Les 500 militants du Parti libéral du Québec, réunis en Conseil général à Laval la fin de semaine dernière, avaient de quoi se réjouir. La fuite d'un document interne très critique sur l'état du militantisme au PLQ avait crevé un abcès.

Sebastien Bovet

  Une analyse de Sébastien Bovet

Le chef, Philippe Couillard, les avait entendus. Il allait leur dire qu'ils sont importants, qu'ils doivent se sentir valorisés et que le PLQ va se moderniser. Le Parti libéral allait aussi tourner la page sur deux ans de rigueur ou d'austérité budgétaire en adoptant un train de mesures pour lutter contre les inégalités sociales et la pauvreté. Le ciel brillait sur Laval.

Et samedi matin, le café est passé de travers. D'abord, un sondage indiquait que le PLQ perdait des appuis dans les intentions de vote. Pas trop de panique tout de même dans les couloirs de l'hôtel. Après tout, les élections ne sont que dans deux ans. Les péquistes viennent d'élire un nouveau chef, ils ont reçu beaucoup d'attention.

Puis, un missile est arrivé de Drummondville. Sournois, le missile. Les radars libéraux ne l'avaient pas vu venir, celui-là. Un sondage interne de la CAQ montrait que près de 80 % des personnes interrogées pensent que les problèmes de corruption sont aussi ou plus importants sous Philippe Couillard que sous les gouvernements précédents.

Évidemment, la question était pas mal « chargée » ou dirigée : « Est-ce que les problèmes de corruption sont plus importants, aussi importants ou moins importants sous le gouvernement Couillard que sous les gouvernements précédents? »

Vous placez les mots gouvernement, Couillard et corruption dans une question de sondage et vous êtes pas mal sûr d'avoir une réponse qui confirme votre hypothèse. Normal, c'est un sondage interne de la CAQ. On est en politique, en politique partisane. On est dans un exercice de définition de son adversaire.

Soit, mais le missile irrite. Le premier ministre nous met au défi.

Vous pensez à Sam Hamad, écorché, mais pas blâmé par un rapport du commissaire à l'éthique? Oui, mais les événements se sont produits en 2012. Laurent Lessard? En effet. Il fait lui-même l'objet d'une enquête du commissaire sur une affaire de possible conflit d'intérêts. Gerry Sklavounos? Laissons la justice effectuer son travail. Alors, le premier ministre n'a pas tout à fait raison, mais pas tout à fait tort non plus.

Pas tout à fait raison ou pas tout à fait tort, peu importe. On est ici dans une opération de stratégie politique. Le but? Définir les libéraux comme corrompus, semer cette idée dans la tête des électeurs, coller une étiquette.

Remarquez, en matière de post-it, M. Couillard n'est pas beaucoup mieux.

Sur François Legault qui dit que lui et Donald Trump se préoccupent des impôts et de l'immigration, le premier ministre attaque : « Il devrait faire attention parce que si ça continue de même, M. Trump va vouloir prendre ses distances. »

Sur Jean-François Lisée? Le premier ministre le dépeint comme un calculateur à courte vue pour qui la fin justifie les moyens : « Tu répètes quelque chose qui n'a aucun sens, pas grave, tu le dis parce que tu en as besoin aujourd'hui pour ta petite victoire d'aujourd'hui. »

La question est de savoir si les étiquettes colleront.

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