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C.-B. : bouleversement du paysage électoral fédéral

La Colombie-Britannique est la province qui a vu le renversement de popularité le plus spectaculaire en matière de politique fédérale. Comment cette mutation se traduira-t-elle à l'élection du 19 octobre? Voici une analyse et un regard sur 13 circonscriptions où le suspens sera particulièrement relevé pendant cette longue campagne.

Un texte de Sophie Rousseau

Effondrement des conservateurs, montée fulgurante des néo-démocrates

On assiste en Colombie-Britannique à un effondrement de l'appui aux conservateurs, et à une montée en flèche de l'intérêt envers le Nouveau Parti démocratique (NPD), comme le démontre l'historique de sondages compilés par l'analyste Éric Grenier, du site ThreeHundredEight.com.

En cinq mois, les intentions de vote pour le NPD y ont presque doublé, passant de 22 à 40 %, dépassant l'appui au PC, qui a chuté de 31 à 27 %. Pourtant, la Colombie-Britannique a fortement contribué, avec l'Alberta, à la naissance des partis Alliance, réformiste et conservateur. Comment s'explique donc un tel revirement?

De 36 à 42 circonscriptions

D'abord, les quatre dernières années ont été marquées par la tension grandissante que soulèvent les projets d'énergie et de pipeline. Des projets controversés dans cette province polarisée entre une main-d'oeuvre régionale minière et forestière et un électorat urbain de plus en plus sensibilisé aux causes environnementales. À cela s'ajoutent six nouvelles circonscriptions qui transforment la carte électorale de façon parfois surprenante.

Par conséquent anticipe Éric Grenier, la Colombie-Britannique risque de bouleverser le paysage politique canadien. À la dissolution le Parti conservateur détenait 20 sièges, le NPD 12, les libéraux 2, et les verts un seul. Mais au lendemain des élections, selon M. Grenier, les conservateurs pourraient être réduits à 9 députés dans la province alors que le NPD pourrait doubler ses rangs avec 24 élus. C'est un retournement de situation que prédit M. Grenier.

Où se tiendront les luttes les plus serrées? Voici les 13 circonscriptions à suivre :

Les nouvelles circonscriptions : imprévisibles

VANCOUVER-GRANVILLE

Cette nouvelle circonscription relève carrément de la boîte à surprise. Si les libéraux et les néo-démocrates veulent inverser la balance du pouvoir, c'est la circonscription à convoiter en Colombie-Britannique. Assemblée à partir de sections de deux circonscriptions libérales, d'une néo-démocrate et d'une conservatrice, son territoire s'étend du sud de False Creek jusqu'au Fraser en suivant la rue Granville.

Le Parti libéral y mise sur sa candidate vedette Jody Wilson Raybould, une ancienne procureure de la Couronne, qui a travaillé à la Commission des traités et a été chef, pour la Colombie-Britannique, de l'Assemblée des Premières Nations. Mais les néo-démocrates lui opposent une militante connue dans la communauté : Mira Oreck, une ancienne de l'Institut Broadbent, qui s'est fait les dents aux campagnes électorales du maire de Vancouver, Gregor Robertson, et de Barack Obama. Le candidat conservateur, Erinn Broshko, est un avocat, conseiller en investissements et ancien PDG d'une entreprise biomédicale.

DELTA

Précédemment divisée entre Delta-Nord, Delta-Sud et Delta Richmond-Est, cette nouvelle circonscription pourrait être le théâtre de la course à trois la plus serrée de la province, selon l'analyste Éric Grenier, de ThreeHundredEight.com.

La députée sortante conservatrice, la ministre du Revenu national Kerry-Lynne Findlay, est devenue la ministre de premier plan en Colombie-Britannique depuis la démission du ministre James Moore. Elle fait face à deux nouveaux venus, le néo-démocrate Jeremy Leveque, étudiant au doctorat en sociologie, et la libérale Carla Qualtrough, une athlète paralympique.

