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Conseil municipal de Tracadie: aux sources d'un malaise

La scène se déroule en juillet dernier, quelques semaines après les élections municipales. Tous les membres du conseil de Tracadie sont réunis dans un chalet pour mettre cartes sur table. La rencontre se veut informelle, détendue. Des croustilles, des boissons gazeuses, des hors-d'oeuvre, quelques bières... tous les éléments sont réunis pour une franche discussion.

Le nouveau maire, Denis Losier, a défait le maire sortant Aldéoda Losier. Denis Losier, en voulant faire avancer son projet de centre sportif multifonctionnel quand il n'était pas en politique municipale, a froissé publiquement quelques conseillers d'expérience qui ont été réélus. Certains de ses commentaires sur Facebook ont déplu. Il en est question lors de cette rencontre. L'épineuse question des conflits entre des pompiers et le nouveau chef, Denis Savoie, est aussi abordée. La rencontre se termine dans la bonne humeur, par des poignées de mains et des embrassades.

Le conseiller Geoffrey Saulnier s'en souvient bien. « On s'est tous vidé le coeur. Oui, on a eu une entente. On a donné carte blanche au maire au sujet des pompiers. À la fin, quand on est sorti de là, on s'est tous donné une poignée de main et tout était beau. »

La municipalité a ensuite embauché des consultants pour faire enquête sur la gestion du service d'incendie.

Mais l'entente n'a pas duré, selon Geoffrey Saulnier. « Ce cas-là pour les pompiers, il aurait fallu que ce soit réglé depuis longtemps. Le chef pompier a eu des plaintes contre lui par des pompiers pas contents. Les plaintes ont été adressées au directeur général, mais ça n'a pas abouti. »

Lundi dernier, le conseil municipal a voté à six contre cinq pour faire enlever deux points à l'ordre du jour d'une réunion publique. Il s'agissait de modifier l'organigramme de la Ville, ce qui aurait entraîné le départ du chef de la brigade d'incendie et du directeur du développement économique et touristique.

« Il y a des conseillers qui ne travaillent pas avec nous, déplore Geoffrey Saulnier. Au commencement, on était trois contre sept. Là, depuis quelques réunions, on a vu qu'il y en a un autre qui a embarqué avec nous autres. Je trouve ça inacceptable. Actuellement, c'est à qui donnera le plus de misère à monsieur le maire. On dirait que les solutions que le maire amène, [...] pour eux, ce n'est pas bon, c'est trop rapide. »

La conseillère Ginette Brideau-Kervin a voté pour l'élimination des deux points à l'ordre du jour. « J'ai certainement été surprise et brusquée, explique-t-elle. On s'était rencontrés la semaine précédente. Le maire nous avait présenté un document concernant toute une restructuration. Mais vendredi dernier en après-midi, quand j'ai reçu l'ordre du jour, ces deux points-là y étaient. J'ai pensé que ça n'avait aucun bon sens. On était censés en discuter encore plus largement. Moi j'ai été élue pour servir les meilleurs intérêts de l'ensemble de la collectivité. Quand on parle d'abolir des postes, il faut qu'on s'assure de ne pas exposer la municipalité à des poursuites. Cela pourrait coûter des milliers de dollars aussi à nos citoyens. Je ne peux pas prendre une décision sans avoir toute l'information. »

Même son de cloche du côté de la conseillère Dianna May Savoie, qui voulait davantage de temps pour étudier la question. « Je considérais qu'on manquait un peu d'informations sur certaines choses, exprime-t-elle. Mais quand c'est arrivé à l'ordre du jour, je n'avais pas tout à fait les réponses à mes questions pour être en mesure prendre une décision éclairée. Monsieur le maire avant amplement le droit d'inscrire ces points à l'ordre du jour. Mais je pense qu'on avait le droit aussi de demander un peu plus de temps pour l'étude des deux points en particulier. »

Certains, qui assistent régulièrement aux réunions du conseil municipal, semblent perplexes à la suite des récents développements. Jean Rhéal Brideau est l'un d'eux. Il a été président de l'ancien District de services locaux d'Haut-Rivière-du-Portage. Il ne cache pas qu'il a appuyé Denis Losier durant la campagne électorale.

