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Demandeurs d’asile : les partis politiques divisés à Québec

Les quatre principaux partis politiques du Québec condamnent les violences lors de la manifestation antiraciste de dimanche à Québec. Toutefois, le Parti libéral, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire sont divisés sur la question des demandeurs d'asile à l'origine de la manifestation de La Meute.

« La violence de gauche et de droite sont toutes les deux répréhensibles, on doit les condamner », a souligné le premier ministre Philippe Couillard sur ICI RDI.

Il rappelle que la liberté d’expression prévaut dans le pays, tout en ajoutant que « notre rôle, c’est de combattre ça par la parole, par l’écrit, les interventions publiques, et certainement pas par la violence d’un côté ou de l’autre ».

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, impute, lui, la montée des extrémismes au Parti libéral.

« Chaque personne qui pose un geste raciste ou anarchiste est responsable de son geste, mais il y a des conditions qui ont été créées par le refus du gouvernement libéral de M. Charest, de M. Couillard de vraiment discuter ouvertement de questions importantes : l’immigration, les seuils d’immigration, la laïcité, l’intégration. »

Quant au chef de la Coalition avenir Québec, il affirme qu’il faut condamner toute violence, qu’elle vienne de groupes d’extrême gauche ou d’extrême droite. « Je trouve ça malheureux qu’un organisateur comme M. [Jaggi ] Singh n’ose même pas condamner cette violence », a déclaré François Legault.

Immigration « mal contrôlée »

Du côté de Québec solidaire, on s'attend maintenant à ce qu'il y ait la même unanimité au sein de la classe politique lorsque viendra le temps de prendre ses distances à l'égard d’un groupe comme La Meute.

La présence d’un tel groupe au Québec reste toutefois marginale, selon Jean-François Lisée, mais elle représente un symptôme, celui du refus du gouvernement d’accepter des réalités difficiles, telles que le malaise créé par une immigration qu’il juge mal contrôlée au Québec.

« Quand M. Couillard a décidé de faire passer de 30 000 à 50 000 par année le nombre d’immigrants, la moitié d'entre eux n'ayant aucune connaissance du français au point d’entrée, il a généré des taux de chômage de 15 % de ces populations immigrantes, il n’a pas augmenté correctement les budgets d'insertion. Et ensuite, il a dit si vous ne voulez pas le monter à 60 000 par année, vous soufflez sur les braises de l’intolérance », a dit le député de Rosemont.

Il dénonce l’entente sur les tiers pays sûrs qui contraint les migrants qui arrivent des États-Unis à franchir la frontière illégalement pour ne pas être refoulés dans le pays d’où ils arrivent. S’il était premier ministre, M. Lisée se tournerait vers le fédéral pour lui demander de suspendre cet accord.

Le chef de la CAQ est d’avis que le Québec a toujours fourni sa part sinon plus lorsqu’il s’est agi d’accueillir des immigrants, mais affirme que la province vit une situation de crise.

« On ne peut pas recevoir, toutes les deux semaines, 3700 demandeurs d’asile, et là M. Couillard met un peu d’huile sur le feu en disant il n'y a pas de crise. Voyons! 3700 personnes qui demandent l’asile en deux semaines, c’est une crise. »

Mieux informer les Haïtiens

Il aurait souhaité que Philippe Couillard soit plus clair et rappelle que pour avoir des chances d’obtenir l’asile, les demandeurs doivent être capables de démontrer que leur vie est en danger dans leur pays, sans quoi ils seront expulsés du Canada.

Le député de Rosemont est du même avis et se demande pourquoi il n’y a pas en ce moment de politique d'information très forte en Haïti.

« Tous les consulats canadiens sont déployés avec ce message, mais il s'agit de gens qui fuient la misère et qui ont peur. Lorsqu'on fuit la misère et qu’on a peur, on est plus imperméable aux arguments rationnels », rétorque Philippe Couillard.

Gabriel Nadeau-Dubois ne veut montrer personne du doigt et affirme éviter de faire de la politique sur le dos de gens qui fuient la misère et sont dans la détresse.

Le co-porte-parole de QS estime que la situation est maîtrisée et qu’elle le demeurera si quelques mesures sont prises pour s’assurer que l’on accueille ces gens-là dans le respect et dans la dignité.

Il faut davantage de commissaires pour traiter les demandes d’asile, insiste François Legault, qui lance que M. Couillard doit se tourner vers son homologue fédéral.

« Cela n’a rien à voir avec l’immigration, le phénomène des demandeurs d’asile. C’est une question distincte qui est régie par des conventions internationales et des lois. Nous avons des lois précises et nous allons les appliquer », note Philippe Couillard.

Le premier ministre se veut rassurant en rappelant que le fédéral vient d’ajouter une vingtaine d’intervenants pour accélérer le processus, tout en admettant que ce geste dans la bonne direction est insuffisant.

Des questions à se poser

Si on en est arrivé là, « c'est notamment parce qu'au sud de la frontière il y a un politicien qui mène des politiques de peur, de division. Ça devrait nous servir d'avertissement au Québec, que ce genre de politique, loin d’améliorer les relations entre les communautés, cela créé de la division et du chaos », estime le co-porte-parole de Québec solidaire.

Il faut se questionner également, selon l’ancien leader étudiant, sur notre rôle sur la scène humanitaire et se demander pourquoi, en 2017, on est devant un tel flux migratoire.

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