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Ces citoyens canadiens qui ne peuvent pas voter

En juillet, avant le déclenchement des élections, la Cour d'appel de l'Ontario a donné raison à Ottawa qui veut interdire aux Canadiens vivant à l'extérieur du pays depuis plus de cinq ans de voter. Une décision qui ne fait pas l'affaire d'un expatrié canadien vivant dans l'État américain de Washington.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

La région de Seattle dans l'État américain de Washington est un véritable paradis pour les amateurs d'informatique. Le géant Microsoft y a établi son siège social à Redmond et plusieurs autres entreprises ont suivi cet exemple. C'est dans une banlieue de Seattle que vit depuis plusieurs années le Montréalais d'origine Nicolas Duschatel de Montrouge.

« On m'a déjà dit que si tu veux être un chef, tu vas à Paris, ou bien en mode, tu vas à Milan. En informatique, c'est Silicon Valley en Californie, et maintenant Seattle », explique l'ingénieur.

Mais sa décision de s'installer sur la côte ouest américaine est venue avec un coût. Comme il vit à l'extérieur du Canada depuis plus de cinq ans, il ne pourra pas voter le 19 octobre. « Je suis Canadien, je vais retourner au Canada à un moment donné. Pourquoi décider que je suis moins important que d'autres personnes », se demande-t-il.

Cette spécificité dans la loi électorale canadienne avait été contestée en 2012 par deux Canadiens vivant aux États-Unis. Ils avaient gagné au tribunal de première instance. Mais en juillet, la Cour d'appel de l'Ontario a donné raison au gouvernement dans une décision de deux juges contre un.

Cette décision avait suscité certaines critiques, dont celle de l'acteur canadien installé aux États-Unis Donald Sutherland.

Questionné sur ce sujet en campagne, Stephen Harper qui venait de parler en compagnie de Wayne Gretzky, lui-même expatrié, a répété la vision de son gouvernement. « Nous avons des lois claires qui précisent que les élections canadiennes sont décidées par des résidents canadiens. Je ne pense pas que cette réalité ait été dénoncée par M. Gretzky », a répondu aux journalistes le chef conservateur.

D'autres comme Nicolas Duschatel de Montrouge ne se gênent pas pour réclamer leur droit de vote. Surtout que, dans son cas, il est passionné de politique canadienne.

Tellement que, jeudi dernier, il a organisé une soirée avec d'autres Canadiens expatriés dans l'État de Washington pour regarder le débat des chefs. Dans son entourage, tout le monde ne s'offusque pas autant que lui de ne pas avoir son mot à dire aux élections fédérales.

« Ça me dérange davantage que je n'aie pas le droit de vote chez moi où j'habite [aux États-Unis] parce que c'est ça qui m'impacte présentement », lance Émilie Drouin, l'une des amies du Montréalais d'origine qui est venue assister au débat. Mais tout le monde dans son entourage approuve le fait que Nicolas Duschatel de Montrouge ait décidé de militer pour son droit de vote.

Être candidat, sans pouvoir voter

Pour protester, Nicolas Duschatel de Montrouge a décidé de montrer ce qu'il considère être une incohérence de la loi électorale.

Parce que s'il est précisé qu'il ne peut pas voter, rien ne l'empêche de se porter candidat lors d'élections générales. Tout ce qui est réclamé est d'être citoyen canadien, d'être âgé de plus de 18 ans et de recueillir 100 signatures dans la circonscription où l'on désire se présenter.

Nicolas Duschatel de Montrouge a donc décidé de le faire dans la circonscription de Calgary-Heritage, celle-là même qui est représentée par Stephen Harper. Le candidat indépendant ne s'attend pas à gagner, ni même à recueillir beaucoup de votes. Ce qu'il veut, c'est se battre pour que les expatriés puissent voter.

Il reconnaît que ce ne sont pas tous les expatriés qui paient des impôts au Canada, mais croit tout de même qu'ils sont touchés par des décisions en matière d'affaires étrangères et de commerce et qu'ils contribuent au rayonnement du Canada sur la planète. « Tu ne peux pas partager avec le monde juste à Montréal, Toronto ou Vancouver. Il faut aller dans le monde. Mais les gens qui le font doivent être encouragés », lance-t-il.

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