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Demandeurs d'asile : les services d'accueil du Québec sur le point d'être saturés

Le gouvernement Couillard affirme que le Québec est à la limite de ses capacités d'accueil de demandeurs d'asile irréguliers. Il prévient Ottawa qu'à partir du 24 avril, il refusera d'accueillir d'autres demandeurs d'asile dans ses quatre centres d'hébergement temporaire à Montréal, lorsque leur taux d'occupation aura atteint 85 %.

Un texte d'Isabelle Maltais

Ainsi, lorsque 1573 des 1850 places d’hébergement temporaire disponibles seront occupées, le fédéral devra trouver un nouveau refuge pour ces personnes. À l'heure actuelle, les quatre centres montréalais sont occupés à 71 %.

Québec dit vouloir ainsi se donner une marge de manoeuvre pour pouvoir accueillir les demandeurs d’asile légaux qui arrivent aux frontières, donc qui possèdent un visa pour entrer au Canada.

Actuellement, lorsqu’un demandeur d’asile illégal arrive des États-Unis à la frontière québécoise, en général à Lacolle, il est pris en charge par des agents fédéraux, qui amorcent notamment une enquête de sécurité à son sujet. Cette personne est ensuite envoyée par autobus dans l’un des quatre centres d’hébergement temporaire qui existent à Montréal et est alors prise en charge par la province.

Québec affirme toutefois qu’il ne peut plus répondre à la demande, étant donné l’importante hausse du nombre de demandeurs d’asile en situation irrégulière arrivés depuis l’été dernier, un nombre qui ne cesse d’augmenter.

Il demande notamment à Ottawa de mieux les répartir dans les différentes régions du Canada, dans des endroits « où les ressources sont disponibles pour accompagner ces derniers ».

Lors d’une conférence de presse, le ministre Heurtel, accompagné de trois de ses collègues, a souligné en outre que 50 % des demandeurs d’asile illégaux étaient entrés au Canada par le Québec.

Et les estimations pour l’année 2018 sont encore plus importantes. Déjà, trois fois plus de migrants sont arrivés au Québec depuis le 1er janvier que pour la même période l’an dernier.

Selon M. Heurtel, le Québec a atteint les limites des services qu’il peut offrir aux demandeurs d’asile, notamment en matière de prestations de services de santé, de services sociaux et d’éducation, et ne peut pas en faire plus.

Les services des infirmières et des travailleurs sociaux seraient particulièrement sollicités par cette nouvelle affluence. Et plus de 2500 enfants migrants ont été admis dans les commissions scolaires de la région de Montréal l’an dernier.

Un champ de compétence fédérale

Le gouvernement Couillard rappelle, par la voix de son ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, que « la gestion des demandes d’asile relève des compétences législatives fédérales ». Il demande donc que « l’accompagnement des demandeurs durant l’étude de leur demande » soit assumé par le fédéral.

Quant au ministre de l’Immigration, il note qu’une demande d’aide financière de 146 millions de dollars a été déposée au gouvernement fédéral en mars pour payer les frais encourus en 2017 par la présence de tous ces demandeurs d’asile, demande qui est demeurée sans réponse jusqu’ici.

« Dans cette lettre-là, on avait dit qu’on nous enverrait une ventilation, donc des coûts détaillés. Mais ce n’était pas inclus dans la lettre du mois dernier », a expliqué le secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l’Immigration, Serge Cormier, en entrevue lundi à l’émission Le 15-18.

« On attend toujours cette ventilation de ces coûts-là. […] Quand on la recevra, on va certainement l’analyser de très, très près, méticuleusement. »

M. Cormier souligne qu’entre-temps, Ottawa a pris « de nombreuses mesures pour alléger la situation. »

« Dans le budget 2018, cite M. Cormier en exemple, on a 173 millions qui vont aller aux différentes agences de contrôle au niveau de nos frontières. »

Mais le ministre de l'Immigration, David Heurtel, indique que ce n’est pas l’argent qui est concerné ici.

Québec demande plutôt à Ottawa de revoir sa façon de faire en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

Québec demande donc au fédéral de mieux répartir les demandeurs d’asile à travers le Canada, selon les ressources disponibles.

