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Derrière la victoire de Jean-François Lisée : Twitter

Jean-François Lisée a gagné son pari alors qu'il partait dernier dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Rosemont, qui n'avait rien à perdre, a décidé de jouer avec les médias sociaux pour mobiliser les militants péquistes. Il a formé un petit groupe d'intellectuels, des doctorants, dans le but de contrôler et même de manipuler ses messages.

Une analyse de Martine Biron

Dans la série culte House of Cards, le candidat républicain William Conway fait frémir son adversaire Frank Underwood quand il annonce qu'il utilisera le PollyHop, un moteur de recherche archi sophistiqué qui lui permettra d'identifier les goûts, les peurs et même les pensées des électeurs pour ensuite les amener à voter pour lui. Si le PollyHop appartient à la fiction, l'idée de cibler les électeurs passionne la classe politique qui n'a qu'un seul but : gagner.

Ainsi, Lisée et ses geeks ont recensé à la mitaine tous les tweets et les retweets qui ont mentionné le nom de Lisée à la suite du dépôt de sa candidature à la direction du PQ. Tous les auteurs des gazouillis ont ensuite été personnellement contactés. On a sondé leur intérêt à militer derrière leur écran d'ordinateur en suivant les directives du groupe de doctorants/coordonnateurs. Jusqu'à 150 militants de salon, ce qui est énorme, ont accepté de gazouiller pour Jean-François Lisée.

Le tweet Charkaoui

Quand Lisée a décidé de lier son principal adversaire Alexandre Cloutier à l'Imam Adil Charkaoui et que les insultes ont commencé à déferler sur Twitter, les militants de salon ont reçu la consigne du silence. Pendant les trois jours qui ont suivi, ils ne devaient tweeter ou retweeter que les événements de campagne de Lisée qui n'avaient aucun lien avec sa politique identitaire.

La consigne est restée en vigueur jusqu'à ce que Lisée jette son as sur la table, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il annonce l'appui du député vedette Pascal Bérubé. Lisée savait alors que son plan était un succès.

La stratégie du camp Lisée était d'influencer les médias. Si par exemple un journaliste gazouillait négativement sur le candidat Lisée, les militants de salon recevaient la directive de répondre au tweet et de le défendre. L'idée était de laisser une impression, idéalement favorable, en jouant avec les comptes de journalistes crédibles qui sont suivis par des dizaines de milliers d'abonnés.

Vers 2018

La méthode Lisée se raffinera essentiellement parce que le militantisme tel qu'on l'a connu se fait de plus en plus rare.

À l'heure des médias sociaux, les méthodes pour joindre et cibler les électeurs se raffinent et l'élection générale d'octobre 2018 sera certainement au Québec une des premières où l'on tentera de préparer des messages sur mesure pour séduire tel ou tel électeur. Il restera toutefois encore un grand défi, réussir à faire systématiquement sortir le vote.

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