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Bonjour, hi : Lisée dit avoir « tendu le plus vieux piège du manuel »

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, admet qu'il a tendu un piège au premier ministre Philippe Couillard en présentant la motion « bonjour, hi » la semaine dernière à l'Assemblée nationale. M. Lisée voulait ainsi démontrer que les libéraux ne croyaient pas vraiment que le français constitue la langue commune au Québec.

Un texte de Yanick Cyr

« J’ai tendu le plus vieux piège du manuel », a déclaré le chef du PQ à une journaliste anglophone au sujet de la motion à l'occasion d'un point de presse, jeudi après-midi. M. Lisée a affirmé qu’il a ainsi voulu démontrer les dissensions qui ont cours sur la question linguistique au sein du Parti libéral du Québec (PLQ) et le manque de conviction de ses députés dans la défense de la langue française.

Le simple fait de demander au premier ministre du Québec d’affirmer que le français est la langue commune au Québec ne devrait pas constituer un piège en soi, a poursuivi M. Lisée en pouffant sans tenter de dissimuler sa satisfaction. « Je savais qu’il ne voudrait pas le faire parce qu’il n’y croit pas », a-t-il ajouté.

Le chef du PQ a expliqué qu’il avait accepté de négocier avec le premier ministre la formulation de la motion en retirant le mot « irritant », « qui était le mot de sa propre ministre de la langue [Marie Montpetit] », a-t-il souligné, pour priver M. Couillard d’une échappatoire. M. Lisée explique que le premier ministre ne pouvait plus trouver à redire, publiquement, sur la motion.

Le chef de l’opposition officielle a rappelé que le premier ministre avait déclaré, peu de temps après son élection, que chaque travailleur d’usine devrait connaître l’anglais au cas où quelqu’un lui poserait une question dans la langue de Shakespeare. « Quand vous avez cette vision de la langue au Québec, vous ne croyez pas que le français est la langue commune et qu’elle devrait être la langue d’usage au travail », a-t-il ajouté.

De son côté, le premier ministre Couillard a avoué qu’il a sous-estimé la portée de la motion « bonjour, hi ». La motion a été très mal accueillie dans la communauté anglophone, dont le vote est largement acquis au PLQ au Québec.

« J’ai émis la crainte que tout cela soit traité de façon un peu ridicule à l’extérieur du Québec, a déclaré le premier ministre Couillard en Chambre. Et je dois dire que les événements ont donné raison à cette crainte. On se souvient de l’ancien épisode du « pasta gate » [expression créée en février 2013, lorsque l'Office québécois de la langue française a demandé à un restaurateur de traduire des mots italiens de son menu], il y a quelque temps. On a quelque chose qui ressemble à ça dans les médias internationaux. »

Puis, fait rare à l'Assemblée nationale, Philippe Couillard s'est adressé directement aux anglophones, dans la langue de Shakespeare.

La semaine dernière, l'Assemblée nationale du Québec a voté à l'unanimité en faveur de la motion, qui demande que seul le mot « bonjour » devienne la formule d'accueil utilisée dans les commerces. Les commerçants sont ainsi invités à abandonner la formule « bonjour, hi ».

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