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David Heurtel critique vertement les propositions de la CAQ sur l'immigration

Le ministre de l'Immigration, David Heurtel, pense que les nouvelles propositions sur l'immigration faite par la Coalition avenir Québec démontrent l'incompréhension qu'a le chef du parti, François Legault, du système d'immigration du Canada et des réalités québécoises.

Un texte d’Isabelle Maltais

« Il faut parler d’un test de crédibilité pour M. Legault en matière d’immigration », dit-il.

Le document d’orientation de la CAQ rendu public mardi suggère notamment d’accorder aux nouveaux arrivants, lorsqu’ils font une demande d’immigration directement au Québec, un « certificat d’accompagnement transitoire », qui deviendrait un préalable à l'obtention du certificat de sélection du Québec, accordé actuellement par la province.

Ce certificat transitoire serait valide pour une période de trois ans et viserait à démontrer à « l’État » québécois que les immigrants respectent trois exigences, soit une maîtrise suffisante de la langue française, la connaissance des valeurs québécoises et le fait d’être à la recherche active d’un emploi ou d’en occuper un.

Dans le cas où un immigrant ne remplirait pas les critères établis au terme de ces trois années, la CAQ ne rendrait pas cette personne admissible au Certificat de sélection du Québec (CSQ).

Dans cette éventualité, « le gouvernement du Québec fera parvenir un avis officiel au gouvernement fédéral pour l’informer de la présence en territoire canadien d’une personne sans statut. Le gouvernement fédéral décidera alors des mesures qu’il entend prendre », affirme la CAQ.

Cependant, comme le souligne David Heurtel, ces gens « ne seront pas des sans-papiers, car ils auront des papiers émis par le fédéral ». En effet, pour pouvoir pénétrer au Canada en tant qu’immigrant officiel, il est nécessaire d’obtenir le statut de résident permanent, statut accordé par Ottawa.

Quant au certificat de sélection du Québec, il n’est pas obligatoire pour formuler auprès d'Ottawa une demande de visa pour résidence permanente et pour l’obtention, de la citoyenneté canadienne, contrairement à ce qui dit la CAQ dans son document.

Il ne fait qu’attester que la personne qui le détient a vu sa demande d’immigration acceptée par le Québec. Mais le fait de ne pas détenir un tel certificat ne peut empêcher personne possédant le statut de résident permanent d’immigrer dans la province.

Nuire au potentiel d’attractivité du Québec

David Heurtel critique vertement les propositions de la CAQ, qui sont faites « dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre importante au Québec ».

Selon lui, si cette façon de faire mise de l'avant par la CAQ devenait possible après des négociations avec le fédéral - la CAQ dit vouloir renégocier l'Accord Canada-Québec qui détermine les pouvoirs du Québec en matière d'immigration - elle ne pourrait que « nuire au potentiel d’attractivité du Québec ».

M. Heurtel note également les problèmes de recrutement que cela pourrait amener dans les entreprises, lesquelles, en embauchant des immigrants, prendraient la chance de les voir partir après quelques années.

« L’immigration, ce n’est pas de l’improvisation. C’est complexe. Et M. Legault semble vouloir jouer à l’apprenti sorcier sur des questions très sérieuses », lance-t-il.

Un parti de droite?

Le ministre de l’Immigration a également ramené sur le tapis l’étiquette politique qu’avait collée à la CAQ le premier ministre Philippe Couillard à la fin avril.

« Même M. Legault dit que ses tests [ d’évaluation du français et de connaissance des valeurs québécoises] sont inspirés, notamment, du Danemark. Mais le Danemark s’est inspiré d’une entente politique avec des partis d’extrême droite. Ce n’est pas moi qui le dis, ce n’est pas Philippe Couillard non plus », déclare David Heurtel.

M. Heurtel se référait à un article de Patrick Bellerose publié dans le Huffington Post en septembre 2016 et portant sur les « tests des valeurs » imposés aux immigrants en Allemagne et au Danemark.

Un bilan qui s’améliore

Par ailleurs, David Heurtel a vanté le bilan libéral en matière de francisation et d’intégration, bilan attaqué par la CAQ.

« On est d’accord qu’il reste du travail à faire en francisation. Mais de 2006 à 2016, la francisation en entreprise a augmenté et est passée de 65 % à 73 %. Donc ça avance », note-t-il.

« En intégration, la même chose. Le taux de chômage chez les immigrants est passé de 9,8 % il y a deux ans à 8,7 % l’année dernière. Quand M. Legault dit qu’il y a plus de 15 % de chômage chez les immigrants, c’est faux, car ça ne tient pas compte de l’ensemble des immigrants au Québec, mais seulement des immigrants qui sont là depuis moins de cinq ans », dit-il.

Dans les dernières années, le taux de chômage chez cette catégorie d’immigrants a diminué, passant de 18 % à 15,8 %, affirme le ministre.

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