« Ce n'est pas juste l'histoire des pompiers, pense-t-il. Il y a d'autres choses qui font que le malaise grossit. Quand tu vas aux réunions, c'est facile à voir qu'il y a des conseillers qui n'acceptent pas le nouveau maire. Si le nouveau maire apporte quelque chose de nouveau, ils ne veulent pas, ça va trop vite, il faut que ça bloque. Ils veulent toujours retarder les affaires et le nouveau maire ne peut pas avancer. On parle de six conseillers. C'est comme un groupe qui s'est formé. »

« Le public doit se réveiller », croit Jean Rhéal Brideau. Il faut parler, il faut que les journalistes sachent ce qui se passe. C'est quand même notre responsabilité, comme contribuables, de savoir ce qui se passe dans notre municipalité. Si le maire n'est pas accepté là et que c'est la population qui l'a mis là, on a un gros problème. Il faut crever cet abcès pour que ça guérisse avant que ça devienne un cancer. Ça n'a plus aucun sens. »

Un conseil divisé?

Ginette Brideau-Kervin reconnaît que sept conseillers actuels ont appuyé Aldéoda Losier aux dernières élections. Trois autres, selon elle, ont épaulé Denis Losier. Six conseillers qui ont voté pour repousser la discussion sur la restructuration municipale, lundi, étaient des partisans d'Aldéoda Losier. Les trois conseillers qui voulaient discuter de la question avaient donné leur appui à Denis Losier pendant la campagne électorale. Le conseiller André Saulnier, qui avait appuyé Aldéoda Losier, est le seul qui a voté du même côté que le maire, lundi.

« La population a voté et c'est Denis Losier qui a été élu, fait valoir Ginette Brideau-Kervin. Alédoda Losier n'est plus dans le portrait. Il faut qu'on travaille avec le maire qui est en place. Mais le maire, il faut aussi qu'il veuille travailler avec nous. Je pense qu'il faudrait que le maire soit à l'écoute de tous les membres du conseil. »

Le conseiller André Saulnier rappelle que le maire a procédé à plusieurs changements au sein de comités de la Ville. « Cela a pu froisser des conseillers, dit-il. Ça n'a pas aidé, c'était un mauvais départ pour le nouveau maire. J'ai avalé ma pilule et je travaille en étroite collaboration avec le maire et le reste du conseil. »

Il reconnaît qu'il y a un malaise au sein du conseil, chez les pompiers et aussi parmi les employés municipaux. Puisqu'il représente le quartier du centre-ville, il s'inquiète des effets négatifs que pourrait avoir cette tourmente pour les investisseurs qui tentent de développer cette partie de Tracadie.

« Tout ça fait en sorte que des gens sont un petit peu impatients autour de la table, constate-t-il. Je pense qu'il y avait deux groupes. C'est sûr qu'il faut s'ajuster avec les idées du nouveau maire. Il a des bonnes idées, il veut avancer. Je pense que ça dérange peut-être. Pour des gens, ça va un petit peu trop vite. »

Le leadership

La conseillère Dianna May Savoie n'aime pas entendre dire que le conseil est divisé. « Ce n'est pas parce que nos opinions ou nos décisions ne sont pas les mêmes que tout le monde à un moment précis que le conseil est divisé, fait-elle valoir. Ce serait un petit peu plate que tout le monde vote oui à chaque fois qu'il y a une proposition. Monsieur le maire fait un excellent travail de documentation et de recherche pour nous amener des documents et de nouvelles choses. On en discute pour en arriver à un consensus. Je pense que c'est le rôle d'un conseil. »

Au sujet de la division au conseil, Ginette Brideau-Kervin décoche une flèche à l'endroit du nouveau maire. « L'unité, dit-elle, ça vient du leadership. Le maire nous demande d'être unis. Mais il doit faire preuve de leadership. »

Le maire Denis Loisier vient de décider d'ouvrir au public les sessions de travail du conseil dans le but de « de mettre fin aux fausses rumeurs qui circulent au détriment de la bonne information ».

André Saulnier espère bien que tous les membres du conseil municipal seront bientôt au même diapason. « Il faut que l'abcès crève un jour. »

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