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Comment Rachel Notley et Jason Kenney aident et nuisent à leur parti

Bien que plusieurs électeurs conservateurs se disent impressionnés par la première ministre néo-démocrate de l'Alberta Rachel Notley, peu sont prêts à voter pour elle lors des prochaines élections provinciales. Plusieurs choisiront le chef conservateur Jason Kenney, même s'ils ne l'aiment pas nécessairement.

Un sondage effectué auprès de 1200 répondants par Trend Research pour CBC, dans le cadre de la série « The Road Ahead » (en anglais) révèle une disparité entre la popularité des chefs et de leur parti respectif.

Rachel Notley est plus populaire que le Nouveau Parti démocratique (NPD), tandis que Jason Kenney l’est moins que le Parti conservateur uni (PCU). Selon le sondage, l’enjeu le plus important pour les Albertains est de choisir un chef capable de remettre l’économie provinciale en marche et de faire construire des pipelines. Le PCU remporterait les élections, prévues au plus tard le 31 mai 2019, si elles se tenaient aujourd’hui.

« [Jason Kenney] a de meilleures chances de faire avancer les choses », affirme Don Rausch, un électeur conservateur qui a participé à l’un des trois groupes de discussion de CBC. Un autre électeur conservateur, Stephen Carlton, décrit Rachel Notley comme aimable et crédible, mais affirme qu’il votera pour Jason Kenney, car la première ministre n’en a pas fait assez pour l’économie et les pipelines. Plusieurs vantent l'expérience de ministre fédéral de Jason Kenney.

L’impression qu’ont faite les chefs de parti sur ces électeurs est cruciale, comme en témoignent les résultats du sondage.

Trente-six pour cent des répondants se disaient impressionnés par Jason Kenney, faisant de lui le chef le plus populaire. Trente-deux pour cent se disent impressionnés par Mme Notley, davantage que le nombre de personnes qui partagent sa vision politique, soit 26 %.

« Normalement, les électeurs votent pour un chef, mais je ne crois pas que ce soit le cas cette fois », affirme pour sa part le professeur en science politique de l’Université Mount Royal, Duane Bratt.

Selon le professeur, certains électeurs n’aiment pas nécessairement Jason Kenney, mais voteront quand même pour lui, car ils sont d’accord avec lui sur la question de l’économie. « Peut-être qu’on a besoin de quelqu’un qui va dire ses quatre vérités à Ottawa, qui va faire construire un pipeline et qui va prendre les décisions difficiles pour équilibrer le budget », affirme-t-il.

Ceux qui sont les plus susceptibles d’affirmer qu’ils sont impressionnés par le chef du PCU vivent à Calgary (43 %) et dans les zones rurales (44 %) et détiennent un diplôme d’études secondaires ou moins (44 %). Ceux qui sont les plus susceptibles d’affirmer qu’ils sont impressionnés par la chef du NPD ont un diplôme d’études postsecondaires (59 %), vivent à Edmonton (41 %) et n’ont pas toujours vécu en Alberta (37 %).

Une élection décidée d’avance?

Selon Duane Bratt, il semble que les dés soient jetés avant même le vote. Quatre électeurs sur cinq affirment avoir déjà décidé pour qui voter. Le Parti conservateur uni récolterait 53 % du vote des électeurs décidés, contre 29 % pour le NPD. De tous ces électeurs, 81 % affirment que leur choix de vote est « très ferme » ou « ferme ». Quatorze pour cent disent que leur choix n’est « pas très ferme » ou « pas du tout ferme », alors que 5 % sont indécis, ne savaient pas ou n’ont pas répondu.

« C’est inhabituel de voir un vote aussi ferme, ça dit beaucoup au sujet de l’état de l’Alberta en ce moment. Les Albertains ont beaucoup souffert. Qui blâmez-vous lorsque l’économie va mal? Vous blâmez le gouvernement », analyse Duane Bratt.

« Le plus gros problème est qu’on n’a fait que parler et qu'on n’a pas bougé », affirme Don Rausch, qui a participé à un des groupes de discussion. « Le seul moyen d’avancer est de remettre l’économie sur ses rails », renchérit Rob Marsh, électricien de 65 ans.

L’enjeu le plus important

Les électeurs semblent croire que l’économie a stagné, qu’elle prend trop de temps à se rétablir et qu’il n’y a pas de plan pour réduire la dépendance de l’Alberta au pétrole et pour diversifier l’économie. Tous blâment le NPD et Rachel Notley. La majorité des répondants du sondage croient que le PCU est le mieux placé pour défendre les intérêts économiques de l’Alberta.

Janet Brown, qui a supervisé le sondage pour CBC, affirme que puisque l’économie est l’enjeu prioritaire des Albertains, les électeurs auront tendance à choisir le parti qu’ils croient le plus qualifié pour gérer cet aspect. Le sondage révèle également que le NPD a perdu son ascendant sur deux de ses enjeux phares, la santé et l’éducation.

Trente-cinq pour cent des répondants croient que le PCU serait mieux capable de gérer l’enjeu de la santé, comparé à 30 % pour le NPD. Sur l’enjeu de l’éducation, le PCU mène avec 34 %, contre 32 % pour le NDP.

Selon le professeur Duane Bratt, c’est un coup dévastateur pour ce parti, qui est censé avoir la main haute sur ces deux enjeux sociaux. « Le NPD n’a pas besoin d’une avance sur ces enjeux, il a besoin d’une avance insurmontable. Si je me fie à ces données, ça en prendrait beaucoup pour que Jason Kenney ne devienne pas premier ministre de l’Alberta », affirme-t-il. L’élection ne devrait toutefois pas avoir lieu avant une année complète et beaucoup de choses peuvent se produire d’ici là.

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