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Des experts interpellent Couillard sur la réforme administrative de la santé

Des personnalités du monde de la santé réclament un moratoire sur la vaste réforme que le ministre Barrette a imposée aux structures du réseau par l'adoption du projet de loi 10.

Dans une lettre envoyée mardi au premier ministre Couillard, quatre ténors de la santé affirment qu'il faut stopper la réforme et confier soit à la vérificatrice générale de la province, soit à une instance indépendante, le soin de « porter un regard critique externe sur ce qui se passe sur le terrain, dans les divers services de santé et sociaux ».

Pas moins de 35 autres personnes appuient cette initiative, dont l'ex-président de la CSN Gérald Larose, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) Régine Laurent et l'avocat Jean-Pierre Ménard.

Ce n'est pas la première fois que ces experts tirent à boulets rouges sur la réforme du système de santé mise en oeuvre par le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette. En avril dernier, Paul Lamarche, Pierre Joubert et Marc-André Maranda avaient appelé la vérificatrice générale à examiner de toute urgence la situation.

Cette fois, c'est à Philippe Couillard qu'ils demandent d'intervenir. 

« Monsieur le premier ministre, vous devez vous assurer que cette réforme ne cause pas de dommages irrémédiables et rassurer la population à cet effet », écrivent Mme De Koninck et messieurs Lamarche, Joubert et Maranda.

Aux yeux de ces observateurs du système de santé, Philippe Couillard ne doit pas attendre l'évaluation que doit faire le ministre Barrette en 2018. Les effets de la réforme sont tels, disent-ils, qu'« en 2018 il sera trop tard pour corriger les dérives [...] ».

Une cure minceur pour tout l'appareil de la santé

Le virage administratif qu'a fait prendre Gaétan Barrette au système de santé vise, selon les dires du ministre, à changer la culture au profit des usagers. Lorsqu'il avait introduit cette réforme à l'automne 2014, le ministre avait affirmé que « présentement, les citoyens du Québec n'en ont pas pour leur argent ».

Par l'adoption de la Loi 10, qui a modifié l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé, Québec entend réaliser des économies d'échelle d'au moins 220 millions de dollars par année.

Cet exercice minceur au plan administratif a notamment eu pour effet d'éliminer les agences de santé et de services sociaux. Désormais, ce sont des Conseils intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) qui administrent le réseau.

En vertu de la réforme, le nombre de conseils d'administration dans le réseau doit passer de 200 à 28.

Cette refonte devait aussi entraîner l'abolition de 1300 postes de cadres. En mars dernier, le gouvernement Couillard estimait avoir atteint 90 % de l'objectif fixé.

Les impacts sur les institutions et les personnes

Les quatre signataires de la lettre adressée à Philippe Couillard en ont particulièrement contre trois aspects de la réforme.

  • Ils affirment que cette réforme amène une vision qui n'est pas partagée par les principaux intervenants et qu'elle est implantée à un rythme qui ne respecte pas les capacités des personnes et des institutions.
  • Ils soutiennent que la réforme ne s'appuie pas sur des fondements scientifiques. « L'énormité des structures mises en place, l'uniformité du modèle de fourniture de services et la rigidité des modes de gestion et de gouvernance sont sans commune mesure avec ce qui existe et est reconnu ici comme ailleurs. »
  • Les auteurs de la lettre dénoncent « la centralisation à outrance, l'ingérence dans les décisions d'instances réputées autonomes et la concentration entre les mains d'une seule personne ».

La loi du silence

En mars dernier, l'élimination par le gouvernement Couillard du poste de commissaire à la santé avait soulevé l'inquiétude de l'opposition. La critique en matière de santé au Parti québécois, Diane Lamarre, avait qualifié cette décision de « tournant dangereux » et reproché à Gaétan Barrette de vouloir imposer la loi du silence. 

Dans leur lettre, les experts soulignent que des acteurs du réseau de la santé se taisent parce qu'ils craignent « de perdre leur statut ou même leur emploi ».

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