VANCOUVER-SUD

Cette circonscription à forte population immigrante a historiquement alterné entre conservateurs et libéraux. Aux élections de mai 2011, Wai Young, du Parti conservateur, a ravi le siège au député sortant libéral, l'ancien premier ministre de la Colombie-Britannique Ujjal Dosanjh. Cette fois, les libéraux misent sur Harjit Sajjan, un lieutenant-colonel des forces armées canadiennes, pour reprendre le siège.
Mais de récents sondages placent le NPD en deuxième place dans cette circonscription aux limites modifiées, même s'il n'y a pas encore nommé de candidat. Ce qui augure une course à trois intéressante.

COURTENAY-ALBERNI

Formée de deux circonscriptions ayant élu des conservateurs, Courtenay-Alberni pourrait toutefois effectuer un retour à ses racines NPD. Le député conservateur de l'ancienne circonscription Nanaimo-Alberni, James Lunney, a quitté son parti avec fracas, critiquant le manque de tolérance envers ses vues sur l'évolution chrétienne, et ne se représente pas. C'est le député de la circonscription du nord de l'île de Vancouver John Duncan qui s'y présente sous la bannière conservatrice.

Mais un sondage mené le mois dernier par le groupe Dogwood Initiative illustre à quel point certains enjeux peuvent faire basculer la balance du pouvoir. Les résidents se disent majoritairement opposés à l'accroissement du trafic pétrolier au large de l'île de Vancouver, et 33 % d'entre eux se disent prêt à élire le NPD, qui y est représenté par Gord Johns, un directeur de la chambre de commerce de Tofino, foncièrement opposé au pipeline Northern Gateway.

OKANAGAN-SUD KOOTENAY-OUEST

Avec la retraite du député néo-démocrate au long cours Alex Atamenko, cette circonscription formée des anciennes régions sud de l'Intérieur, Okanagan-Coquihalla, et Kootenay-Columbia laisse prévoir une course serrée.

Si les résultats de 2011 y étaient transposés, la circonscription passerait aux conservateurs, représentés par Marshall Neufeld. Mais il s'agit aussi d'une des circonscriptions se déclarant les plus enclines à voter NPD, selon un sondage effectué le mois dernier par le groupe Dogwood Initiative, expliquant cette tendance par une opposition notoire aux projets d'énergie pétrolière. L'auteur ornithologue Dick Cannings s'y présente sous la bannière NPD.

Un paysage électoral divisé par les pipelines

BURNABY-NORD - SEYMOUR

Cette nouvelle circonscription tient presque du monstre à trois têtes. Composée d'une section de North Vancouver, tenue par les conservateurs, et de Burnaby, territoire néo-démocrate du député sortant Kennedy Stewart, c'est aussi le théâtre d'une lutte environnementale intense.

En effet, le pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan, qui doublerait le trafic de navires pétroliers, doit déboucher au large de cette circonscription. Ceci donne des ailes au Parti vert, dont la candidate s'est trouvée sous les projecteurs : la professeure d'université Lynne Quarmby s'est fait arrêter en protestant contre Kinder Morgan. Le NPD, appuyé par le maire de Burnaby, y présente aussi une personnalité s'opposant au pipeline : l'ancienne juge provinciale Carol Baird Ellan. Les conservateurs quant à eux ont jeté leur dévolu sur le conseiller municipal de North Vancouver, Mike Little.

NORTH VANCOUVER

Là aussi le projet de pipeline de Kinder Morgan galvanise l'électorat, et pourrait donner lieu à une course serrée. Selon un sondage mené en juillet par Dogwood Initiative, 63 % des électeurs de North Vancouver se disent opposés à toute hausse de trafic pétrolier.

