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Des échanges passionnés entre les candidats à l’élection partielle de Saint-Boniface

Alors que les électeurs de Saint-Boniface iront aux urnes le 17 juillet, Mamadou Ka, Dougald Lamont, Françoise Therrien Vrignon et Blandine Tona se sont prêtés au jeu du débat électoral mardi, dans les studios de Radio-Canada Manitoba.

Les thèmes de la santé, de l’éducation, des taxes, de l’environnement, du transport en commun, du logement, de la culture et de la qualité de la vie dans la circonscription ont été abordés, parfois de façon passionnée, par les quatre candidats à l’élection partielle.

Mamadou Ka a essuyé les critiques des autres qui n’ont pas manqué de souligner les compressions du gouvernement Pallister en éducation. « Le gouvernement promet une chose -- on va investir -- et après, dit au système il faut couper 15 % », a ainsi lancé Dougald Lamont.

« Nous avons financé 5 nouvelles écoles, à Brandon, dans la division Winnipeg no 1, a indiqué Mamadou Ka. Le gouvernement est à l’écoute de la communauté francophone pour financer de nouvelles écoles. » Une affirmation aussitôt contestée par Blandine Tona : « De quoi est-ce qu’on parle? », s’est-elle écriée.

« L’école Taché et beaucoup d’autres sont surpeuplées. Un financement a été annoncé, mais les écoles françaises ont été oubliées; les coupures dans le BEF, c’est un fait; le maximum de 20 élèves par classe a été annulé [...] il y a eu des coupes à l’USB alors que c’est la seule université francophone. »

« Nous avons investi autant dans les écoles de la province que dans les écoles francophones, s’est défendu le candidat conservateur. Le gouvernement n’a pas ciblé les communautés francophones en éducation, il a demandé à toutes les universités de réduire [leurs dépenses administratives] de 15 % et c’est l’USB qui a fait le choix d’augmenter les frais de scolarité. »

Plus tard, Mamadou Ka a indiqué que, en dépit des politiques d’austérité du gouvernement, « oui », il fallait « réinvestir dans l’Université de Saint-Boniface ».

« Investir dans l’USB » est pour Dougald Lamont une des deux façons d’améliorer les services en français dans la circonscription. Sur l’avenir du BEF, qui continue d’être un sujet de préoccupation, Françoise Therrien Vrignon a affirmé vouloir « rendre tous les pouvoirs au sous-ministre adjoint » et désire « s’asseoir avec la DSFM pour discuter des priorités ». « Oui, le poste de sous-ministre, mais il faut faire plus », a-t-elle dit.

D’autres priorités

Dès le début, Blandine Tona s’en est prise aux compressions du gouvernement Pallister et a fait de la santé son cheval de bataille. À Mamadou Ka, qui parlait de réorganisation du système plutôt que de compressions, elle a rétorqué « De qui se moque-t-on? ». Pour faire des économies, elle propose d’investir dans la prévention et la santé communautaire pour désengorger les services.

Le gouvernement provincial a investi 6 milliards $ dans le système de soins de santé, a affirmé Mamadou Ka. Dougald Lamont a balayé l’argument en accusant les conservateurs d’avoir fermé des salles d’urgence sans avoir de plan précis pour augmenter la capacité de celles qui restaient en place, dont l’urgence de l’Hôpital Saint-Boniface. Il faut rétablir les cliniques express, propose le chef libéral.

Les questions fiscales et budgétaires ont elles aussi placé Mamadou Ka dans la ligne de mire des autres candidats. Selon le candidat conservateur, le gouvernement a entrepris la « plus grosse réduction d’impôts au Manitoba ». Aujourd’hui, a-t-il dit, « 20 000 personnes ne paient plus de taxes, et en 2020 elles seront 30 000 ». Dougald Lamont a insisté sur la mise en place d’un système de réduction de l’impôt plus équitable. « Vous avez réduit les impôts, d’accord, mais surtout pour les riches », a-t-il déploré.

Mamadou Ka a défendu la politique d’austérité des conservateurs. « Chaque année, 1 milliard $ sont versés aux services de la dette à Toronto », a-t-il affirmé avant d’interpeller Blandine Tona et le NPD qui « dit de dépenser, dépenser… Mais allez-vous faire un budget fiscalement responsable ou allez-vous augmenter les taxes? » Cette dernière n’a jamais répondu à la question.

Un thème a rassemblé les candidats, celui du logement. Selon Françoise Therrien Vrignon, « on a plus de 60 % des logements qui sont à louer. Or notre population est très pauvre ». Mamadou Ka a également indiqué que sa priorité serait la construction de « logements à prix modique ». Blandine Tona a affirmé avoir déjà entamé des démarches afin de réduire le coût du logement à Saint-Boniface.

Le thème des transports en commun a également été mentionné comme un enjeu majeur pour la circonscription. La présence de chemins de fer reste un irritant dans le quartier, et le développement du transport en commun, une nécessité, en particulier pour le Parti vert. La culture fait aussi consensus auprès de candidats qui reconnaissent l’importance de la langue et de la culture françaises dans la circonscription.

Le regard de l’analyste

Au terme d’une « discussion animée », l’analyste Raymond Hébert fait remarquer « la connaissance assez poussée des candidats sur les questions locales ». Désavantagé parce qu’il doit « défendre les politiques parfois impopulaires » du gouvernement, Mamadou Ka a « souligné son point fort à la toute fin : pouvoir siéger au gouvernement », remarque Raymond Hébert.

Dougald Lamont est celui qui a le plus à perdre, fait-il remarquer. « Ce serait difficile pour le parti d’essuyer une défaite et s’il gagne, le parti devient un parti officiel à la législature », rappelle Raymond Hébert, ajoutant que « Monsieur Pallister aimerait bien remporter Saint-Boniface, mais historiquement c’est difficile pour son parti. »

Quant à Blandine Tona, « le fait d’être [une candidate] respectable suffit-il alors qu’on n’est pas premier ministre ou ministre des Finances? » Et pour Françoise Françoise Therrien Vrignon, « gagner un siège serait extraordinaire comme réalisation », estime l’analyste.

Il reste encore trois semaines à la campagne avant le jour du vote.

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