Retour

Cloutier, Léger, Maltais : les départs s'enchaînent au PQ

Un aspirant chef déçu de 40 ans, Alexandre Cloutier, quitte la politique. Une vétérane élue une première fois il y a 22 ans, Nicole Léger, passe le flambeau. La gardienne du dernier bastion péquiste à Québec, Agnès Maltais, leur emboîte le pas. Des départs qui, selon le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, « font partie de la vie politique » et risquent de toucher tous les partis, alors que commence la saison des investitures en vue des élections générales.

C'est depuis Alma, « là où tout a commencé », que le député péquiste Alexandre Cloutier a fait l'annonce, mardi, de son départ à la fin de son mandat, à l'automne 2018, tout comme ses collègues Agnès Maltais et Nicole Léger.

« Je n’ai aucun regret, j’ai la fierté de dire que j’ai tout essayé, que j’ai tout donné », a déclaré Alexandre Cloutier, 40 ans, élu une première fois en 2007 dans la circonscription de Lac-Saint-Jean, puis réélu lors des trois élections suivantes.

« Ça prend des raisons qui viennent nous chercher au plus profond de nous-même pour continuer à exercer cette fonction. Malheureusement, cette motivation m’a quitté récemment, et je sens le besoin de me retirer de la vie politique active pour voir d’autres réalités et développer d’autres aptitudes », a déclaré M. Cloutier.

En outre, le député explique que la façon de faire de la politique aujourd’hui ne lui plaît pas du tout.

« Mes premiers chapitres en politique sont donc écrits, ajoute-t-il, bien qu’en toute sincérité, à 40 ans, je suis incapable d’exclure qu’il y en ait d’autres. »

Selon notre correspondant parlementaire Sébastien Bovet, le départ d’Alexandre Cloutier a été vécu comme une surprise au PQ.

Un aspirant chef qui n'a pas eu sa chance

Alexandre Cloutier, qui incarnait les forces de la relève au PQ, s'est illustré au cours des dernières années en terminant deuxième lors de deux courses à la direction du parti : en 2015, derrière Pierre Karl Péladeau, et un an plus tard, derrière Jean-François Lisée.

M. Cloutier est actuellement vice-président de la Commission des transports et de l’environnement et porte-parole de l'opposition en matière d’éducation, de recherche, de persévérance scolaire et d’alphabétisation.

Il avait également occupé les fonctions de ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et à la Gouvernance souverainiste au sein du gouvernement de Pauline Marois, de 2012 à 2014.

Nicole Léger : un pilier du PQ tire sa révérence

Élue pour la première fois en 1996 dans la circonscription de Pointe-aux-Trembles, dans l’est de Montréal, Nicole Léger a elle aussi annoncé mardi qu’elle mettait fin à une vingtaine d'années de vie politique - elle avait pris une pause de 2006 à 2008.

Elle a d’abord voulu faire une mise au point à propos d’une rumeur qui circule à l’effet qu’on lui aurait demandé de laisser sa place à Jean-Martin Aussant afin que l’ex-député péquiste fasse son grand retour au PQ.

« C’est faux, a-t-elle assuré. Personne ne m’a rien demandé. C’est à moi seule de décider de poursuivre ou de ne pas solliciter un nouveau mandat. C’est donc sans aucune pression de quiconque que j’annonce que ne solliciterai pas un nouveau mandat le 1er octobre prochain. »

Au nombre de ses réalisations dans sa circonscription, elle a mentionné le centre communautaire Mainbourg, le Carrefour jeunesse-emploi, la maison des naissances et le train de l’Est.

Nicole Léger, qui a joué un grand rôle dans l’élaboration des centres de la petite enfance (CPE) et dans la création du ministère de la Famille, n’a pas manqué de souligner sa fierté à cet égard.

« Être une élue est une tâche noble, a-t-elle dit. Je me suis donné à 150 %, sept jours par semaine, depuis la première fois que j’ai été élue, le 5 décembre 1996. Sept mandats d’un don de soi total. Responsable et dédiée. Il est temps pour moi de passer le flambeau; à d’autres maintenant de le porter. »

Le PQ, une histoire de famille

Mme Léger est la fille de feu Marcel Léger, un des sept premiers députés du PQ en 1970. M. Léger avait été élu dans la circonscription de Lafontaine, qui incluait à l’époque Pointe-aux-Trembles.

Mme Léger est porte-parole de l'opposition officielle en matière de Conseil du Trésor et d'accès à l'information. Elle est aussi vice-présidente de la Commission de l’aménagement du territoire depuis le 8 décembre dernier.

Nicole Léger a dû affronter un cancer à l'automne 2015. Elle est revenue à l'Assemblée nationale quelques mois plus tard.

Mme Léger a notamment été ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance au sein du gouvernement de Lucien Bouchard, de 1998 à 2001, puis ministre déléguée à la Lutte contre la pauvreté et l'exclusion dans le gouvernement de Bernard Landry, de 2001 à 2003. En 2012, Pauline Marois l'a nommée ministre de la Famille, poste qu'elle a occupé jusqu'en 2014.

