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Bond des dépenses publicitaires aux ministères de l'Économie et de l'Éducation

Les sommes consacrées aux campagnes d'information, de communication et de publicité au sein de différents ministères du Québec ont bondi au cours de la dernière année, à l'approche des élections.

Un texte de Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

L'an dernier, les dépenses publicitaires ont été multipliées par 30 au ministère de l'Économie, par rapport à 2015. Celles du ministère de l'Éducation ont été multipliées par 26 par rapport à l'année précédente, selon les données obtenues par Radio-Canada en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

Alors qu'elles se chiffraient à moins de 100 000 $ en 2015, les sommes consacrées aux campagnes d'information, de communication ou de publicité par le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation ont atteint près de 2,5 millions de dollars l'an dernier.

Les plus gros montants ont été consentis à la campagne de promotion intitulée « Plan économique du Québec, volet création d'emplois », soit 1 259 289,92 $ en novembre et en décembre 2017.

Selon les documents transmis par le Ministère, cette campagne « avait pour objectif de démontrer les effets concrets des mesures que le gouvernement a prises en matière de développement économique régional, d'innovation et de création d'emplois ». Une somme de 330 264,25 $ a aussi été allouée à la campagne « Entreprises Québec », en plus des 766 824,36 $ consacrés à la promotion de la Stratégie maritime. Au cours des années précédentes, les campagnes avaient été moins nombreuses et moins coûteuses. La promotion de la Stratégie maritime relevait, en outre, du ministère du Conseil exécutif.

De son côté, le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur a consenti plus de 1 million de dollars en publicité l'an dernier alors qu'à peine plus de 16 000 $ y avaient été alloués en 2015, selon les renseignements transmis. À l'instar du ministère de l'Économie, c'est au Plan économique du Québec que le ministère de l'Éducation a consacré le plus d'argent, soit 1,2 million de dollars. La campagne sur la réussite éducative avait reçu pour sa part près de 50 000 $ au moment de notre demande.

Santé, Culture et Finances

Nous avons également sollicité les ministères de la Santé, de la Culture et des Finances pour connaître leurs dépenses publicitaires des trois dernières années.

Au sein du ministère des Finances, les sommes injectées dans les campagnes d'information et de communication ont connu un bond en 2016, avant de se stabiliser en 2017.

Au ministère de la Culture, les dépenses publicitaires sont aussi en hausse, mais de manière moins marquée que dans les ministères de l'Économie et de l'Éducation.

Quant au ministère de la Santé, il nous a été impossible de connaître l'évolution des dépenses publicitaires, car plusieurs campagnes étaient toujours en cours au moment de notre demande, rendant ainsi incomplète l'information qui nous a été communiquée.

Des dépenses prévisibles

Nous avons soumis ces chiffres au professeur de science politique à l'Université Laval Marc-André Bodet. Il ne s'étonne pas de voir le gouvernement recourir davantage à la publicité à quelques mois des prochaines élections.

« En étalant cette publicité-là sur la dernière année [du mandat], on peut, en tant que parti gouvernemental, maximiser son bénéfice et ainsi marquer l'agenda et s'assurer d'un avantage lorsque la campagne commence », explique-t-il.

Le choix des thèmes retenus par le gouvernement ne le surprend pas non plus.

« Le Parti libéral du Québec, son branding a toujours été l'économie. Ça a été le parti de la bonne gestion, du développement économique », poursuit le professeur.

Le directeur général des élections promet d'être vigilant

Sans commenter ces chiffres de manière précise, le directeur général des élections, Pierre Reid, promet d'être vigilant en cette année préélectorale. En Ontario, les publicités gouvernementales sont soumises au regard du vérificateur général, ce qui n'est pas le cas au Québec.

« Mais je pense que, dans l'ensemble, c'est quelque chose qu'on va regarder et, en temps et lieu, on pourra faire les recommandations nécessaires à partir des faits que nous aurons constatés durant cette période préélectorale et aussi en période électorale », souligne M. Reid.

Une responsabilité à assumer, dit le gouvernement

Les ministres de l'Économie et de l'Éducation, Dominique Anglade et Sébastien Proulx, n'ont pas voulu nous accorder d'entrevue au sujet des dépenses publicitaires de leurs ministères, nous renvoyant à leur service des communications.

Par courriel, le ministère de l'Économie nous a expliqué que « le gouvernement du Québec a la responsabilité d'expliquer le sens de ses actions et de ses décisions ainsi que leurs retombées pour les citoyennes et les citoyens ». Le Ministère fait valoir qu'il a dû assurer, au cours de la dernière année, le lancement et le déploiement de « stratégies importantes », comme la Stratégie maritime, l'enseigne Entreprises Québec et la stratégie PerforME. Il précise aussi avoir participé activement à la campagne Le Plan économique du Québec, le Ministère « étant au cœur de l'action économique » gouvernementale.

De son côté, le ministère de l'Éducation nous a expliqué par écrit qu'« en 2017, le thème de la réussite des jeunes a été mis de l'avant, avec ceux de la création d'emplois et du développement de l'économie, expliquant ainsi la variation des dépenses liées aux campagnes publicitaires ». Le Ministère ajoute qu'« il est cohérent que les actions de communications aient été rehaussées afin de sensibiliser la population à l'importance qui doit être accordée à ces enjeux ».

Selon le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, « les dépenses en publicité gouvernementale des ministères et organismes atteignaient 35,4 millions de dollars en 2013-2014 [sous le gouvernement Marois], alors que, depuis 2014, elles n'ont jamais excédé 27,5 millions de dollars ».

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