De quoi inquiéter le député conservateur Andrew Saxton, qui s'y présente à nouveau. Il avait emporté la circonscription avec 49 % des voix en 2011. Les néo-démocrates ont nommé Carleen Thomas, une militante de la Première Nation Tsleil-Waututh menant localement la lutte contre le pipeline Trans Mountain. Elle devra faire face à une autre voix s'opposant au pipeline, une recrue de taille pour le Parti vert : la météorologue et présentatrice de CBC Claire Martin. Le Parti libéral a nommé Jonathan Wilkinson, un homme d'affaires en technologies environnementales.

L'Intérieur en évolution

KOOTENAY-COLUMBIA

Le conservateur David Wilks, qui y a remporté les élections de mai 2011 avec 55 % des voix, s'y présente à nouveau. Mais avec une nouvelle configuration, cette circonscription en plein bastion conservateur de la Colombie-Britannique, terre de mines et de fonderies, pourrait basculer chez les néo-démocrates, qui y ont nommé l'ancien maire de Cranbrook, Wayne Stetski. Don Johnston, ancien directeur de Jeunesse Canada Monde, se présente sous la bannière libérale.

NORTH OKANAGAN - SHUSWAP

Percer dans l'Intérieur, traditionnellement peint de bleu, a toujours été un défi pour les néo-démocrates. Mais c'est ce que la candidate NPD Jacqui Gingras tente de faire. Le site ThreeHundredEight.com donne 56 % de chance de gagner à cette nutritionniste professeure d'université vivant sur une ferme hors réseau, et ce, même si les conservateurs y ont largement emporté trois élections de suite. Ils y ont nommé Mel Arnold, l'ancien président de la B.C. Wildlife Federation.

KAMLOOPS-THOMPSON-CARIBOO

Élue depuis 2008, la conservatrice Cathy McLeod a conservé son siège en 2011, remportant l'élection avec 52 % des voix, et elle se présente de nouveau. Mais cette circonscription redessinée inclut de nombreux travailleurs des mines et scieries de la région, qui ont par le passé élu des candidats NPD. Une percée du nouveau venu néo-démocrate Bill Sundhu, un avocat en droits de la personne, n'y est pas exclue.

Une mini vague verte?

SAANICH-GULF ISLANDS, VICTORIA

La chef du Parti vert et députée de Saanich-Gulf Islands, Elizabeth May, qui a détrôné le ministre Gary Lunn en 2011, compte bien maintenir son siège. Mais elle espère surtout faire élire une autre députée verte. Aux militantes et personnalités médiatiques recrutées par les verts à North Vancouver et Burnaby-Nord Seymour, s'ajoute l'ancienne journaliste et animatrice de radio pour CBC, Jo-Ann Roberts, qui espère rafler la circonscription de Victoria au néo-démocrate Murray Rankin. Le NPD n'y avait été élu, lors d'une partielle en 2012, qu'avec une mince marge de 1200 votes devant les verts.

Les vedettes

VANCOUVER-CENTRE

Apparemment imbattable, la libérale Hedy Fry est en poste depuis 1993 et a gagné sept fois contre des candidats aussi variés que Svend Robinson et Lorne Mayencourt. Les conservateurs lui opposent Elaine Allan, dont le profil est un peu inhabituel pour des conservateurs. Elle a travaillé pour des organismes à but non lucratif actifs dans le Downtown Eastside, dont l'Armée du Salut et la John Howard Society.

SURREY-SUD - WHITE ROCK

Cette nouvelle circonscription, qui inclut une grande partie de l'ancienne circonscription de Surrey-Sud-White Rock-Cloverdale, est détenue par le conservateur Russ Hiebert depuis 2004. Une campagne à suivre pour voir évoluer sa candidate vedette. C'est la mairesse populaire de Surrey, Dianne Watts, qui reprend le flambeau pour les conservateurs, en mal d'une personnalité dans la région depuis le départ du ministre James Moore. La candidate libérale y est Joy Davies, de White Rock, une fondatrice de la Canadian Medical Cannabis Partners Society.

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