Mais cette demande n’est pas qu'une question de pénurie de ressources, car comme l’indique le ministre Heurtel, « les informations que nous avons laissent entendre que beaucoup de demandeurs d’asile qui arrivent au Québec veulent s’installer ailleurs au Canada ».

« Si la personne ultimement veut aller ailleurs au Canada, pourquoi tout le traitement de la demande d’asile, qui peut prendre jusqu’à cinq ans, se ferait à Montréal? », se demande David Heurtel.

Accélérer le processus

Québec demande justement à Ottawa de traiter ces demandes plus rapidement. Selon la loi fédérale, celles-ci devraient être traitées dans un délai de 60 jours. Mais « aujourd’hui, la première audition d’un dossier se fait après 20 mois. Et je ne vous parle pas de la décision », commente Jean-Marc Fournier.

Le gouvernement québécois demande également au fédéral d’accorder plus rapidement aux demandeurs d’asile des permis de travail. Le système a déjà été amélioré, le temps d’attente étant passé de trois mois à trois ou quatre semaines, mais Québec aimerait un système encore plus rapide.

À ce sujet, le secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l’Immigration, Serge Cormier, dit qu’un financement particulier sera consacré aux demandes d’asile et aux permis de travail, afin qu’ils soient traités plus rapidement.

Il ajoute que 12 000 permis de travail ont déjà été délivrés au Québec.

M. Cormier ajoute du même souffle qu’Ottawa souhaite une immigration « ordonnée » et rappelle qu’il va continuer à travailler « en étroite collaboration » avec Québec.

De son côté, le gouvernement québécois indique qu’il serait prêt à accueillir nombre de ses demandeurs d’asile en régions, aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre. Plusieurs entrepreneurs auraient d’ailleurs fait part de leur intérêt pour cette force de travail. Il indique toutefois que, là encore, tout est question de ressources, et qu’il n’est pas possible d’envoyer un autobus plein à Val-d’Or si le gouvernement fédéral ne l’aide pas à mettre en place un système pour bien accueillir ces travailleurs.

Le ministre de l’Immigration, David Heurtel, sera à Ottawa mercredi pour discuter de ces demandes.

Le PQ estime qu’il est un peu tard

En entrevue à ICI RDI après la conférence de presse des ministres libéraux, la porte-parole péquiste en matière d’Immigration, la députée Catherine Fournier, a déploré que le gouvernement Couillard ait attendu aussi longtemps avant de faire ces demandes au gouvernement fédéral.

« On déplore que les actions n’aient pas été posées au moment où les migrants ont commencé à arriver au Québec de façon massive. Parce que là, on est dans l’urgence. On doit guérir, mais le rôle d’un bon gouvernement, d’un gouvernement responsable, ce serait de prévenir », a-t-elle déclaré.

« On pense que ça aurait dû être fait depuis plusieurs mois », a-t-elle poursuivi.

Selon Mme Fournier, le Parti libéral ne met pas assez de pression sur Ottawa dans ce dossier.

Elle affirme qu’un Parti québécois au pouvoir convoquerait automatiquement une rencontre avec Justin Trudeau à ce sujet, notamment pour obliger Ottawa à apporter une contribution financière juste.

L’ONU affirme que le Canada est en contrôle de la situation

Le Parti libéral n’est pas le seul à avoir tenu lundi une conférence de presse sur l’affluence des demandeurs d’asile irréguliers à la frontière.

Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, Jean-Nicolas Beuze, de passage à Ottawa, a fait de même lundi matin.

Après avoir fait le bilan statistique de la situation, M. Beuze a déclaré que les Canadiens n’avaient pas à s’inquiéter, et que le pays n’était pas en situation de crise.

M. Beuze a notamment indiqué qu’un total de 50 000 personnes ont demandé l’asile au Canada l’an dernier. En comparaison, à l’apogée de la crise des Rohingyas en septembre dernier, qui ont massivement fui le Myanmar pour le Bangladesh, 50 000 migrants passaient d’un pays à l’autre chaque jour, a-t-il mentionné.

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