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Deuxième rapport du VG sur Phénix : « On veut des noms », disent des syndicats

Des syndicats de fonctionnaires fédéraux au pays, dont le plus imposant, espèrent que le deuxième rapport du vérificateur général du Canada sur le système de paye Phénix, à paraître mardi, identifiera enfin les personnes responsables de ce fiasco.

Un texte de Florence Ngué-No

L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et l’Association canadienne des agents financiers (ACAF) souhaitent que le vérificateur général Michael Ferguson dévoile les noms des responsables qui ont donné le feu vert à la mise en oeuvre du système en février 2016.

Dans son rapport, M. Ferguson se penchera notamment sur « la centralisation des conseillers en rémunération et le lancement du système Phénix ».

Ce lancement est survenu sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau, qui était au pouvoir depuis à peine quatre mois au moment de la transition ratée, qui avait occasionné des problèmes de paye chez des milliers de fonctionnaires.

«  On veut le nom de cette personne-là  », dit l'AFPC

La vice-présidente nationale exécutive de l'AFPC pour le Québec, Magali Picard, espère que ce second rapport permettra de comprendre pourquoi Phénix a été mis en oeuvre alors même qu'il donnait des signaux d'erreurs.

« Qui a dit : "C'est le moment de passer à l'action, de mettre en place Phénix", alors qu'IBM et l'AFPC donnaient des avertissements très clairs au gouvernement en disant :"On n'est pas prêts?" », se demande la vice-présidente du plus imposant syndicat de fonctionnaires au pays.

Magali Picard s'attend à ce que le vérificateur général du Canada soit en mesure de désigner des responsables.

« Tout le monde se lance la balle, personne ne se dit imputable dans ce dossier-là. Alors nos attentes sont très grandes », ajoute-t-elle.

Le président de l'ACAF, Dany Richard, affirme lui aussi attendre beaucoup de ce rapport.

« Qu'est-ce qui s'est passé? Qui est responsable? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas des tests plus rigoureux qui ont été faits? », demande M. Richard.

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement Canada (SPAC) de l’époque, Judy Foote, a répété à plusieurs reprises que les hauts fonctionnaires responsables du projet lui avaient assuré que le système était prêt à être déployé en février 2016.

Vers une commission d’enquête publique?

L'AFPC n'écarte pas l'idée de demander la tenue d'une enquête nationale publique pour faire la lumière sur ces ratés, si le rapport du vérificateur général ne répond pas à toutes les questions du syndicat.

« Des centaines de milliers de travailleurs ont des problèmes de façon quotidienne », s’insurge Mme Picard.

« Ce sont des gens qui doivent trouver des solutions pour être capables de payer leur hypothèque et répondre aux besoins de leur famille. C'est la moindre des choses que de les informer de tout ce qui s'est passé », affirme Mme Picard.

L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), qui représente près de 57 000 membres, déplore l'accumulation des cas problématiques et la gestion de cette crise par le gouvernement.

Le vice-président de l'IPFPC, Stéphane Aubry, espère lui aussi que le rapport du vérificateur général du Canada apportera des réponses à ses questions.

« On aimerait connaître l'ampleur des dégâts causés par ce système », dit M. Aubry.

Tout comme Magali Picard de l'AFPC, Stéphane Aubry estime qu'une commission d'enquête publique serait un moyen efficace d'aller chercher les informations manquantes, s’il y a lieu.

Questionné quant à la pertinence d'une commission d'enquête publique sur Phénix, Dany Richard précise que son syndicat n'en est quant à lui pas là, mais il n'écarte pas cette possibilité.

Des réponses sur les coûts?

Dans son rapport automnal paru en novembre dernier, Michael Ferguson s’est penché une première fois sur les ratés du système Phénix. Il a alors conclu que le gouvernement avait tardé à agir et n'avait toujours pas de plan pour remédier à la situation. Il prévoyait aussi que la facture attribuable aux ratés du système continuerait de gonfler.

Celui-ci avait également révélé que le gouvernement lui-même ne connaissait pas l’ampleur du fiasco sur les coûts ou sur les fonctionnaires fédéraux.

Phénix gère le service de la paye de 46 ministères et organismes, sur un total de 101.

Colliger des données fiables provenant des 55 autres ministères et organismes, qui ne sont pas gérés par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), a jusqu’ici été impossible.

Le secrétaire parlementaire de la ministre des SPAC, Steven MacKinnon, assure que des réponses suivront bientôt.

M. MacKinnon réitère que son gouvernement n’a eu d’autre choix que de déployer le système de paye dans toute la fonction publique fédérale, puisque le précédent gouvernement avait déjà entamé la transition en mettant à pied des centaines de conseillers en rémunération.

De minces progrès en cours

Bien que le ministère des Services publics estime que plus de la moitié des fonctionnaires demeure aux prises avec un problème de paye, Steven MacKinnon affirme que des progrès significatifs sont réalisés dans certains ministères.

La mise en place par Ottawa d’une nouvelle approche où des conseillers en rémunération sont affectés à un ministère ou un organisme en particulier a, dans certains cas, permis de réduire le nombre de dossiers en attente du quart, selon le secrétaire parlementaire.

Ces progrès demeurent cependant invisibles pour des dizaines de milliers de fonctionnaires.

Bruno Marchand a oeuvré 27 ans pour Santé Canada, avant de prendre sa retraite en mai 2016.

Il aurait voulu vivre sa retraite « paisiblement ». Il vit aujourd’hui avec le stress de voir sa pension amputée de plusieurs centaines de dollars par mois, pendant 4 ans.

Une fois à la retraite, le gouvernement a continué de le rémunérer comme un employé régulier, même s’il a tenté de faire cesser ces versements.

Aujourd’hui, le gouvernement lui réclame 15 896 $. Or, selon M. Marchand, ces calculs sont erronés. Il estime qu’il s’agit du double de ce qu’il a réellement reçu en trop.

« J’essaie de le supporter du mieux que je peux. C’est un problème qui prend toute la place », confie-t-il.

Comme tant de fonctionnaires et d’ex-fonctionnaires, M. Marchand continuera de s’armer de patience pour tenter de joindre le Centre des services de paye de la fonction publique, en espérant obtenir une réponse.

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