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Députée à Québec et éventuelle chef du Bloc : le projet de Martine Ouellet est critiqué

La volonté de Martine Ouellet de continuer à siéger comme députée indépendante à l'Assemblée nationale jusqu'à la fin de son mandat, même si elle est élue chef du Bloc québécois le 22 avril, indispose le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, et la députée de Québec solidaire Manon Massé. La principale intéressée, elle, fait plutôt valoir les avantages d'avoir « un pied à chaque place ».

Après Gilles Duceppe et le député libéral de Dubuc, Serge Simard, dimanche, voilà que le chef du Parti québécois et la députée de Québec solidaire ont affirmé à leur tour lundi que Mme Ouellet devrait envisager de démissionner si elle remporte la course.

Je pense qu’il serait préférable qu’elle ne siège pas à l’Assemblée nationale tout en étant chef du Bloc. […] Cela dit, c’est son choix. Nous respecterons son choix. Le chef du Parti québécois ne critiquera pas le chef du Bloc québécois.

Jean-François Lisée

Selon Jean-François Lisée, le fait de siéger comme députée provinciale et comme chef d'un parti fédéral comporte des avantages et des inconvénients.

Quelqu’un qui a une bonne capacité de travail peut faire plusieurs choses à la fois. Et j’admets tout à fait l’argument de Martine là-dessus. […] Mais je pense qu’il est tout à fait possible de trouver au Bloc québécois une façon de financer un salaire adéquat pour Martine en attendant l'élection de 2019.

Jean-François Lisée

Les électeurs ne veulent pas d'un député à temps partiel

De son côté, la députée de Québec solidaire Manon Massé affirme que le cumul des mandats ne fait pas partie des moeurs politiques au Québec et au Canada. Elle pense donc que Martine Ouellet doit se demander « en son âme et conscience » si son rôle de chef ne l’empêchera pas de bien jouer son rôle de députée.

Si elle emporte cette course à la chefferie là, je pense qu’elle doit se questionner sur sa capacité de représenter les gens de Vachon.

Manon Massé

« Une job de chef […] je comprends que c’est beaucoup de travail. […] Je pense que ses concitoyens sont à même de pouvoir s’attendre à ce que leur député soit là à temps plein », a indiqué Mme Massé lundi matin.

Et alors que Martine Ouellet justifie notamment sa décision en disant que « tous les chefs [de parti] sont députés en même temps », Mme Massé affirme que, dans le cas de Mme Ouellet, la situation serait très différente, puisqu’elle aurait à travailler avec deux paliers de gouvernement, « qui ont des responsabilités différentes ».

C’est deux plateformes complètement différentes. Il y a un gouvernement fédéral et un gouvernement provincial avec des objectifs différents, avec des pouvoirs différents.

Manon Massé

Martine Ouellet considère que cet argument n’est pas valable, et pense plutôt que le fait de travailler à la fois à Ottawa et à Québec est un « avantage ».

En point de presse avec le député bloquiste de Joliette, Gabriel Ste-Marie, qui lui a publiquement accordé son appui lundi matin, elle a fait remarquer que les deux paliers de gouvernement ont souvent à travailler sur des dossiers identiques, par exemple la construction du pipeline Énergie Est, ou la diminution des transferts fédéraux en santé aux provinces.

Actuellement, les deux gouvernements travaillent en silo. Et donc, en ayant un pied à chaque place, je vais pouvoir faire mieux la courroie de transmission.

Martine Ouellet

Mme Ouellet admet que le fait d’être chef du Bloc québécois ajouterait à sa tâche de députée. Elle dit toutefois que son nouveau rôle ne serait aucunement incompatible avec sa fonction de députée provinciale. « J’ai été ministre des Ressources naturelles, et ça ne m’a pas empêchée d’être présente dans mon comté », rappelle-t-elle.

« On va se le dire. On est en 2017 aujourd’hui. Les moyens de communication, de conférence, par Skype, par téléconférence, visioconférence, c’est tout à fait disponible. Le télétravail. Donc, on n’a pas toujours besoin d’être dans un lieu précis pour faire le travail », souligne-t-elle.

Mme Ouellet rappelle d’ailleurs que si elle est élue chef du Bloc québécois, sa tâche ne serait pas si lourde, car elle ne siégerait pas à la Chambre des communes avant les prochaines élections, en 2019.

Il y aura un seul salaire. C’est un peu comme René Lévesque de 70 à 76, qui était chef du Parti québécois, mais n’était pas député, ne siégeait pas à Québec.

Martine Ouellet

La députée de la circonscription de Vachon a annoncé dimanche qu'elle se lançait dans la course à la direction du Bloc québécois et qu'elle siégerait comme députée indépendante jusqu'à la fin de son mandat à l'Assemblée nationale. En plus de Gabriel Ste-Marie, elle a déjà les appuis des députés bloquistes Marilène Gill, députée de Manicouagan, et Xavier Barsalou-Duval, député de Pierre-Boucher-Les-Patriotes-Verchères.

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