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Comment faire mieux contre le groupe armé État islamique?

Quatre-vingt-douze jours après avoir pris le pouvoir, 520 jours après avoir établi dans un discours bien publicisé les principes qui devaient guider la participation du Canada dans la guerre contre le groupe armé État islamique (EI), Justin Trudeau n'a toujours pas expliqué aux Canadiens comment il compte passer de la parole aux actes.

  Un texte de Emmanuelle Latraverse

La raison est bien simple : convaincre les Canadiens que le Canada intensifie ses efforts dans la guerre contre le groupe terroriste tout en retirant ses avions de chasse du combat relève presque de la quadrature du cercle.

Le principe semblait simple pour différencier les libéraux de « Harper, le guerrier ». Mais les 47 mots sur l'avenir de la mission dans les 97 pages de la plateforme libérale n'offrent que peu de réponses pour un gouvernement qui doit aujourd'hui convaincre les Canadiens que le pays en fait davantage quand, dans les faits, il se prive d'un outil aussi symbolique que ses CF-18.

C'était avant Paris, avant Jakarta, avant Ouagadougou.

Un discours en constante progression

Pas surprenant dans un tel contexte que le discours du gouvernement et de ses principaux ministres dans le dossier semble en constante évolution.

En novembre, le premier ministre semblait ferme.

Puis l'hiver est finalement arrivé, les ministres ont finalement eu le temps de plonger dans leurs dossiers, le temps a filé, le Canada a été ignoré par une grande rencontre des principaux pays dans la lutte contre l'EI et voilà, la logique a changé. La décision tardait parce que le gouvernement libéral consulte ses alliés et pendant ce temps, les frappes aériennes continuent et se sont même intensifiées par moment.

Et voilà que cette semaine, alors que les questions de multiplient, le ministre de la Défense nationale a pris un autre virage, celui de la prudence et de la responsabilité.

Justin Trudeau et ses ministres ont tant fait miroiter aux Canadiens qu'il serait possible de faire mieux en Irak et en Syrie sans les CF18, qu'ils se voient obligés de développer un plan de plus en plus complexe pour répondre à toutes les facettes de ce conflit social et politique.

Apprendre des erreurs du passé

Les libéraux ont toujours reproché aux conservateurs d'avoir engagé le Canada au sein de la coalition sans objectif précis. Alors qu'ils définissent leur propre vision, le sens et l'ambition de cette mission gagnent en complexité.

Le spectre de la douloureuse guerre en Afghanistan plane soudainement et semble inspirer la réflexion du ministre de la Défense. Pour Harjit Sajjan, le Canada doit éviter les erreurs du passé.

On comprend mieux soudainement pourquoi le nouveau plan semble si long à définir. Contribuer aux efforts internationaux ne suffit plus, le gouvernement tente d'élaborer une stratégie cohérente où les efforts militaires s'imbriquent dans la stratégie de développement international de concert avec les efforts politiques.

Voilà pourquoi, soudainement, on entend les ministres du gouvernement parler d'une approche qui s'étend au-delà de l'Irak et la Syrie, une approche qui vise à éviter que l'EI prenne pied dans d'autres états fragiles de la région.

Cette approche de « l'ensemble du gouvernement » avait servi à recentrer les efforts du Canada en Afghanistan à la suite du rapport Manley. En la faisant planer, le gouvernement Trudeau se donne comme mandat de réussir contre le groupe armé État islamique, là où le Canada et ses alliés ont échoué face aux talibans et face à Al-Qaïda en Afghanistan.

Le risque de la paralysie

La barre est d'autant plus haute pour le gouvernement Trudeau qu'en ces 100 premiers jours, il a fait de redorer l'image du Canada sur la scène internationale une priorité.

Heureusement, le gouvernement indique en coulisses que les réponses viendront au cours des prochains jours, du moins avant le fatidique anniversaire des 100 jours au pouvoir... question d'éviter que la recherche d'une solution au problème de la guerre contre le groupe armé État islamique ne devienne un symbole de paralysie au sein du jeune gouvernement Trudeau.

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