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Chrystia Freeland interpelle les Américains et dénonce le protectionnisme

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a profité de la tribune qui lui était offerte lors d'un dîner de remise de prix à Washington, mercredi soir, pour condamner les récents agissements et propos du président américain, Donald Trump, ainsi que ses mesures commerciales protectionnistes.

Après avoir rencontré plus tôt dans la journée le Comité des affaires étrangères du Sénat américain, Mme Freeland a accepté le prix de diplomate de l’année décerné par le magazine américain Foreign Policy, une référence en matière de politique étrangère.

Devant une assemblée composée d’ambassadeurs, d’élus et de journalistes, Chrystia Freeland a saisi l’occasion pour marteler une fois de plus le message que Justin Trudeau et elle véhiculent depuis le 1er juin dernier.

C’est à cette date précise que sont entrés en vigueur les tarifs douaniers américains de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium provenant, entre autres, du Canada.

« [Le Canada et les États-Unis] partagent la plus longue frontière non défendue du monde », a lancé Chrystia Freeland.

« Nos soldats se sont battus et sont morts aux côtés des vôtres lors de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale, en Corée, en Afghanistan et en Irak », a-t-elle pris soin de rappeler à son auditoire.

Pour mettre en vigueur les droits de douane sur l'acier et l'aluminium, les États-Unis ont invoqué l'article 232 du Trade Expansion Act de 1962, qui permet au président de décréter des tarifs douaniers sur certaines importations, si cela est jugé nécessaire pour la sécurité nationale.

« Les surtaxes du 232 imposées par les États-Unis sont illégales selon les règles commerciales de l’OMC [Organisation mondiale du commerce] et de l’ALENA [Accord de libre-échange nord-américain], a-t-elle indiqué. Elles sont du protectionnisme pur et simple. Elles ne sont pas une réponse aux actions injustes prises par d'autres pays et qui ont mis l’industrie américaine en position de désavantage. »

Du même souffle, Mme Freeland a ajouté que le Canada n’avait d’autre choix que de répliquer « avec une réponse mesurée, parfaitement réciproque, dollar pour dollar » en imposant des surtaxes à son tour.

« Nous agissons en collaboration étroite avec nos partenaires qui partagent la même opinion, comme l'Union européenne et le Mexique. Eux aussi sont nos alliés, et ils partagent notre étonnement et notre conviction », a rappelé Chrystia Freeland.

Dans un long discours ponctué de quelques rondes d’applaudissements, la ministre Freeland a aussi rappelé la « force des alliés traditionnels » lorsqu’ils travaillent main dans la main, de même que les valeurs de la démocratie libérale. Le mot « amis » a été entendu à quelques reprises dans son allocution, lorsqu’elle s’adressait directement aux Américains. Fait notable : elle n’a pas prononcé une seule fois le nom de Donald Trump durant son discours.

« Nous savons tous que nous serons plus forts avec les États-Unis dans nos rangs – et dans un rôle de leader. Mais peu importe ce que ce formidable pays décide de faire, permettez-moi de préciser très clairement que le Canada connaît exactement sa position. Et nous relèverons le défi », a conclu Chrystia Freeland.

Des appuis chez les sénateurs américains

La ministre Freeland a par ailleurs trouvé dans le Comité des affaires étrangères du Sénat américain un allié dans sa bataille contre les surtaxes imposées par l'administration Trump.

Après une rencontre avec les sénateurs mercredi à Washington, qu’elle a qualifiée de « cordiale et très directe », la ministre a répété devant la presse qu’elle espérait que « le bon sens allait l’emporter » dans ce dossier.

Mme Freeland a affirmé qu’il était « franchement absurde » de penser que le Canada pourrait constituer un danger pour la sécurité américaine.

Ses propos ont été appuyés par deux membres du comité sénatorial, ceux-ci réitérant l’amitié qui lie les deux voisins et rappelant que la frontière entre le Canada et les États-Unis est la plus longue frontière non protégée au monde.

Alors que le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker affirmait que les tarifs douaniers imposés étaient « un abus présidentiel », le sénateur démocrate du New Jersey Bob Menendez notait que le Canada est « un allié important des États-Unis ».

« Tu peux te disputer avec un allié, mais tu dois discuter », a commenté M. Menendez.

Négociations de l’ALENA

Interrogée sur la renégociation de l'ALENA, Mme Freeland a affirmé que les discussions se poursuivaient et qu’elle en avait elle-même eu de très bonnes à ce sujet avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, lors du Sommet du G7 organisé à La Malbaie.

Chrystia Freeland rencontrera d’ailleurs M. Lighthizer jeudi pour continuer les échanges sur la question.

Malgré l'élection présidentielle mexicaine du 1er juillet et les élections américaines de mi-mandat prévues en novembre, le Canada n'a « pas de date limite » pour renégocier l'ALENA, comme l’a d’ailleurs souligné mercredi le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, à l'occasion du Forum économique international des Amériques, qui se tient à Montréal.

Plus tôt ce printemps, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, avait avancé la date du 17 mai pour qu'un accord puisse être adopté par le Congrès avant les élections de mi-mandat, en novembre.

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