La députée péquiste a remporté sa dernière élection dans Pointe-aux-Trembles par plus de 5000 voix, avec plus de 43 % des suffrages, loin devant les autres principaux partis.

Et de trois : Agnès Maltais se retire aussi

En après-midi mardi, c’était au tour d’Agnès Maltais, seule représentante du PQ dans la région de Québec, d’annoncer son départ.

« J’annonce aujourd’hui que je quitterai la vie politique à la fin de mon mandat, après 20 ans d’engagement », a déclaré la députée de Taschereau.

Elle a ajouté que son chef en avait été informé il y a quelques semaines déjà.

« Je quitte parce que ça fait 20 ans, a-t-elle poursuivi. Ces 20 années, je les ai menées tambour battant, au pouvoir comme dans l’opposition, dans mon comté, dans ma région et sur tout le territoire québécois. »

Celle qui a gagné six élections a occupé quantité de postes importants durant son passage en politique, notamment celui de ministre de la Culture (1998 à 2001) et celui de ministre du Travail (2012 à 2014).

Elle occupe actuellement les fonctions de porte-parole de l’opposition officielle en matière de laïcité et en matière de culture et de communications.

Elle est également responsable des dossiers de la région de la Capitale-Nationale, en plus d’être vice-présidente de la Commission de la culture et de l’éducation.

Mme Maltais assure qu’elle continuera à s’impliquer socialement. « J’aime le Québec, je crois que je pourrais encore servir ce pays du Québec, mais ce ne sera pas comme députée. »

La députée sortante a tenu, avant de quitter, à mettre ses adversaires en garde.

« Je suis certaine que mes adversaires sont soulagés de mon annonce. Mais Taschereau est un endroit que j’aime trop pour le laisser dans les mains de la droite. Alors je vous assure que nous garderons Taschereau et que le comté redeviendra un château fort du Parti québécois. »

« On n’a pas fini de voir les feux d’artifice d’Agnès Maltais à Québec et au Québec », a conclu Jean-François Lisée.

Pas de crise au PQ, dit Lisée

Pour le chef du Parti québécois, présent lors des annonces de Nicole Léger et d'Agnès Maltais, ces départs s'inscrivent dans un processus normal qui se produit au bon moment.

« On est dans la saison des investitures. Vous allez voir quelques départs, et vous allez voir des gens qui se présentent à nouveau, a dit M. Lisée. Au début d’une année électorale, c’est le bon moment, par respect pour les militants, pour le parti et pour les électeurs du comté, d’annoncer ses couleurs si on décide de ne pas se représenter. Que ce soit Alexandre, Nicole, ou d’autres dans les jours qui viennent, c’est un geste de respect, ça me donne la capacité de prendre des décisions dans mon cabinet fantôme. »

Cela n’a rien à voir avec sa décision de ne pas tenir de référendum lors d’un éventuel premier mandat, a-t-il assuré. « Si vous demandez à ces quelques députés pourquoi ils partent, ils vous diront que ça n’a rien à voir avec le fait que nous avons décidé de réaliser l’indépendance du Québec dans un deuxième mandat. »

Quant au message que cela envoie aux troupes, M. Lisée croit que ce sont des décisions personnelles qui touchent tous les partis. « Ça fait partie de la vie politique et vous allez avoir des conférences de presse comme celle-ci à la CAQ, au Parti libéral, peut-être même à Québec solidaire. »

M. Lisée assure n’avoir demandé à aucun membre de son caucus de le quitter.

D'autres départs et des rumeurs

Radio-Canada a par ailleurs pu confirmer que les péquistes François Gendron et Claude Cousineau ne se représenteront pas aux prochaines élections. Doyen de l’Assemblée nationale, M. Gendron quittera la vie politique après 41 ans à titre de député de la circonscription d'Abitibi-Ouest.

M. Gendron a tenu à spécifier sur sa page Facebook qu'« il est vrai que [sa] période de réflexion est bel et bien amorcée ». Il ne confirme cependant pas son départ après 11 mandats.

Plusieurs autres députés du PQ et du Parti libéral (PLQ) seraient par ailleurs en réflexion quant à leur avenir politique, notamment Nicolas Marceau (PQ), Jean-Marc Fournier (PLQ), Jacques Chagnon (PLQ) et Norbert Morin (PLQ).

Pour notre correspondant parlementaire Sébastien Bovet, il est dans l’ordre des choses que des députés vétérans se posent des questions sur la suite des choses.

« Il faut comprendre qu’à neuf mois des élections, qui sont prévues pour le 1er octobre, il est tout à fait normal que des vétérans comme Mme Léger ou MM. Cousineau et Gendron choisissent de ne pas se représenter. Même chose chez les libéraux, éventuellement, avec Jacques Chagnon et Jean-Marc Fournier. Là où ça deviendrait anormal, c’est si de jeunes députés élus récemment décidaient de quitter. On pourrait alors parler de problèmes dans les partis politiques, mais ce n’est pas le cas en ce moment. »

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Le secret derrière les trop longues douches de ce jeune homme...





Rabais de la semaine