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Criminaliser les voyages dans certains pays n'est qu'une « façade », selon la mère d'un djihadiste

La mère d'un djihadiste canadien mort en Syrie l'an dernier soutient que la promesse du chef conservateur Stephen Harper de criminaliser les voyages dans certaines régions de l'Irak et de la Syrie n'est qu'une « façade » sans bien-fondé. Christianne Boudreau n'est cependant guère plus tendre envers ses deux principaux adversaires, qui, dit-elle, ont peur d'aborder le sujet.

La mère de Damian Clairmont est d'avis que la proposition de M. Harper n'aurait pas empêché son fils de voyager à Alep, où il a été tué alors qu'il faisait le djihad avec des combattants du groupe armé État islamique (EI). Dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne, elle soutient plutôt que la proposition faite dimanche par le chef conservateur est une tentative de capitaliser sur la peur qu'inspire que les djihadistes de l'EI à la population.

« C'est un signe de désespoir pour une plateforme politique de démontrer qu'il prend une position sévère, mais il prend une position sévère sur les symptômes plutôt que de s'attaquer à la racine du problème », affirme-t-elle. « Ça ressemble à une solution simple de surface, alors que s'attaquer à la racine du problème demande beaucoup plus de travail et d'efforts. »

Selon Mme Boudreau, l'engagement du chef conservateur n'est « pas réaliste » et ne constitue rien d'autre qu'une « façade ».

« N'importe qui peut voyager et réserver un vol pour n'importe où, et si vous voulez vraiment y aller, vous pouvez réserver un vol pour l'Europe et vous réserver autre chose une fois sur place », soutient-elle.

« Je crois que M. Harper exagère le sentiment de peur et qu'il sème beaucoup plus de peur que nécessaire parmi le public », a encore dit Mme Boudreau.

La mère de famille éplorée ajoute cependant qu'elle est déçue par le fait que les chefs libéral et néo-démocrate, Justin Trudeau et Thomas Mulcair, semblent avoir peur d'aborder le sujet, sinon pour réagir au sujet des propos de leur adversaire conservateur.

« Je crois qu'ils ont juste peur de proposer quelque chose et de prendre une position parce que [...] les gens sont campés dans leur opinion sur la question », affirme Christianne Boudreau.

Critiqué, Harper contre-attaque

« Chaque fois qu'un gouvernement choisit de limiter des droits, il doit être capable de répondre à des questions directes et complètes sur le pourquoi, le comment, sur quel est le plan », a affirmé Justin Trudeau lundi matin. « M. Harper n'a rien fait de cela [...] Pour nous, il ne s'agit que d'une position électoraliste ». La réponse de Stephen Harper était prête.

Le chef conservateur a soutenu que les positions libérales, quand il s'agit de combattre le terrorisme, étaient « contraires à l'opinion de la grande majorité de la population canadienne. Quand on est premier ministre, on doit [s'occuper de] la sécurité nationale de ce pays. On n'a pas le choix », a martelé Stephen Harper, qui avait rappelé auparavant les attaques survenues l'automne dernier à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa.

S'arrêtant pour bien appuyer ses propos, M. Harper a déclaré que l'aide humanitaire et les politiques d'accueil des réfugiés seules ne pouvaient résoudre une crise à l'échelle de ce qui est observé au Moyen-Orient. Il a estimé que M. Trudeau et son adversaire néo-démocrate Thomas Mulcair en mesuraient mal l'ampleur.

Reprenant des propos qu'il a attribués à des membres de la diaspora irakienne et syrienne, le chef conservateur a affirmé que l'approche prônée par ses adversaires, soit de mettre fin à la mission de combat canadienne en Irak et en Syrie, ne ferait que « livrer de l'aide humanitaire à des morts ».

9 millions pour protéger les lieux de culte de minorités persécutées

Lundi matin, Stephen Harper a promis d'aider les minorités religieuses persécutées par le groupe armé État islamique au Moyen-Orient. Il a promis l'injection de 9 millions de dollars sur trois ans à cette fin, par l'intermédiaire du « Fonds pour la liberté de religion ».

L'aide promise lundi, lors d'une conférence de presse dans une église chrétienne copte de Markham, en Ontario, viserait particulièrement les communautés yézidies, chrétiennes coptes, assyriennes et chiites, en Irak, en Syrie et dans les régions voisines, dont « les lieux de culte et les objets religieux [sont] menacés de destruction par le soi-disant État islamique ».

Un gouvernement conservateur réélu accueillerait aussi 10 000 réfugiés additionnels en provenance de ces pays, au cours des quatre prochaines années.

Des invités présentés et remarqués

Lors de la conférence de presse, les conservateurs ont notamment présenté deux familles originaires de la Syrie s'étant récemment installées au Canada.

La présence de l'archevêque de l'Église catholique chaldéenne d'Erbil, capitale du Kurdistan irakien, a aussi été remarquée. En visite au Canada, celui-ci a salué l'intervention canadienne contre l'État islamique dans la région. « Votre participation à la coalition internationale a aidé à combattre l'État islamique et à arrêter son avancée dans nos territoires. Il était nécessaire de défendre les minorités d'Irak contre de telles attaques brutales », a-t-il déclaré dans le cadre de cet événement électoral.

Stephen Harper a tenu sa conférence de presse à Markham, en Ontario, où le libéral John McCallum a été réélu en 2011 avec quelque 2000 voix d'avance. La carte électorale y a maintenant été modifiée, ce qui crée une nouvelle circonscription et en modifie deux autres. Des députés sortants et candidats de la région de Scarborough étaient aussi présents.

Plus de la moitié, parfois même les deux tiers, de la population de Markham et de Scarborough est issue de l'immigration, selon le secteur. Scarborough elle-même compte six circonscriptions électorales, dont deux nouvelles. Les quatre autres étaient détenues soit par les libéraux (2), les néo-démocrates (1) ou les conservateurs (1) dans le Parlement sortant.

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