On pensait que le débat constitutionnel était en veilleuse, voire mort et enterré. Le premier ministre Philippe Couillard nous a surpris en le réactivant. Il y va maintenant avec une approche différente. Pas de revendications à prendre ou à laisser mais une conversation ouverte, sans obligation de résultat et sans échéancier. Mais quelle mouche a bien pu piquer le premier ministre?

Une analyse de Sébastien Bovet

En essayant de comprendre pourquoi Philippe Couillard a présenté sa Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes sous le thème « Québécois, notre façon d’être Canadiens », un constat s’impose. Le premier ministre a, comme beaucoup de Québécois, la conviction que le rapatriement de la Constitution en 1982, sans la signature du Québec, est une tache historique qu’il faut effacer. Soit.

Alors, comment corriger l’histoire?

Ce qui semble avoir guidé le gouvernement, c’est un effort pour trouver une voie de passage qui ne bouscule personne, une petite séduction où les Québécois disent au reste du Canada ce qu’ils sont, ce qu’ils peuvent apporter à la fédération. Comme un vieux couple qui s’est un peu perdu de vue après 150 ans et qui ouvre le dialogue pour se redécouvrir. Bonne chance!

Peut-être que M. Couillard pense profondément que c’est possible, mais disons qu’il y a plus de sceptiques dans la salle que d’optimistes.

Les raisons

Alors pourquoi se lance-t-il dans cette démarche à première vue vouée à l’échec? Il se dit probablement que s’il n’essaie rien, il ne se passera rien. Mais on ne peut éviter de penser que les conséquences de sa proposition vont aussi servir ses intérêts partisans.

La première conséquence est que la relance de la discussion constitutionnelle recadre le débat politique. Depuis des mois, celui-ci tournait autour de la gauche et de la droite. Historiquement, la question nationale a toujours été payante pour les libéraux. Elle polarise le débat, elle est une sorte de « valeur refuge ».

Ensuite, Philippe Couillard force ses adversaires à parler de leur propre proposition. D’abord, l’indépendance pour Jean-François Lisée en sachant que les Québécois sont frileux sur cette question. Puis, le nationalisme revendicateur de François Legault en se demandant ce qu’il fera si le reste du Canada refuse ses demandes de rapatriement de pouvoirs.

La démarche proposée par Philippe Couillard lui permet aussi de répondre à une critique de ses adversaires qui l’accusent d’être le premier ministre québécois le moins nationaliste des dernières décennies. Il pourra répliquer qu’il a essayé quelque chose.

Finalement, à un peu plus d’un an des élections, la tentative du premier ministre mobilise ses militants, qui ont dorénavant une démarche nationaliste à laquelle se raccrocher.

Le danger

Il y a par contre un danger : un éventuel braquage du reste du Canada qui enverrait promener le Québec et qui ferait monter l’appui à l’indépendance. Rappelez-vous des lendemains de l’échec de l’Accord du lac Meech. Les Québécois étaient blessés, plusieurs étaient prêts à tourner le dos au Canada.

Le risque est toutefois minime cette fois à cause de la timidité de la démarche ouverte proposée. Si bien que, tout compte fait, si la volonté de Philippe Couillard est sincère, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle sert aussi ses intérêts en vue des élections de 2018.

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