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Des travailleurs temporaires veulent faire immigrer leurs parents malades

Une loi qui interdit aux migrants temporaires de faire venir un membre de leur famille qui est malade est contestée par un groupe de défense de ces migrants.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Le groupe, qui défend des migrantes aide-soignantes, demande au gouvernement fédéral d'abroger la loi sur l'immigration et la protection des réfugiés qui leur interdit de faire venir un membre de leur famille au pays s'il est malade ou atteint d'un handicap.

Sa sortie survient au moment où l'article controversé de la loi à ce sujet fait l'objet d'une révision devant un comité parlementaire des Communes à Ottawa.

L'article 38 de la loi de 2002 stipule notamment qu'un résidant temporaire ne peut faire venir un membre de sa famille si les soins qu'il encourt risquent d'entraîner un fardeau excessif pour les services de santé de sa province. Le gouvernement a défini comme « fardeau excessif » des frais dépassant 6,655$ par personne par année. Ce chiffre est le même partout au pays.

Le groupe Caregivers Action Centre demande que l'article soit supprimé, parce qu'il soutient que la loi est discriminatoire et anticonstitutionnelle en vertu de la charte canadienne. Sa porte-parole, Amalia Loyzaga, estime qu'un millier de migrantes sont déboutées chaque année lorsque le gouvernement fédéral rejette leur demande de faire entrer au pays un membre de leur famille atteint d'une maladie ou d'un handicap physique ou mental.

La fille de Mme Loyzaga, Apple, est autistique et son mari est décédé cette année aux Philippines, si bien qu'elle doive maintenant subvenir seule aux besoins de ses trois enfants qui restés dans l'archipel avec leur famille élargie. Elle explique que son maigre salaire d'aide-soignante ne lui permet pas de faire. « Ma demande visant à faire venir ma fille a été rejetée, parce que le gouvernement la considère trop malade », explique-t-elle.

Sa compatriote Josarie Danieles est dans la même situation. Elle a tenté sans succès de faire venir à Toronto sa fille de 14 ans qui est atteinte d'une déficience intellectuelle. Elle travaille dans un centre d'hébergement pour personnes âgées et son salaire n'est que de 900 $ par mois. « J'ai déboursé 6000 $ dans une agence canadienne de recrutement pour immigrer au Canada dans l'espoir d'y réunir un jour ma famille », dit-elle.

Mme Danieles affirme que la situation économique aux Philippines est mauvaise et qu'elle ne veut pas y retourner. « Personne ne devrait séparer une mère de sa fille, qu'elle soit handicapée ou non », implore-t-elle en pleurs.

Peu de recours possibles

Mercedes Benitez, elle, a appris en 2015 que sa demande pour faire venir ses deux fils Harold et Bill et son mari Romero au Canada est refusée, parce que Harold est atteint d'une déficience intellectuelle.

Mme Benitez a alors renouvelé sa demande mais cette fois pour des motifs d'ordre humanitaire, laquelle a été acceptée il y a six mois. « Aucune mère ne devrait être traitée de la sorte, nous méritons toutes la compassion des autorités fédérales. »

L'avocate en droit du travail, Fay Faraday, reconnaît qu'une requête basée sur des motifs compassionnels reste une solution envisageable pour ces femmes, mais elle affirme néanmoins que cela ne fait qu'« individualiser une solution pour un problème généralisé ». « On ne peut compter sur un tel système de loterie, une requête basée sur des motifs d'ordre humanitaire est longue et coûteuse et elle est laissée à la discrétion d'un commissaire de l'immigration », souligne-t-elle.

Ces migrantes, dont beaucoup proviennent des Philippines, sont au Canada depuis de nombreuses années et leur visa de travail est chaque fois renouvelé lorsqu'elles en font la demande auprès de leur agence de recrutement.

Le groupe estime toutefois que les droits de ces migrantes ne sont pas respectés, déjà qu'elles vivent dans des conditions difficiles loin de leurs familles. « Les migrants qui viennent ici avec un permis de travail temporaire doivent obtenir le statut de résidents permanents dès leur arrivée au pays », ajoute Mme Loyzaga.

Loree Erickson, qui est paraplégique, est une Américaine qui enseigne dans des universités torontoises depuis qu'elle est venue étudier au doctorat en Ontario il y a 14 ans. Elle requiert une aide-soignante pour sortir du lit et faire sa toilette chaque matin. « Je ne sais pas ce que je ferais sans elle », admet-elle. Elle a tenté sans succès de devenir résidente permanente au Canada. « Ils ont refusé ma requête en expliquant que je n'étais pas admissible à cause de mon lourd handicap physique. »

Mme Erikson affirme que le Canada est « hypocrite », parce qu'il insiste d'un côté sur l'égalité pour tous en termes d'emploi et d'accessibilité et refuse de l'autre côté une demande de résidence permanente pour des raisons d'ordre médical. « Nous ne sommes pas un fardeau pour la société, nous avons seulement des besoins et ils ne sont pas excessifs », dit-elle.

Me Faraday ajoute qu'il est ironique de constater que le Canada accepte de faire entrer des milliers de migrantes pour aider des familles canadiennes qui ont un parent à charge, mais qu'il refuse de faire venir les enfants de ces mêmes femmes sous prétexte qu'ils sont malades. « Nous apprécions leur travail, mais nous refusons leurs familles. »

Me Faraday précise en outre qu'il ne servirait à rien de contester la loi devant des tribunaux, parce que cela prendrait près de dix ans avant d'obtenir un verdict à la suite de longues audiences et qu'il en coûterait des millions de dollars en frais d'avocats. « Cela constituerait un obstacle supplémentaire à ces migrantes qui ne peuvent attendre. Profitons alors des audiences en cours à Ottawa pour abroger la loi en leur faveur », conclut-elle.

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