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Budget 2017: de tout pour tout le monde à la veille des élections

Le dernier budget du gouvernement Clark montre une province en bonne posture financière. Un budget qui permet d'offrir 902 millions de dollars en cadeaux et allégements fiscaux au cours des trois prochaines années, tout en réduisant la dette de la Colombie-Britannique. Un budget qui, visiblement, vise à satisfaire le plus de gens possible, à moins de trois mois des élections provinciales.

Une analyse de Francis Plourde

Sur le plan de la responsabilité fiscale, le gouvernement de Colombie-Britannique semble inattaquable. Pour une cinquième année consécutive, les livres sont équilibrés. Le ministre des finances annonce même un surplus de 1,458 milliards de dollars.

Avec une dette qui représente 16,1 % du P.I.B., comparativement à 31,8 % au Canada et 48,1 % au Québec, la Colombie-Britannique est aussi la seule province, à l'exception du gouvernement fédéral, qui a une code de crédit AAA.

« Ce n'est pas seulement une source de fierté », se permet de rappeler le ministre Mike de Jong, « ça nous permet de faire plus de bons choix. »

S'il y a des zones d'ombre sur le plan économique, elles ne dépendent pas du gouvernement, mais plutôt de l'incertitude qui plane sur la scène mondiale. Près de 54 % des exportations britanno-colombiennes vont aux États-Unis et 35,9 % se dirigent vers l'Asie, et les prévisions économiques de ces régions sont à la baisse.

Le ministre Mike de Jong ne s'en cache pas, alors que les Britanno-Colombiens se préparent à aller aux urnes, il mise sur le rendement de l'économie pour convaincre les électeurs d'accorder un cinquième mandat au parti libéral.

Nous sommes dans une position enviable. C'est le résultat de discipline, de dur travail. Nous n'allons pas nous excuser, nous en sommes fiers.

Mike de Jong, ministre des finances de Colombie-Britannique

Mais ce budget s'avère aussi clientéliste.

Les Britanno-Colombiens gagnant moins de 125 000$ par année, déjà les moins imposés du pays, auront droit à une baisse de la prime d'assurance santé (MSP) de 50 % dès janvier 2018. Une baisse de 50 % de la taxe provinciale sur l'électricité est aussi prévue pour les entreprises à partir d'octobre (elle sera éventuellement éliminée).

« C'est un budget qui touche à tout, à la veille d'une campagne électorale, souligne l'analyste politique Nicolas Kenny. Mais en touchant à tout, c'est difficile de s'attarder sur une grande initiative, une grande ambition, à part la réduction des primes d'assurance-maladie. On veut s'assurer de couvrir beaucoup de domaines sans investir de gros montants. »

Dans cette optique, plusieurs annonces budgétaires totalisant plus de 13 milliards de dollars sont faites pour la construction de nouveaux hôpitaux et l'amélioration de routes à plusieurs endroits de la province. Mais peu de mesures phares se dégagent.

Un manque de compassion?

Les Libéraux, accusés de manque de compassion par l'opposition officielle, à la suite du rapport sur la mort du jeune Alex Gervais alors qu'il était sous la tutelle de l'état, annoncent aussi de l'argent en santé mentale.

Au total, l'équivalent de 800 millions de dollars est prévu pour les familles et les démunis. À titre comparatif, le gouvernement investit 700 millions pour les premiers acheteurs.

« Le gouvernement investit autant pour les démunis qu'il le fait pour les premiers acheteurs, souligne Nicolas Kenny. C'est clair qu'on vise les poches des électeurs. »

Pour le professeur à l'Université Simon Fraser, ce budget fera plaisir à l'opposition, qui pourra accuser le gouvernement de ne pas faire grand-chose pour réduire les inégalités sociales nombreuses dans la province.

L'écart entre les riches et les pauvres est toujours plus important et ce budget ne fait rien pour répondre à ces disparités.

Nicolas Kenny, professeur à l'Université Simon Fraser

L'environnement : le grand oublié

Ce dernier budget avant les élections offre aussi peu en matière d'environnement : 27 millions pour la réhabilitation du caribou, 36 millions de dollars pour les parcs, 10 millions pour les plantes invasives, 18 millions pour la supervision et la gestion des mines. L'investissement le plus important - 40 millions pour le programme de véhicules propres - ne sera pas reconduit au-dela de 2018.

« C'est probablement le grand oublié de ce budget. Ce sont des initiatives très modestes, souligne Nicolas Kenny. On est très loin des libéraux de Gordon Campbell et sa taxe sur le carbone. »

Les changements climatiques, les émissions de gaz à effet de serre, la protection des habitats naturels sont pratiquement absents des prévisions budgétaires.

Pour Nicolas Kenny, la première ministre Christy Clark a laissé tomber ce secteur. « Elle est prête à laisser ce terrain aux autres partis en se positionnant comme le parti de la gestion économique, souligne-t-il. On l'a vu en 2013, avec l'enjeu de Kinder Morgan, elle veut dépeindre les Verts et le NPD comme ceux qui vont empêcher le développement économique. Elle n'a rien à gagner en allant chercher ce vote. »

Le dernier sondage Mainstreet, publié mardi matin à quelques heures du budget, semble lui donner raison. Les Libéraux et les Néo-démocrates sont présentement au coude-à-coude dans la province. Dans l'intérieur et sur l'île de Vancouver, les Verts, perçus comme étant plus proches du NPD, obtiennent 22 % d'appui. Leur montée en popularité au détriment du NPD pourrait faciliter la réélection des Libéraux. Près du tiers des électeurs disent être indécis.

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