Conseil des ministres réduit, nouvelles priorités, transformation du rôle de l'État : le nouveau premier ministre Doug Ford veut refaire l'Ontario à son image, For the People (pour le peuple). Son équipe devra composer avec des facteurs sur lesquels elle a peu de contôle ou aucun, comme le protectionnisme américain.

Une analyse de Christian Noël, correspondant national à Toronto

La composition du premier Conseil des ministres conservateur donne une idée de l’ampleur du coup de barre que Doug Ford entend donner à la province.

La priorité sera l’économie. Doug Ford amalgame le ministère du Commerce et du Développement économique et y ajoute la Création d’emploi. Il confie le tout à Jim Wilson, un vétéran conservateur et ancien ministre sous Mike Harris, afin de montrer l’importance qu’il accorde au dossier.

Un cabinet aminci, avec 21 membres. Les deux tiers sont des hommes, dont Vic Fedeli aux Finances. Par contre, Doug Ford nomme des femmes à des postes-clés. Sa rivale lors de la course à la direction Christine Elliott devient son bras droit, en héritant de la Santé et du poste de vice-première ministre. Son autre rivale, Caroline Mulroney, devient ministre de la Justice et responsable des Affaires francophones.

Autres disparitions

Autres indications d’un changement de direction en Ontario : les termes « Changements climatiques » sont retirés du titre de ministre de l’Environnement. Le ministère des Affaires autochtones n’est plus une entité à part et l’aspect « Réconciliation » a disparu du mandat. Il n’y a plus de ministre responsable de la Lutte contre le racisme ou de la Stratégie antipauvreté.

Et les Franco-Ontariens seront déçus de perdre leur ministère à part entière; l’administration Ford revient à une ministre déléguée aux Affaires francophones.

Au revoir interventionnisme, bonjour populisme

Finis la Bourse du carbone et le salaire minimum à 15 $ l’heure. C’est aussi peut-être la fin du projet pilote sur le revenu minimum garanti et des nouveaux cours d’éducation sexuelle.

Côté populisme, il faut s’attendre :

  • au renvoi du pdg d’Hydro One;
  • à une réduction des factures d’électricité;
  • à une baisse des prix de l’essence;
  • à la vente d’alcool dans les dépanneurs;
  • au retour de la bière à 1 $ sur les étagères.

Peu importe la profondeur des changements que Doug Ford veut insuffler à la province, ce sont plutôt les vents qui proviennent de l’extérieur de la province qui risquent de façonner la nouvelle image ontarienne. D’abord et avant tout, les relations commerciales canado-américaines.

Une tâche « vraiment immense »

L’équipe Ford est déjà au travail afin de se préparer à la guerre commerciale naissante avec les États-Unis.

Le premier ministre Ford voudra donc repositionner l’Ontario si jamais la renégociation de l’ALENA échoue. Un scénario catastrophe qui aurait des retombées retentissantes pour l’économie ontarienne. Plus de 80 % des exportations et 55 % des importations de la province dépendent des voisins du sud.

Le gouvernement Ford pourrait-il être forcé de venir en aide aux secteurs les plus touchés, comme l’ont fait Dalton McGuinty et Stephen Harper avec l’industrie automobile en 2009? Et si c’est le cas, à quel prix?

Que ce soit avec des programmes d’aide aux entreprises, des garanties de prêts ou des réductions d’impôts aux sociétés, l’ampleur d’une telle intervention aura sans aucun doute un impact sur les coffres de l’État et l’ampleur du déficit.

Ajoutons à cela la menace d’une possible récession ou d’un ralentissement économique qui se profile à l’horizon. Cela pourrait constituer tout un défi pour un gouvernement qui promet de réduire ses dépenses de 4 %.

Après avoir fait campagne contre le gaspillage libéral et le mauvais état des finances publiques, Doug Ford pourrait lui-même être forcé de composer avec une série de déficits pour stimuler l’économie, comme Stephen Harper avant lui, au fédéral, et Dalton McGuinty et Kathleen Wynne, au provincial.

Ménages ontariens

De plus, les nouveaux tarifs douaniers sur les importations américaines, annoncés par Ottawa vendredi, risquent de faire mal au portefeuille des Ontariens, et donc, auront un impact sur la promesse de Doug Ford de réduire le coût de la vie pour les familles.

Si le nouveau gouvernement réussit à réduire les factures d’électricité et les prix de l’essence à la pompe de 10 % comme promis, l’argent économisé par les ménages ne restera pas longtemps dans leur compte bancaire s’ils doivent payer plus cher pour l’épicerie, la bière, le whiskey et les appareils électroménagers.

Qui vit par le populisme…

Dans son discours de 12 minutes, Doug Ford a prononcé 15 fois l’expression For The People (pour le peuple). C’est ce qui a fait la force de Doug Ford le candidat. Et c’est le barème selon lequel les électeurs vont juger Doug Ford le premier ministre.

La dernière fois que les conservateurs ont pris le pouvoir en Ontario, c’était en 1995. À l’époque, 45 % des Ontariens avaient voté pour la révolution du bon sens de Mike Harris, qui promettait de réduire les impôts et d’amincir le gouvernement. En milieu de mandat, quand les compressions ont commencé à toucher les services auxquels les gens tenaient, les cris de protestation ont fusé de toute part.

Vendredi, les conservateurs de Doug Ford ont invité les gens devant Queen’s Park pour célébrer la prise du pouvoir « d’un gouvernement pour le peuple ». Une foule en liesse, des effusions de joie, un sentiment de fierté pour les conservateurs et leurs partisans et alliés.

Un sentiment qui risque d’être fort différent quand, en milieu de mandat, certains groupes se présenteront sans invitation devant l’Assemblée législative pour protester contre les décisions qu’ils jugent impopulaires.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Les régimes: 10 mythes tenaces