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Chantal Pilon a obtenu un contrat de la Ville chaque mois pendant 5 ans

Il n'y a rien eu d'illégal et les montants en cause sont relativement modestes, mais l'intensité de la relation d'affaires a de quoi impressionner.

La compagnie de la candidate à la mairie de Rimouski, Chantal Pilon, a obtenu un contrat de la Ville, en moyenne, tous les mois au cours des cinq dernières années.

64 contrats - 78 factures

Une demande d'accès à l'information a permis de constater que « G communication marketing » a expédié 78 factures à la Ville de Rimouski entre août 2012 et mars 2017.

La valeur totale des contrats est relativement modeste et s'établit à environ 215 000 $ selon les documents de la Ville.

« Impossible, ça ne se peut pas »

Lorsqu'interrogée sur les quelques 80 factures expédiées par sa compagnie à la Ville de Rimouski, Chantal Pilon a spontanément répondu que la chose était « impossible » avant d'ajouter: « Ça ne se peut pas ».

Mais après une rapide vérification, Madame Pilon a confirmé l'obtention de 64 contrats de la Ville par sa firme.

Elle en établit la valeur à 183 687 $ avant taxes et note qu'il ne faut pas confondre contrat et facture, car la Ville peut régler le paiement d'un contrat en plusieurs versements.

Pour Madame Pilon, la Ville de Rimouski n'est que l'un des 827 clients avec qui sa compagnie a fait affaire depuis sa fondation.

Dissiper tous les doutes

Interrogé sur le sujet, l'ancien ministre des Affaires municipales et aujourd'hui professeur invité à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP), Rémy Trudel, juge qu'une telle addition de contrats soulève des questions légitimes.

Compte tenu de l'époque, il place la barre très haut et affirme que la candidate a l'obligation morale « d'éclairer la situation par une déclaration solennelle. »

L'ancien ministre dit qu'il ne faut pas porter d'accusations ni disqualifier une personne d'un poste électif parce qu'elle a eu des relations d'affaires avec un corps public.

Mais il ajoute qu'une personne dans cette situation doit « dissiper toutes espèces de doutes », de « nuages » ou de « soupçons » qu'il pourrait y avoir sur sa candidature.

Pour lui, c'est un enjeu d'éthique et de transparence qui doit ultimement permettre à l'électeur de faire un choix éclairé au moment du vote.

Monsieur Trudel a accepté de commenter ce dossier sur la base des informations que nous lui avons communiquées.

De 88 $ à 13 599 $

Le plus modeste des contrats obtenus de la Ville par G communication marketing est de 88 $ pour la production de simples cartons d'invitation et le plus important est d'une valeur de 13 599 $ pour un guide d'information d'une cinquantaine de pages.

On trouve aussi un contrat d'environ 700 $ pour « l'élaboration d'une stratégie de communication et la rédaction de 2 communiqués de presse avec messages clés » selon les mots de la facturation présentée par G à la Ville.

Entente de gré à gré et appels d'offres sur invitation

Tous les contrats obtenus par G communication marketing l'ont été soit par appel d'offres sur invitation (une 20aine pour une valeur d'environ 131 000 $) soit par entente de gré à gré (entre 40 et 50 pour une valeur d'environ 80 000 $).

Une telle façon de faire respecte la Loi, car aucun des contrats octroyés n'a une valeur supérieure à 25 000 $, ce qui à l'époque était la valeur minimale pour l'enclenchement du processus classique d'appel d'offres..

Chantal Pilon s'est dite surprise d'une telle répartition des contrats entre les formules gré à gré et appels d'offres sur invitation.

G communication marketing se présente sur son site Internet comme « la seule entreprise de communication globale dans l'Est du Québec ».

Elle emploie une dizaine de personnes dans ses bureaux à Rimouski et à Rivière-du-Loup.

Chantal Pilon a répondu rapidement à toutes les questions que nous avons posées sur le sujet lors d'un premier entretien téléphonique, puis dans un courriel et finalement lors d'une entrevue à la caméra.

Achat de compagnie et SOPER

Chantal Pilon reconnaît qu'elle a négocié l'achat de sa compagnie à l'homme d'affaires Gonzague Drapeau en avril 2012.

Elle était alors et pour encore trois ou quatre mois directrice générale de la SOPER, la Société de promotion économique de Rimouski dont le financement est essentiellement assumé par la ville.

Elle assure que son employeur était au courant de ses démarches et que tout s'est fait selon les règles.

Les premiers contrats

Selon le Registraire des entreprises, G communication marketing a été officiellement immatriculée le 9 juillet 2012. Il s'agit alors d'une « coquille vide » selon les mots de madame Pilon.

Elle quitte la SOPER le 3 août 2012 et assume la gestion de sa nouvelle entreprise à compter du 6 août 2012.

Neuf jours plus tard, elle expédie une première facture à la Ville.

Le montant réclamé est d'environ 4 000 $ et constitue une partie du paiement d'un contrat de 23 134 $. Celui-ci a été obtenu en février 2012 par la compagnie qu'achètera Chantal Pilon plus tard dans l'année.

Trois autres factures seront expédiées à la Ville le mois suivant.

Chantal Pilon assure que tout s'est toujours fait selon les règles et dit que l'intensité de la relation d'affaires de sa compagnie avec la Ville n'a rien à voir avec son amitié avec l'ancien maire Éric Forest ou les contacts développés au fil des ans avec l'appareil municipal.

« J'ose croire », dit-elle, que cette relation d'affaires s'explique par la qualité du service offert : « On livre ce que l'on promet » dit-elle de l'approche de sa compagnie face à ses clients.

Commentaire d'Éric Forest

Lors d'un entretien téléphonique, vendredi, l'ancien maire Éric Forest a reconnu que le nombre de contrats était important.

Il ignorait la chose, assure qu'il n'est jamais intervenu dans l'attribution de contrats et se dit persuadé que toutes les règles ont été respectées. Monsieur Forest rappelle que sous sa gouverne les règlements adoptés à ce sujet étaient plus contraignants que ceux imposés par Québec.

Quant à sa relation avec Chantal Pilon, il en parle comme d'une relation professionnelle très grande, mais ne va pas jusqu'à la qualifier d'amitié.

Vendre sa compagnie?

Lors de l'annonce de sa candidature, madame Pilon a dit que si elle est élue mairesse, sa compagnie ne soumissionnera plus sur les contrats de la Ville de Rimouski, de la MRC de Rimouski-Neigette ou de tout autre organisme où elle siègerait.

Elle a alors évoqué l'idée d'éventuellement vendre sa compagnie si une telle situation en venait à menacer l'avenir de l'entreprise: « Si, advenant le cas où ça deviendrait trop dangereux pour la survie de G, je prendrai les bonnes décisions », a-t-elle alors dit.

L'argent des citoyens

Dans ce genre de dossier, l'ancien ministre Rémy Trudel, dit que les apparences comptent autant que la réalité.

Il pense ainsi que Chantal Pilon pourrait profiter de ce débat pour proposer sa vision de la gestion des fonds publics, car, après tout, dit-il, « ce n'est pas notre argent, c'est l'argent des citoyens. »

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