Latraverse

  Un texte de Emmanuelle Latraverse

Un général dicte la stratégie. Il mène ses troupes au front - souvent dans l'adversité - afin de conquérir l'improbable. Il assume les victoires comme les échecs. Le général Trudeau vient donc d'assumer l'entière responsabilité du dossier Bombardier. C'est le rôle d'un premier ministre, me direz-vous. Mais dans le contexte actuel, Justin Trudeau a davantage fait monter la pression politique qu'il a éclairci le débat.

Le gouvernement Trudeau a certainement entendu les critiques qui pleuvent au Québec depuis que Bombardier a annoncé la vente de 75 avions de la C Series à Delta. Il ne peut pas ignorer celles qui lui reprochent de se laisser guider par l'allergie profonde de Bay Street pour les actions multivotantes de la famille Bombardier-Beaudoin. Les analyses selon lesquelles Bombardier ne semble pas avoir de champion autour de la table du cabinet ont certainement été entendues et commencent à faire mal.

Justin Trudeau, « général du Québec », a donc voulu calmer le jeu, promettre que, oui, le Québec fait le poids autour de la table du cabinet. Mais ce faisant, il n'a fait qu'amplifier la contradiction profonde qui sous-tend son ambivalence face à une aide fédérale pour Bombardier.

Il ne s'agit pas ici pour le gouvernement fédéral de faire un chèque d'un milliard de dollars sans condition à Bombardier. Mais en semblant exiger que la famille Bombardier-Beaudoin sacrifie son contrôle sur l'entreprise, Ottawa a jusqu'ici envoyé le signal que, dans cette négociation, c'est tout ou rien.

Il faudra voir si le gouvernement est prêt à revoir sa stratégie. Justin Trudeau ne promet-il pas un « gouvernement qui n'a pas peur des grandes idées, qui est prêt à innover »? Difficile de ne pas voir dans la C Series une grande idée, qui, comme tous les grands rêves de cette nature, vient avec son lot d'écueils et de risques.

Or, ce risque, le général ne semble pas prêt à l'assumer. Du moins pas tout de suite. Certes, cette prudence, ou plutôt cette ligne dure face à Bombardier, semble bien accueillie dans le reste du pays, où l'entreprise semble plutôt mal-aimée. Mais au Québec, Justin Trudeau devra rapidement faire la preuve qu'un général qui tergiverse vaut mieux qu'un lieutenant courageux.

Enthousiasme pour le train léger de la Caisse de dépôt

Pour faire oublier son apparente ambivalence face à Bombardier, le chef libéral a offert à ses troupes, samedi, son enthousiasme envers le projet de Réseau électrique métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

On comprendra ici qu'Ottawa veut répondre présent à la demande de financement de la Caisse pour son REM. Il s'agira d'en négocier les modalités dans le cadre de la deuxième phase de l'immense projet d'infrastructures du gouvernement.

Le gouvernement Trudeau voudrait bien qu'on voie dans son enthousiasme pour le projet de train électrique de la Caisse de dépôt la preuve qu'il est à l'écoute des priorités du Québec. Ce serait oublier que ce projet de train léger s'inscrit déjà directement dans les priorités du gouvernement : investissements en transport en commun, en infrastructures vertes, appui à des projets qui permettent d'accroître la productivité globale de la société, etc.

D'ailleurs, les dirigeants de la Caisse ont eu de multiples rencontres préalables avec Ottawa sur le sujet avant de dévoiler leur grand projet. Politiquement, le choix d'y investir n'est donc en rien comparable à celui qui concerne Bombardier.

Dans un cas, Ottawa est confronté à un projet apparemment sur mesure. Dans l'autre, il fait face à un choix controversé, qui lui demande une approche créative dans ses négociations et une bonne dose de courage politique.

Que ce soit au chapitre des concessions exigées de Bombardier ou du principe même d'un investissement fédéral, si Justin Trudeau est vraiment un général, ce dossier fait justement appel à l'audace et à l'ingéniosité qu'il a promises aux Canadiens.

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