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Des voix réclament la protection des maisons de type « shoebox »

Montréal abrite depuis près d'un siècle des centaines de petites maisons communément appelées des « shoebox ». Certaines d'entre elles sont toutefois menacées, notamment en raison de leur vétusté. Héritage Montréal réclame d'ailleurs un moratoire pour tenter de les sauver.

Ces « boîtes à chaussures » font partie du paysage de la métropole depuis le début du siècle dernier. Ces petites maisons d'ouvriers ont été bâties sur le même modèle, modeste et fonctionnel. Elles ont été construites sur un seul étage, sans fioritures ni sous-sol.

« La maison "shoebox" est toujours en bois, fabriquée en gros madrier pièce sur pièce à la façon rurale, et lambrissée de briques à la façon urbaine pour protéger contre le feu », explique David Hannah, professeur associé au Département d'études urbaines et touristiques à l'Université du Québec à Montréal.

Les « shoebox » ont été construites autour des ateliers Angus, dans le quartier Rosemont, mais également dans Ahuntsic, Lachine et Tétreaultville, entre autres. « Avec des terrains qui ne valent pas cher, avec une maison simple comme tout à construire, avec un petit budget, ces maisons s'épanouissent à travers le territoire montréalais », précise M. Hannah.

La plupart des « shoebox » ont été modifiées au fil du temps, mais il reste quelques perles rares, comme celle de Maude Carrier-Léger. Dans sa petite « shoebox » de 800 pieds carrés, tout est resté intact depuis les années 30. Le corridor central, les murs en plâtre brossé, les boiseries, les armoires.

Des maisons menacées

Mais aujourd'hui, beaucoup de ces petites maisons sont en mauvais état, sinon carrément à l'abandon. Et aucun règlement municipal ne les protège spécifiquement. Elles sont très convoitées pour être démolies puis transformées en immeuble en copropriété.

La conseillère municipale Christine Gosselin rappelle que les « shoebox » bénéficient tout de même d'une forme de protection puisque, depuis 2015, on ne peut plus raser un bâtiment ou le modifier sans obtenir une autorisation de l'arrondissement.

« Souvent les gens veulent les agrandir, les transformer, et ce qu'il faut faire c'est réfléchir à comment accorder les transformations tout en retenant la mémoire de la "shoebox", la mémoire architecturale de la "shoebox" », ajoute M. Gosselin.

C'est le cas de Geneviève Charbonneau. Elle a ajouté un deuxième étage à sa maison, ce qui a nécessité huit mois de négociations avec la Ville avant d'obtenir un permis. « Notre but à nous d'agrandir, c'était vraiment d'agrandir la famille et là maintenant on a une fille, donc c'était vraiment pour ça et non dans l'idée de revendre ça en condo séparé, de le flipper », précise-t-elle.

Un siècle après leur construction, il reste encore pas mal de « shoebox » à Montréal. Et avec eux, un patrimoine ouvrier typiquement montréalais, mais pour combien de temps, se demande David Hannah.

La Ville songe de plus en plus à protéger les « shoebox », selon la conseillère municipale Christine Gosselin, même si son idée n'est pas encore faite. « Il est clairement temps qu'un vent de protectionnisme se lève sur les "shoebox". Qu'on puisse prendre un répit, identifier, cataloguer celles qui ont une valeur patrimoniale, qu'on aimerait préserver », conclut-elle.

D'après les informations de Normand Grondin

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