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Climat de travail préoccupant à l'Assemblée nationale

Démission d'environ 10 % du personnel, climat de peur, pression du politique : voilà autant de problèmes dénoncés par les employés administratifs de l'Assemblée nationale depuis plus d'un an. L'ambiance de travail est si préoccupante qu'une firme externe sera embauchée pour faire la lumière sur la situation.

Un texte d’Alexandre Duval

Radio-Canada a obtenu copie de plusieurs documents rédigés depuis le printemps dernier. Il s’agit de lettres envoyées à la haute direction par des représentants syndicaux ou encore de résumés des rencontres tenues entre les parties.

Le portrait qui en ressort est plutôt inquiétant. Dès le 17 mai 2017, deux syndicats qui représentent près de 375 employés de l’Assemblée nationale sonnaient l’alarme au sujet du climat de travail.

Dans une lettre envoyée à la directrice des ressources humaines, ils déplorent que de nombreux employés, dont certains cumulent plus de 15 ans d’expérience, aient démissionné.

La situation est même qualifiée d’« hémorragie » par les représentants du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) et le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ).

Les départs sont surtout enregistrés à la direction des ressources financières, à la direction de la sécurité et à la direction des communications, selon les syndicats.

Des chiffres qui parlent

Vérification faite, pas moins de 58 employés administratifs de l’Assemblée nationale ont claqué la porte entre le 1er janvier 2016 et le 15 octobre 2017.

Ce nombre est élevé; en excluant le personnel politique, l’Assemblée nationale comptait 458 employés permanents et 184 employés temporaires en date du 31 mars 2017.

Parallèlement, le nombre de congés de maladie enregistrés à l’Assemblée nationale s’est aussi révélé préoccupant : 85 arrêts de travail ont été déclarés, dont 35 ont duré plus de 8 semaines.

Ces chiffres obtenus grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics ne permettent toutefois pas de conclure qu'il s'agit d'épuisement professionnel dans tous les cas.

Dégradation du climat de travail

Si l’on en croit les représentants syndicaux, ces nombreux départs successifs ne sont pas le fruit du hasard.

Depuis près d’un an, des employés se plaignent notamment que des postes vacants ne sont pas remplacés. Ils évoquent aussi « un inconfort [...] à parler aux autorités des problèmes liés à leur climat de travail par crainte de représailles ».

Pour bien saisir l’ampleur du problème, le SPGQ et le SFPQ ont sondé leurs membres de l’Assemblée nationale du cours de l’été 2017. Résultat : 33 pages de commentaires liés au mauvais climat de travail et à la nécessité de s’y attaquer.

Manque de civisme

Ce document a été remis en mains propres au secrétaire général de l’Assemblée nationale, Michel Bonsaint, lors d’une rencontre tenue avec les syndicats le 15 septembre dernier.

« Le climat de peur est une constatation qui revient souvent dans les commentaires », peut-on lire dans le résumé de cette rencontre produit par les représentants syndicaux.

On y fait mention d’un « manque de civisme » pouvant mener au harcèlement dans plusieurs directions de l’Assemblée nationale. Il apparaît également que les employés ne se sentent pas épaulés par la direction des ressources humaines.

Mea culpa

D’après le résumé de cette rencontre, le secrétaire général s’est montré surpris d’apprendre que des employés se sentaient ainsi, bien qu’il avait rencontré les représentants syndicaux quelques mois plus tôt.

Le SPGQ et le SFPQ ont notamment demandé à M. Bonsaint de mettre en place un code du civisme pour l’ensemble de l’Assemblée nationale, une recommandation à laquelle il s’est montré ouvert.

M. Bonsaint a également reconnu des lacunes dans sa gestion du personnel. Des employés lui reprochaient notamment d’avoir mis tous ses efforts dans le projet de construction d’un nouveau pavillon d’accueil à l’Assemblée nationale.

M. Bonsaint a aussi répondu favorablement à la demande la plus importante des délégués syndicaux : embaucher une firme externe pour mener une consultation neutre au sujet du climat de travail à l’Assemblée nationale.

Pression du politique

Lors d'une nouvelle rencontre, le 21 décembre dernier, la haute direction a confirmé qu’un appel d’offres serait lancé à l’hiver pour mener cette consultation. Les représentants syndicaux se sont montrés encouragés.

Le compte-rendu de cette réunion fait toutefois état d’un écueil qui n’avait pas été abordé jusque-là : les employés administratifs semblent vivre des mauvais traitements de la part du politique.

« Dans les dernières années, beaucoup d’employés ont senti que le politique en menait toujours plus large, au point où il ne semble plus y avoir de frontière entre eux et le politique », peut-on lire.

« Les délégués (syndicaux) estiment que les employés qui côtoient le politique sont mal protégés. Souvent, les députés les confondent avec leur propre personnel, ce qui est inapproprié. »

Face à ces comportements, le secrétaire général a dit n’avoir aucune tolérance. « Il compte profiter du renouvellement de la législature en 2018 pour instaurer de nouvelles balises à l’attention du politique », indique le compte-rendu.

Le secrétaire général, Michel Bonsaint, et le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, ont décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada.

La direction des communications de l'Assemblée nationale précise toutefois que la consultation à venir doit permettre à l'institution d'être « en concordance avec les bonnes pratiques de gestion ».

Quant aux délégués syndicaux, ils ont aussi préféré ne pas commenter et laisser le processus actuel suivre son cours.

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