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Demandeurs d'asile : la GRC s'installe dans la durée près du chemin Roxham

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) s'attend à patrouiller encore longtemps dans les environs du chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle, où des milliers de demandeurs d'asile ont franchi la frontière canado-américaine de manière irrégulière depuis des mois.

Un appel d’offres lancé le 26 janvier dernier par Services publics et Approvisionnement Canada invite des entreprises à soumissionner pour fournir et installer un bâtiment en acier isolé d’une superficie de 140 mètres carrés à cet endroit.

Cette décision s’inscrit dans la foulée des « restrictions de visa pour les réfugiés entrant aux États-Unis » mises en place par l’administration Trump.

« La GRC a actuellement une présence proche de cette frontière à l’adresse 332, chemin Ridge. Des installations temporaires ont été érigées pendant les mois d’été sur un site loué par la GRC » près de la frontière, indique l’appel d’offres.

« En prévision des délais et prolongations éventuels, un abri hiverné et chauffé, qui logera les opérations de la GRC, doit être érigé », précise encore l’appel d’offres.

Le document ne précise pas à quelle date les soumissions seront ouvertes. Il stipule toutefois que l’entrepreneur devra réaliser et terminer les travaux six semaines après l’acceptation de son offre. Considérant que l’appel d’offres a été publié le 26 janvier, le nouveau bâtiment ne sera pas prêt avant le printemps.

« J'imagine que leur constat, c'est que ça ne va pas disparaître, conclut Francine Dupuis, directrice générale associée du CIUSSS Centre-Ouest, qui supervise le Programme régional d'accueil et d'intégration des demandeurs d'asile. C'est un phénomène qui semble là pour rester, [du moins] à moyen terme. Et tant qu'à avoir des tentes et des roulottes, eh bien ils se sont dit que ça allait être à la fois plus sécuritaire pour les gens qui se rendent à la frontière et aussi plus pratique pour le personnel pour traiter toutes ces demandes qui peuvent affluer sans qu'on ait aucun contrôle sur le nombre. »

« Évidemment, si c'est dans un local qui est plus sécuritaire et plus permanent, [...] ça ne peut être que positif », consent-elle.

« Cet abri ne sera pas une installation permanente, a toutefois précisé le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, à Radio-Canada. À l’avenir, si cet abri n’est plus requis à Lacolle, il pourra être utilisé ailleurs au besoin. »

Un afflux constant

Selon les plus récentes données publiées lundi par le gouvernement canadien, 18 836 demandeurs d’asile ont été interceptés par la police fédérale au Québec l’an dernier, et il est de notoriété publique qu’ils passent essentiellement par le chemin Roxham.

Le mouvement est d’ailleurs loin de s’essouffler. Sur les 1978 demandeurs d’asile interceptés en décembre dans tout le pays, 97 % l’ont été au Québec. Cet achalandage mensuel était le plus élevé depuis le mois d’août, et le troisième en importance en 2017.

Cette hausse des passages irréguliers à la frontière découle des politiques migratoires implantées ou considérées par l’administration Trump, qui poussent des migrants qui craignent d’être expulsés à fuir les États-Unis, mais aussi de l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Cette entente stipule qu’un migrant doit absolument présenter sa demande d’asile dans le premier des deux pays où il met les pieds; conséquemment, un migrant qui se présenterait au poste frontalier serait automatiquement renvoyé aux États-Unis.

Les migrants en quête d’une vie meilleure au Canada empruntent donc des passages irréguliers et se laissent intercepter par la GRC à la frontière. Ils peuvent par la suite présenter une demande d'asile en bonne et due forme.

Avec la collaboration de Pascal Robidas

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