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Des candidats unilingues pourraient obtenir des postes bilingues sous un gouvernement conservateur au N.-B.

Le chef du parti Progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick compte favoriser les qualifications professionnelles avant les compétences linguistiques s'il gagne les élections en septembre. Cette pratique s'appliquerait même aux postes bilingues au sein de la fonction publique.

Blaine Higgs s’est rendu à St. Stephen pour offrir son appui aux ambulanciers paramédicaux qui manifestaient contre ce qu'ils qualifient d’inaction du gouvernement provincial et d’Ambulance Nouveau-Brunswick dans l’embauche de personnel. Le chef conservateur estime que plusieurs postes ne sont pas pourvus à cause des exigences linguistiques.

Le chef des progressistes-conservateurs estime que ce principe d’embauche devrait s’appliquer dans tous les ministères, mais peut-être pas pour tous les postes.

Selon lui, il s’agit d’une approche raisonnable.

Cela permettrait, signale-t-il, de pourvoir des postes où le besoin est grand, mais où le nombre de candidats est limité, comme c’est le cas pour les ambulanciers paramédicaux.

Pour éviter qu’un poste bilingue soit occupé par un employé unilingue pendant trop longtemps, Blaine Higgs propose d’imposer une limite de temps pour l’apprentissage de la langue seconde.

Mais le chef conservateur, qui suit lui-même des cours de français depuis son élection à la tête du parti en octobre 2016, reconnaît que l’apprentissage d’une langue seconde peut être long et difficile.

Interrogé à savoir si le nouveau principe d’embauche qu’il propose est conforme à la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs dit qu’il l’ignore. Mais il ajoute qu’il ne croit pas que son approche soit contraire à la loi. Selon lui, elle ne change pas les règles, mais seulement la chronologie de l’acquisition des compétences linguistiques.

Blaine Higgs croit que le manque de candidats bilingues au Nouveau-Brunswick vient des piètres résultats du système d’éducation en ce qui a trait aux cours de langue.

Une proposition qui remet en question l'égalité anglophones-francophones

La proposition de Blaine Higgs créerait toutefois un déséquilibre entre les langues officielles, selon le juriste Michel Doucet, expert en droits linguistiques.

« L’approche de Higgs ferait en sorte qu’au Nouveau-Brunswick l’égalité des langues officielles serait mise de côté. Il y aurait une langue officielle, l’anglais, et une langue qu’on accommode au besoin, le français. Mais n’est-ce pas déjà le cas dans la seule province officiellement bilingue? », affirme Michel Doucet dans un message Twitter.

Quant au fait que Blaine Higgs ne sache pas si le principe d’embauche qu’il propose est conforme à la loi, Michel Doucet estime que cela « montre le peu d’intérêt qu’il porte à la question des langues officielles ».

Le politologue Roger Ouellette, de l'Université de Moncton, affirme que la position de Blaine Higgs sur la question des postes bilingues n'est pas tellement différente de celle des libéraux au pouvoir. Il y a donc peu de risques que son parti soit sanctionné par les électeurs, selon lui.

Le premier ministre Brian Gallant s'est montré peu surpris par l'annonce de Blaine Higgs.

« Lorsqu'on essaie de combler [un poste] à l'intérieur du gouvernement, nous voulons que les gens aient les compétences, juge le premier ministre. Mais ce n'est pas ça la question, on veut évidemment faire valoir et assurer que nous sommes en train de remplir nos obligations et responsabilités lorsque ça vient aux langues officielles. »

Le candidat progressite-conservateur dans la circonscription de Victoria-La-Vallée, Danny Soucy, a donné son appui au chef, tout en précisant que le bilinguisme reste prioritaire.

« Le premier choix, c'est d'avoir les gens dans les deux langues sur les ambulances pour s'assurer que les services sont adéquats pour chaque personne, plaide M. Soucy. Mais la première chose [...], c'est d'avoir les services dans les communautés. »

Les libéraux ont rejeté une recommandation de la commissaire aux langues officielles qui les pressait d'exiger le bilinguisme de tous les hauts fonctionnaires au sein de la fonction publique.

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