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Deux bains en cinq ans : Québec ordonne une enquête

Le Centre intégré universitaire de la santé et des services (CIUSSS) de l'Est-de-l'Île-de-Montréal enquêtera sur les soins offerts aux Habitations pignon sur roues, dans la foulée d'un reportage de Radio-Canada relatant le triste sort réservé à l'un de ses résidents, Wady Salem.

C’est ce qu’a annoncé vendredi la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, en arrivant au caucus de son parti. Les autres ressources dites « alternatives » de la métropole seront aussi visitées pour savoir « si cette problématique est généralisée » et si « les services appropriés sont donnés », comme il se doit, a-t-elle ajouté.

« Ma responsabilité ministérielle commande que je demande une enquête et que je sache ce qui se passe et qu’on trouve des solutions », a expliqué la ministre, sans pouvoir dire à quel moment les résultats de ces investigations seront connus. Selon elle, le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de Montréal n'avait reçu aucune plainte dans cette affaire.

C’est totalement inacceptable ce que j’ai vu. Il n’y a pas un humain qui doit vivre ça au Québec, même à travers le monde.

Lucie Charlebois

« C’est une résidence qui est indépendante du réseau de la santé, mais ça ne m’empêche pas de me poser des questions et de demander une enquête », a ajouté la ministre Charlebois. « Il est clair que je ne peux pas laisser ça aller, peu importe qui c’est dans la société. C’est encore moins acceptable pour les personnes qui n’ont pas de ressources, qui sont handicapées. »

Dès ce matin, une équipe psychosociale se rendra à Habitations pignon sur roues pour aller rencontrer les pensionnaires. « C’est certain que ça a dû ébranler d’autres résidents [...] Alors on va s’assurer que les gens sont accompagnés », a expliqué Mme Charlebois.

Le CIUSSS est en action ce matin. Je peux vous dire qu’ils ont senti qu’il y avait beaucoup d’indignation.

Lucie Charlebois

Pressée de dire si les mesures annoncées ce matin pourraient être étendues dans le reste du Québec, la ministre est demeurée prudente. « On va commencer par faire ce bout-là. Je ne vous dis pas que ça n’arrivera pas ailleurs. On va voir à la lumière de ce qui va sortir de toute cette enquête-là. Je veux qu’on agisse rapidement. »

À l'Assemblée nationale, le porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux, Dave Turcotte, a soutenu que l'enquête de la ministre aurait dû être confiée à la Protectrice du citoyen, puisque le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-deMontréal subventionne en bonne partie Habitations pignon sur roue. La ministre Charlebois a assuré qu'une tierce partie se joindrait à l'enquête.

Wady Salem, un paraplégique de 38 ans, soutient n'avoir reçu que deux bains en cinq ans lorsqu'il habitait son deux et demie à Habitations pignon sur roues, qu'il a depuis quitté, même si son appartement était doté d'un lève-personne approprié. Il soutient en outre avoir été laissé seul sur la cuvette pendant des heures, une situation que confirment d'autres résidents.

La directrice de la résidence, Aline Croteau, affirme ne jamais avoir été mise au courant de la situation, contrairement à ce qu'affirme M. Salem. Elle soutient cependant que son établissement est « coincé » financièrement, et que le personnel est parfois confronté à des dilemmes.

« On ne leur demande pas de compte »

Pierre Blain, directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), assure que M. Salem n'est pas le seul à vivre ce genre de situation. « Est-ce que c’est unique? […] Non malheureusement, on a beaucoup de plaintes à ce niveau-là », a-t-il déclaré dans une entrevue accordée au Réseau de l'information.

Dans le cas présent, poursuit-il, les explications de la direction sont « tout à fait inacceptables ». Bien que les budgets de ces ressources dites « alternatives » sont bel et bien faibles, le problème en est essentiellement un d'organisation des soins.

Pour offrir ce genre de services, il faut aussi pouvoir les livrer. Dans ce cas-ci, on se rend compte que ce n'est pas le cas.

Pierre Blain

Ayant lui-même travaillé dans de tels établissements, M. Blain est d'avis que les résidents sont victimes d'un « manque de surveillance et de supervision du patron de la place ». Le gouvernement doit cependant aussi assumer ses responsabilités. « L'État ne vient pas voir non plus », déplore-t-il. « On ne leur demande pas de compte. »

Selon lui, Québec devrait mandater un organisme comme le sien pour effectuer des visites dans ces résidences. « Il n’y a pas de visites faites actuellement par le ministère, donc c’est laissé à la bonne volonté des gens. Et il y en a de la bonne volonté. Mais je pense que ça dépasse maintenant la bonne volonté: il faut avoir de la surveillance », plaide-t-il.

Arrêtons de nous faire croire que la maltraitance, ça n’existe pas, et surtout pas dans notre réseau de la santé. Au contraire, ça existe, et il faut qu’on prenne des mesures en fonction de ça.

Pierre Blain

Le directeur général du RPCU affirme avoir déjà fait des représentations à ce sujet au gouvernement du Québec.

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