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Deux débats, encore le niqab et beaucoup de lait : bilan de la 9e semaine

C'est l'avant-avant-dernière semaine de campagne qui se termine, 9e semaine pour les puristes, une semaine de deux débats où on a vu aussi une perte de vitesse du NPD dans les sondages, mais Thomas Mulcair laisse entendre qu'il n'a pas dit son dernier mot.

Un texte de Manon Globensky

Cette semaine, soulignons d'abord que Harperman et la chanson de Maxime Bernier ne sont plus seules au palmarès des chansons de campagne. Le groupe canadien Blue Rodeo a lancé la vidéo Stealin' my dreams qui dénonce le bilan du gouvernement Harper, un groupe qui se fait appeler Yung Liberalz chante Stoners for Justin et sur YouTube, on trouve même un hymne pro-Harper en hindi pour inciter à voter pour le candidat Naval Bajaj dans Brampton-Est, dans la région de Toronto.

La partisanerie au rendez-vous

La partisanerie était de nouveau de mise à l'extérieur des deux débats des chefs, où les militants viennent toujours accueillir les chefs à grand coup de slogans et de pancartes. À remarquer au débat Munk sur les affaires internationales lundi, l'autobus du chef conservateur Stephen Harper dont les haut-parleurs diffusaient à haut volume Taking care of business de Bachman Turner Overdrive, un classique des années 70 et un favori de M. Harper, qui y voit une façon de décrire son bilan.

Du débat Munk, plusieurs ont retenu la performance du chef libéral Justin Trudeau, pas juste pour le contenu, mais pour son sens de la répartie. Comme lors d'un échange sur les changements climatiques avec M. Harper, où il a dit que le chef conservateur parle toujours comme si le Canada était un chef de file de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, qu'il commence à se croire lui-même, ce qui a déclenché les rires dans la salle. Mais il ne faut pas s'imaginer que l'étoile de Stephen Harper a pâli durant ce débat où il a, comme d'habitude, présenté calmement son raisonnement.

Au Face à face de TVA vendredi, Stephen Harper a été la cible de la plupart des attaques, et sa performance a été très inégale. Il a voulu exploiter la position de faiblesse dans laquelle le chef néo-démocrate Thomas Mulcair arrivait à ce débat, mais en fin de compte, M. Mulcair a probablement donné sa meilleure performance de tous les débats. Même sur le niqab, où M. Harper a pu le déstabiliser à propos des points de vue dissidents de certains candidats de son parti, le chef néo-démocrate a su revenir et souligner à son adversaire conservateur que sa défense des droits des femmes semble bien limitée.

Tout le monde avait les yeux rivés sur cette performance de Thomas Mulcair après une semaine de mauvais sondages. La question a hanté M. Mulcair jusqu'à Iqaluit, où il voulait parler d'environnement, mais il a plutôt dû rajuster le ton à propos du niqab, qui le met mal à l'aise lui aussi, a-t-il fini par dire, mais il faut se plier aux jugements des tribunaux. Ce qu'il a répété au débat. Il a clairement dit, en réponse aux journalistes, qu'au cours des deux prochaines semaines, il va s'agir pour lui de rappeler aux électeurs le choix initial entre un gouvernement sortant usé, selon lui, et un parti qui a une vision pour l'avenir. Ce qu'il a également fait au débat.

Le niqab

Thomas Mulcair souhaite certainement que l'épisode du niqab soit derrière lui, même si les conservateurs, à coup de conférences de presse de Steven Blaney et de Denis Lebel, aimeraient bien le garder d'actualité. M. Lebel a ainsi déclaré que si ce dont les Québécois voulaient discuter c'était le niqab, on allait parler du niqab. Steven Blaney, lui, a quand même eu un peu de peine à répondre à un journaliste qui lui demandait s'il avait déjà vu une femme portant le niqab à Lévis. Dans une réponse ponctuée d'hésitations, il a fini par dire qu'il a vu des membres de plusieurs communautés culturelles. À souligner l'affrontement par la voie des médias sociaux entre le maire de Calgary, Naheed Nenshi, et Jason Kenney. M. Nenshi dénonçant l'attitude des conservateurs et M. Kenney l'accusant de politiser la question du niqab. Vraiment?

Permettez-moi de rappeler le chiffre de la semaine : 2. Deux femmes seulement ont refusé de prêter le serment de citoyenneté à visage découvert, deux femmes sur plus de 686 000 nouveaux citoyens. Mais il faut défendre les valeurs canadiennes contre une érosion insidieuse, dit M. Blaney.

Est-ce que ça aura encore un impact le jour du vote? Mon collègue Vincent Maisonneuve s'est promené dans la circonscription de Brossard-Saint-Lambert, et on peut retenir des commentaires celui d'un électeur qui voit désormais un gouvernement conservateur minoritaire à l'horizon, alors qu'une électrice disait qu'elle veut voter pour le changement et qu'elle attendra jusqu'au jour du vote pour favoriser le parti qui a le plus de chance de défaire les conservateurs.

Attendez-vous à entendre parler de plus en plus de vote stratégique au cours des deux dernières semaines, les deux partis qui se réclament du changement, c'est-à-dire les libéraux et les néo-démocrates se sont lancés dans une nouvelle offensive de publicités radio et sur les médias sociaux où ils s'en prennent un à l'autre, histoire que les gens comprennent mieux ce qui les distingue.

Partenariat transpacifique

Le nouveau débat de l'heure c'est bien sûr le Partenariat transpacifique et les négociations en cours en vue de la création d'une vaste zone de libre-échange qui regroupera 12 pays.

Des producteurs laitiers surtout québécois et ontariens ont manifesté un peu partout cette semaine, notamment devant le Parlement avec vaches et tracteurs, pour exprimer leurs inquiétudes de voir le système de gestion de leur production, comme celui des œufs et du poulet, sacrifié par le gouvernement Harper.

M. Harper a tenté de les rassurer, le ministre sortant de l'agriculture Gerry Ritz également, mais rien n'y fait. On a même soulevé des questions sur la légitimité d'un gouvernement en pleine campagne électorale de conclure un tel accord, mais il semble bien que cela se fait.

Mais le leader du Bloc québécois Gilles Duceppe a tout de même réclamé des garanties que ses adversaires Mulcair et Trudeau n'allaient pas accepter une entente qui ne respecterait pas la gestion de l'offre.

Dans une lettre au ministre sortant du Commerce, Ed Fast, M Mulcair dit que s'il est élu premier ministre il ne se sentira pas lié par l'entente de principe à laquelle le Canada donnerait son accord. M Trudeau n'a pas vraiment répondu, préférant attendre de voir ce qui sera conclu.

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