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Chrystia Freeland définit le rôle du Canada dans le monde

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a prononcé mardi à la Chambre des communes une allocution sur les priorités du gouvernement Trudeau en matière de politique étrangère, insistant sur la nécessité pour le Canada de promouvoir et de défendre le libre-échange, le principe de l'inviolabilité des frontières, le multiculturalisme et la protection de l'environnement.

Aux yeux de la ministre Freeland, le Canada doit aussi jouer un rôle actif en accueillant les persécutés et en défendant les droits des femmes, des gais et lesbiennes, des transgenres et des minorités qu'elles soient religieuses, culturelles, ethniques, raciales ou encore linguistiques.

« Personne ne nous a donné le rôle de faire la police dans le monde, mais nous avons clairement le rôle de défendre ces droits dans le monde », a déclaré Chrystia Freeland, citant en exemple le fait que le Canada ait accueilli plus de 40 000 réfugiés syriens.

Et les sociétés ouvertes sont menacées dans le monde actuel, a poursuivi Mme Freeland en substance, avant d'enchaîner sur la question de l'environnement avec un message directement adressé aux États-Unis : « Comme l'a dit le premier ministre Justin Trudeau la semaine dernière, le Canada est profondément déçu par la décision du gouvernement fédéral américain de se retirer de l'Accord de Paris sur le climat ».

Chrystia Freeland dit qu'Ottawa s'efforcera de faire progresser ce dossier dans l'ensemble des États-Unis avec « tous les paliers de gouvernement et avec ses partenaires d'affaires, ceux du monde du travail et de la société civile ».

Plus de 1000 organisations américaines ont signé une déclaration dans laquelle elles s'engagent à respecter les objectifs de l'Accord de Paris, malgré la décision annoncée la semaine dernière par Donald Trump.

Le protectionnisme : pas une option pour le Canada

Sans jamais citer nommément le président Donald Trump, Mme Freeland a rejeté les politiques de ce dernier, non seulement en matière de lutte contre les changements climatiques, mais aussi en matière d'immigration et de relations commerciales.

Le protectionnisme, a statué la ministre canadienne, n'est pas une solution appropriée pour faire face aux enjeux économiques actuels.

Il existe un « sentiment généralisé que trop de gens ont été oubliés ou trahis » par les mutations économiques, mais ce n'est pas pour autant au commerce international qu'il faut s'en prendre, a-t-elle affirmé.

Dans son plaidoyer pour le libre-échange, Chrystia Freeland a déclaré que si le monde du travail avait tant changé, c'était plutôt en raison de l'automatisation et de la révolution numérique.

Elle a par ailleurs réitéré le désir du Canada d'améliorer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui unit le Canada aux États-Unis et au Mexique. Un accord qui laisse le président américain Donald Trump si insatisfait qu'il en a ordonné la renégociation, le 18 mai dernier.

Le député conservateur de Charlesbourg et Haute-Saint-Charles, Pierre-Paul Hus a déclaré ne pas être contre le fait que le Canada trace sa propre voie. « Par contre on ne doit pas jouer en disant : "On met les États-Unis de côté", pour aller jouer avec nos partenaires européens ou ailleurs à l’étranger. Donc, on doit avoir un discours qui est rassembleur et on doit toujours trouver une façon de travailler avec les Américains. Même si le président Trump est particulier, on doit travailler avec lui, trouver une façon de l’amener à collaborer », a-t-il souligné.

Pour sa part, la porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière, est d'avis que « c’est extrêmement important que le Canada s’exprime fermement sur une série d’enjeux face à l’administration américaine. C’est sûr, il n’est pas question de se lancer des tomates, c’est un voisin important, c’est un partenaire important, mais il faut aussi être ferme sur nos principes, nos valeurs ».

Elle estime que sur la question de l'environnement, le Canada aurait pu le faire plus fermement. « D’autres pays parlent de manière beaucoup plus directe, je pense là à Mme Merkel, à M. Macron, et au-delà des paroles, il faut aussi prendre action sur ces enjeux que l’on dit défendre ».

Des frontières assiégées

Dans son discours aux communes, Chrystia Freeland a déploré que le principe d'inviolabilité des frontières soit de plus en plus « assiégé ».

Petite-fille d'immigrants ukrainiens, la ministre, qui a été déclarée persona non grata par le régime de Vladimir Poutine en mars 2014, a dénoncé « l'annexion illégale » d'un territoire de l'Ukraine par la Russie. « Nous ne pouvons accepter ou ignorer cet acte », a déclaré Chrystia Freeland, recueillant ainsi les applaudissements des députés canadiens.

Le Canada entend accroître le financement de ses forces armées, a dit Mme Freeland, une annonce que fera d'ailleurs son homologue à la Défense Harjit Sajjan, mercredi, à la Chambre des communes. Cet été, la Défense canadienne déploiera des troupes en Lettonie.

« Il ne peut y avoir de lien plus clair que l'OTAN et l'article 5 (sur le principe de la défense collective) sont au coeur de la politique nationale de sécurité du Canada », a déclaré Chrystia Freeland.

Or, en janvier dernier, à quelques jours de son investiture, Donald Trump avait qualifié l'OTAN d’« obsolète ».

Une démocratie mise en péril

Chrystia Freeland estime que la démocratie au Canada et dans le monde est « directement et stratégiquement menacée par le régime dictatorial en Corée du Nord, par des crimes contre l'humanité en Syrie, par les monstrueux extrémistes de Daech et par l'aventurisme et l'expansionnisme militaires de la Russie ».

Et pour sa défense, il serait mal avisé pour le Canada de s'en remettre uniquement au « parapluie de sécurité des États-Unis ».

C'est en maintenant son engagement avec les États-Unis, avec le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) et avec tous ses autres partenaires internationaux que le Canada a du poids dans le monde, conclut en résumé Chrystia Freeland.

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