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Conclusion du PTP : Harper très enthousiaste... ses adversaires beaucoup moins

Si le chef conservateur, Stephen Harper, accueille avec enthousiasme l'entente sur un partenariat transpacifique (PTP), annoncée lundi, les réactions de ses rivaux oscillent entre optimisme prudent et opposition farouche. Le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, somme le gouvernement de dévoiler avant le scrutin l'intégralité de l'accord, dont seules les grandes lignes ont été révélées.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Revêtant ses habits de premier ministre, Stephen Harper a réagi à l'accord devant des drapeaux canadiens plutôt que dans un cadre partisan.

« C'est un jour historique pour le Canada », a lancé le chef conservateur, manifestement ravi, au cours d'une conférence de presse à Ottawa. « Merveilleux », « ambitieux » : il a multiplié les qualificatifs élogieux, soulignant qu'un « marché de 800 millions de clients », « presque sans tarifs », s'ouvrait aux producteurs et aux exportateurs canadiens.

Les 12 pays partenaires de l'entente ont un produit intérieur brut de 30 000 milliards de dollars, a-t-il indiqué, se réjouissant particulièrement de la présence du Japon, 3e économie mondiale. Ce sera le « plus important partenariat économique du monde », a-t-il insisté.

Cet accord « protégera l'économie canadienne », « protégera les emplois et créera d'autres emplois pour les générations à venir », a-t-il dit. C'est un « élément clé de notre plan pour gérer l'économie », a soutenu Stephen Harper, qui vise la création de 1,3 million de nouveaux emplois par diverses mesures.

Harper minimise la brèche dans la gestion de l'offre

L'entente permet de maintenir le système de gestion de l'offre dont bénéficient certains marchés agricoles canadiens, a soutenu Stephen Harper, même si elle les ouvre partiellement aux pays étrangers.

« Une très modeste partie [du marché] a été ouverte », a dit le chef conservateur, expliquant qu'entre « 96 % et 98 % vont rester aux mains des producteurs canadiens », selon des secteurs visés.

Pour contrer la perte de revenus des agriculteurs canadiens et la valeur de leurs quotas, M. Harper a indiqué que le Cabinet avait déjà approuvé « une aide substantielle » de 4,3 milliards de dollars destinée aux agriculteurs pour les 15 prochaines années. Ce montant, a-t-il reconnu, inclut toutefois la compensation pour l'entente conclue en 2013 avec l'Union européenne, qui n'est toujours pas entrée en vigueur.

« Il y aura quatre éléments de cette compensation : un programme de garantie du revenu, un programme de garantie des valeurs des quotas, un fonds de modernisation de la transformation [...] et une initiative de développement des marchés », a-t-il expliqué.

« Il n'y aura pas de pertes dans ce secteur », a assuré le chef conservateur.

Il a ajouté que l'entente allait « clairement profiter à l'industrie automobile », qui a elle aussi exprimé des préoccupations.

Il a dit espérer que l'accord pourra entrer en vigueur d'ici deux ans.

À l'issue de sa déclaration, le chef conservateur a répondu à une quinzaine de questions des journalistes, un nombre plus élevé que depuis le début de la campagne.

À Atlanta, où les 12 partenaires du PTP ont tenu une conférence de presse, le ministre fédéral sortant du Commerce international, Ed Fast, s'est voulu rassurant et a affirmé que le Parlement débattrait de l'entente après l'élection du 19 octobre.

S'il a dit ne pas s'attendre à des pertes d'emplois, il a reconnu que certaines industries « devraient s'adapter ».

Mulcair somme le gouvernement de rendre l'accord public dès maintenant

L'une des charges les plus virulentes contre le chef conservateur a été menée par son adversaire néo-démocrate.

« Il est inconcevable que Stephen Harper signe des ententes secrètes en plein milieu d'une campagne électorale », a soutenu Thomas Mulcair, à Toronto, en marge d'une annonce consacrée à la culture. Il a d'ailleurs réclamé la divulgation du texte final du PTP avant que les Canadiens ne se rendent aux urnes, le 19 octobre prochain.

« Il sacrifie nos fermes familiales, il abandonne les travailleurs automobiles, il va faire grimper le coût des médicaments, et nos artistes et notre culture sont plus que jamais en péril », a-t-il poursuivi.

Même si Stephen Harper se vante d'avoir signé des ententes de libre-échange avec des dizaines de pays, le Canada n'en affiche pas moins, depuis le début de l'année, « le pire déficit commercial de l'histoire canadienne », a affirmé M. Mulcair.

« Nous avons déjà perdu 400 000 emplois manufacturiers bien rémunérés », a-t-il rappelé.

UNIFOR (qui regroupe le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier et le Syndicat national de l'automobile, de l'aérospatiale, du transport et des autres travailleurs et travailleuses du Canada) évalue que le PTP entraînera des pertes de 20 000 emplois, a-t-il indiqué.

Les ententes internationales déjà conclues avant celle-ci ont déjà coûté des centaines de millions de dollars aux producteurs laitiers du Québec, a-t-il soutenu, rappelant que cette industrie représentait 92 000 emplois directs et indirects dans la province.

Trudeau promet une « discussion ouverte »

Interrogé par les médias en marge du dévoilement de la plateforme électorale de sa formation, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a pour sa part refusé de dire formellement s'il soutenait l'entente, donnant toutefois de solides indices en ce sens.

« Le Parti libéral du Canada est un parti en faveur de l'échange international, des accords commerciaux », a-t-il soutenu, parlant du PTP comme d'une « entente très, très importante ».

Il a cependant ajouté qu'un gouvernement libéral serait à l'écoute de la population et des élus.

« Ce que nous nous engageons à faire, c'est d'abord de bien étudier cet accord [...], d'écouter les Canadiens sur les impacts que ça va avoir dans leurs industries, dans leurs communautés et d'avoir un processus ouvert et responsable au Parlement pour la ratification de cet accord important », a assuré Justin Trudeau.

« Ce ne serait pas comme 10 ans de M. Harper, ce serait un exemple de comment le Parlement peut bien fonctionner », a-t-il dit.

Reconnaissant que l'accord soulevait « plusieurs questions » concernant les agriculteurs soumis à la gestion de l'offre et l'industrie automobile, le chef libéral a dit avoir « hâte d'entendre les représentants de ces secteurs ».

Duceppe et May affichent leur déception

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'est dit « déçu » de la brèche ouverte dans le système de gestion de l'offre, qui touche particulièrement les agriculteurs du Québec.

« Ce n'est pas une modeste brèche », a-t-il soutenu au cours d'un point de presse à Montréal. Combiné avec l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, l'entente entraînera une perte de 25 000 $ par producteur laitier, a estimé le chef bloquiste.

La compensation de 4,3 milliards de dollars consentie aux agriculteurs ne satisfait pas Gilles Duceppe, qui n'y voit pour l'instant qu'une promesse. Le revenu des agriculteurs doit être « maintenu intégralement », a-t-il martelé, lui qui réclame déjà 300 millions de dollars pour les producteurs de fromage.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, s'est elle aussi désolée de la conclusion de l'entente. « Mauvaise nouvelle », a-t-elle commenté sur Twitter. Le gouvernement a « oublié » le lait et la volaille, a-t-elle déploré, ajoutant : « encore une perte de souveraineté ».

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