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Couillard et Valls en tête-à-tête à Québec

Manuel Valls et Philippe Couillard ont annoncé vendredi la conclusion d'ententes sur la création d'un institut maritime France-Québec et sur la prévention de la radicalisation. Le Québec et la France peuvent s'aider beaucoup en raison de leurs valeurs communes, disent-ils, dans cette entreprise de prévention.

En ce qui a trait à la recherche et l'innovation maritime, cette 19e rencontre alternée entre la France et le Québec a permis à MM. Valls et Couillard d'entériner formellement la création de l'Institut France-Québec, dont le pendant québécois verra le jour à Rimouski.

Ce nouvel institut doit regrouper l'expertise de centaines de chercheurs en sciences de la mer et permettre des collaborations scientifiques sur la gestion des ressources naturelles, l'érosion des berges et le transport maritime, entre autres.

« On a eu cette idée il y a un peu moins de deux ans, lors d'un déplacement à Paris, avec le déploiement de la stratégie maritime et l'expertise reconnue de la France dans ce qui entoure les sciences de la mer et le développement économique associé à ce qu'on appelle l'économie bleue », a déclaré M. Couillard lors de son allocution à Québec.

Échanger sur la base des valeurs communes

Relativement à la prévention de la radicalisation, Philippe Couillard a eu cette déclaration : « Ce protocole nous permet de partager nos expertises et de collaborer ensemble ».

Les deux politiciens ont dû défendre leurs approches différentes, insistant sur le but commun qui est d'enrayer la radicalisation. 

M. Valls a maintes fois affirmé que le burkini et le voile intégral étaient à ses yeux des outils politiques et des symboles d'asservissement des femmes. La France a banni la burqa de l'espace public, de même que le port de signes religieux dans les écoles et ce, tant pour les élèves que pour le personnel. Enfin, la controverse sur le port du burquini l'été dernier a ravivé le débat de plus belle.

La France a ses débats et le Québec a les siens, nuance M. Couillard, qui estime pour sa part que l'État n'a pas à intervenir dans la tenue vestimentaire des femmes.

M. Valls parle aussi de la nécessité de mieux contrôler l'immigration, tandis que M. Couillard dénonce les chefs des partis d'opposition lorsqu'ils préconisent d'abaisser les seuils d'immigration, un geste de fermeture et de repli sur soi, selon lui.

Pour le premier ministre Couillard, pas question de comparer la situation française à celle qui a cours au Québec. Dans chacun des pays, dit-il, le débat s'effectue selon des contextes historiques, sociologiques et géopolitiques totalement différents. 

« Ce qui est plus fort que nos différences, c'est le partage de nos valeurs communes », a renchéri le premier ministre français, citant à ce chapitre le respect de l'égalité entre les hommes et les femmes et la conviction que l'islam est compatible avec nos démocraties et nos valeurs. 

En prison, dans les quartiers populaires et sur Internet

Manuel Valls a mis en relief le fait que le processus de radicalisation s'effectuait en prison, dans les quartiers populaires et surtout sur Internet. En France, notamment, ce processus est suivi par des jeunes « qui considèrent avoir raté leur vie » et qui veulent « réussir leur mort ».

Parmi ces gens sur la voie de la radicalisation se trouvent des femmes mineures et des personnes s'étant converties à l'islam, dit encore M. Valls.

Afin de les sortir de ce processus de radicalisation, il importe de redonner un sens à l'existence, a fait valoir M. Valls. « C'est un travail de longue haleine, c'est l'affaire d'une génération », selon lui.

Manuel Valls a salué le travail qui avait été fait au Québec en matière de prévention de la délinquance. Et il affirme avoir beaucoup appris lui-même de l'exemple d'autres pays européens, du temps où il était ministre de l'Intérieur, en France.

Une balade dans le Vieux-Québec

Vendredi matin, MM. Couillard et Valls ont entrepris leur journée en se baladant dans le Vieux-Québec, sous le regard attentif des médias et de nombreux gardes du corps. Ils ont notamment visité le Château Frontenac, la place Royale ainsi que le Musée de la civilisation.

Lisée retient une déclaration de Manuel Valls

Manuel Valls a aussi rencontré le nouveau chef péquiste Jean-François Lisée.

Dans sa conférence de presse destinée à présenter la composition de son équipe parlementaire, Jean-François Lisée a commenté une déclaration faite plus tôt par M. Valls. De l'avis de Jean-François Lisée, il est rare qu'un invité de marque remette « aussi durement à sa place son hôte que ce que M. Valls a fait à M. Couillard aujourd'hui ».

La déclaration de Manuel Valls allait comme suit : « Toutes comparaisons avec des positions populistes que je combats - et c'est le sens de ma vie - me sont tout à fait insupportables ».

Il est à noter que Manuel Valls n'a pas fait allusion à Jean-François Lisée lorsqu'il a dit ces paroles. Et il a louangé Philippe Couillard pour avoir « dit très bien » que le contexte historique, géopolitique et sociologique de la France était totalement différent de celui du Québec. M. Valls a pris soin de dire qu'il s'attendait à ce qu'on respecte ses positions sur la laïcité, en lien avec l'histoire de la France, et « c'est le cas évidemment avec Philippe Couillard », a-t-il précisé.

Mais, aux yeux du chef péquiste, ces propos semblent référer à ce qu'avait dit M. Couillard samedi passé en Islande, comme quoi Jean-François Lisée allait « se trouver dans une parenté familière » avec les chefs de partis politiques européens qui prônent la fermeture des frontières de leur pays aux immigrants.

Le premier ministre québécois n'avait pas voulu spécifier s'il faisait allusion, par exemple, au parti d'extrême-droite du Front national.

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