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Couillard ouvre la porte au maintien des élections scolaires

L'opposition des communautés anglophones et des régions du Québec à l'abolition des élections scolaires semble porter ses fruits : le premier ministre Philippe Couillard se dit maintenant « en réflexion ».

Dans une entrevue accordée à La Presse, le premier ministre a même indiqué qu'il « aimerait bien » que ce scrutin se déroule en même temps que les élections municipales.

« On a entendu les représentations et les soucis de la communauté de langue anglaise au Québec, qui voit dans son réseau scolaire comme un facteur d'identité absolument essentiel, [de même que] d'autres intervenants en région », a expliqué M. Couillard au quotidien de la rue Saint-Jacques.

Cette volte-face intervient alors que la commission parlementaire chargée d'étudier le projet de loi 86 vient tout juste de se terminer.

« Le premier ministre a dit que le ministre [de l'Éducation, Sébastien Proulx] et le gouvernement étaient à l'écoute des gens qui se sont présentés en commission », a indiqué le porte-parole du premier ministre, Harold Fortin, dans un courriel envoyé à Radio-Canada, ajoutant que le ministre allait « étudier le tout ».

Le projet de loi pourrait donc être à tout le moins amendé.

Projet de loi controversé

Déposé en décembre 2015 par l'ex-ministre de l'Éducation François Blais, le projet de loi 86 a été officiellement baptisé « Loi modifiant l'organisation et la gouvernance des commissions scolaires en vue de rapprocher l'école des lieux de décision et d'assurer la présence des parents au sein de l'instance décisionnelle de la commission scolaire ». Il vise d'abord et avant tout à « remplacer le conseil des commissaires par un conseil scolaire formé de parents, de membres du personnel de la commission scolaire et de personnes de la communauté ».

La volonté du gouvernement d'abolir les élections scolaires est notamment motivée par une très faible participation : en 2014, seuls 4,86 % des Québécois aptes à voter se sont exprimés. Et encore, ce taux a été tiré à la hausse par celui de la communauté anglophone, qui a été de 17,23 %.

Pour pallier à ce problème, la majorité des provinces canadiennes ont choisi de tenir leurs élections scolaires en même temps que les municipales ou d'autres autorités publiques (régies de santé au Nouveau-Brunswick, commissaires aux parcs en Colombie-Britannique, etc.). Au Québec, pourtant, les deux scrutins se tiennent toujours à des dates séparées.

Dans son entretien à La Presse, le premier ministre a fait savoir qu'il « aimerait bien » que les élections scolaires et municipales soient synchronisées, « mais il y a beaucoup de municipalités qui ne sont pas très enthousiastes devant l'idée », a-t-il ajouté.

Porte-parole de l'opposition officielle en matière d'Éducation, le député péquiste Alexandre Cloutier soutient pourtant que les organismes ayant participé à l'étude du projet de loi étaient unanimes à prôner la tenue d'élections scolaires et municipales simultanées. « C'est une idée qui a fait consensus durant les travaux de la commission. Il y a d'autres éléments qui mériteraient d'être repris, admet-il, mais dans le cadre d'une approche plus large, plus générale, liée à la réussite scolaire. »

La réussite des élèves est également au coeur des préoccupations du troisième parti d'opposition, Québec solidaire. Sa coporte-parole Françoise David, estime qu'« il aurait fallu d'abord avoir un grand rendez-vous national sur l'éducation, consulter vraiment les gens du milieu pour savoir ce qui allait et ce qui n'allait pas, se centrer sur toute la question de la réussite scolaire [...] et abandonner l'idée de chambarder complètement les structures, ce qui occupe beaucoup trop de gens ».

Le porte-parole de Philippe Couillard insiste néanmoins pour dire que le ministre de l'Éducation « entend travailler à une politique sur la réussite éducative ».

La CAQ déçue

Favorable à l'abolition définitive des élections scolaires, le porte-parole caquiste en matière d'Éducation, Jean-François Roberge, se désole de voir le gouvernement faire marche arrière dans le dossier. Il s'oppose dans la même veine à ce que ces élections scolaires soient tenues en même temps que les élections municipales.

Contrairement à son homologue péquiste, M. Roberge souligne que plusieurs intervenants ont fait valoir en commission parlementaire que la tenue simultanée d'élections scolaires et législatives engendrerait de la confusion chez les électeurs.

« Les territoires ne sont pas les mêmes! Ça pose des problèmes, ça. Il y a des municipalités qui sont à cheval sur deux commissions scolaires; il y a des commissions scolaires qui englobent plusieurs municipalités, mais dont les frontières ne sont pas les mêmes... Les bulletins de vote seraient faits comment? », se demande-t-il.

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