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Débat des chefs : un dernier plaidoyer de Kathleen Wynne

Lors du débat de dimanche, dernière dans les sondages, et utilisant une expression anglophone qui souligne l'ironie des accusations contre elle, la première ministre sortante s'est dite « désolée de ne pas être désolée » (sorry not sorry).

Une analyse de Claudine Brulé

La chef libérale Kathleen Wynne s'est excusée, dès le début du débat, de ne pas être particulièrement aimée des Ontariens. En contrepartie elle s’est dite « pas désolée » du travail qu’elle a accompli lors de son dernier mandat.

Tout au long du débat, Mme Wynne a assumé les résultats de son gouvernement. Elle a rappelé les mesures mises de l'avant, comme les droits de scolarité gratuits pour les moins nantis et l'assurance médicaments pour les enfants et les jeunes adultes.

Elle a par exemple mentionné que le taux de chômage était en baisse.

Mais ses adversaires n'ont pas manqué de lui rappeler ses faux pas.

Andrea Horwath a interrompu à plusieurs reprises ses adversaires, surtout le chef progressiste-conservateur. Elle répétait « malhonnête » et « c'est faux » quand M. Ford disait que les entreprises ontariennes menaçaient de quitter la province advenant la victoire du NPD le 7 juin.

De son côté, le chef progressiste-conservateur n'a rien appris de nouveau à l'électorat. Au contraire, il a répété sur scène les phrases-clés qu'il réitère presque quotidiennement dans des assemblées publiques ou lors d'annonces électorales.

Il est resté collé à son message : selon lui, seul son parti peut réduire les dépenses et remettre de l'argent dans les poches des contribuables.

M. Ford s'est cependant fait montrer du doigt à de nombreuses reprises pour ne pas avoir présenté de programme électoral, alors que le vote par anticipation a commencé, et qu'au moment du débat, il restait 11 jours avant le vote.

Il semblait aussi nerveux et a été l'objet de commentaires dérisoires de ses adversaires. Par exemple, Mme Horwath lui a dit, une demi-heure après le début du débat : « c’est bien, vous nous rattrapez ».

Un peu plus tôt, alors que les modérateurs demandaient à un chef de poser une question aux deux autres, il a perdu le fil de la conversation et a dû se ressaisir quelques secondes avant de finalement prendre son tour de parole.

Les chauds débats

L'absence de plateforme du Parti conservateur

Les rivales de M. Ford lui ont rappelé qu’il n’avait pas publié de plateforme à plusieurs reprises. La chef libérale Kathleen Wynne lui a même lancé : « Si vous aviez un plan vous voudriez probablement le partager ».

Le NPD et les libéraux demandent où les conservateurs trouveront l'argent pour financer leurs nombreuses dépenses et disent que ce sont plutôt des compressions dans les services qui sont à prévoir.

Loi sur le retour au travail

Mme Wynne a demandé à Mme Horwath pourquoi elle avait bloqué une tentative par les libéraux de forcer le retour au travail des employés de l’Université York.

« Je me serais attendue à recevoir cette question de la part de Doug Ford, pas de vous », a répliqué Mme Horwath.

Effectivement, c'est un contraste avec les positions plutôt à gauche tenues par la chef libérale lors des dernières années. Elle tente vraisemblablement d'aller récupérer les électeurs plus au centre, traditionnellement libéraux.

Mme Wynne a par la suite accusé le NPD de mettre le bien-être des syndicats devant celui de l'ensemble des Ontariens.

Les fantômes du passé

Les trois chefs ont été questionnés sur l'héritage de leurs prédécesseurs.

Kathleen Wynne a mené son mandat continuellement dans l’ombre de son prédécesseur, Dalton McGuinty, qui est parti en plein scandale des centrales au gaz.

Doug Ford s’est fait rappeler le gouvernement de Mike Harris et ses compressions dans les services publics.

Et Andrea Horwath s’est elle aussi fait comparer au NPD du passé, celui de 1990, qui a formé l'unique gouvernement néo-démocrate de l’histoire de la province sous Bob Rae et qui a laissé un immense déficit et un taux de chômage élevé.

La menace néo-démocrate selon Doug Ford

À plusieurs reprises, le chef progressiste-conservateur a tenté d’imager ce que signifierait un gouvernement néo-démocrate, ce que la chef du NPD a qualifié de tactique de peur.

M. Ford a par exemple affirmé que bien des entreprises étaient prêtes à quitter la province advenant l'élection d'Andrea Horwath comme première ministre.

« Cette possibilité est terrifiante », a-t-il dit à plusieurs reprises. « Le NPD détruirait la classe moyenne », a-t-il martelé.

Chaque fois, on pouvait entendre Mme Horwath répondre en arrière-plan : « C'est malhonnête », disait-elle. À la toute fin, elle a même affirmé être certaine que Doug Ford n’avait pas lu sa plateforme.

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