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Dialogue de sourds sur le droit des villes d'exproprier

Le maire Labeaume s'est évertué mardi à convaincre le ministre des Affaires municipales à donner plus de pouvoirs à la Ville de Québec pour exproprier les propriétaires qui laissent leurs bâtiments à l'abandon. Un plaidoyer qui n'a pas ébranlé le ministre, Martin Coiteux.

Un texte de Louise Boisvert

Le maire de Québec préparait sa réplique depuis des mois. La Ville cumule les rendez-vous manqués ces dernières années avec le gouvernement pour régler la question une fois pour toutes.

Le dernier en lice concerne le projet de loi 122 sur l'autonomie des villes, adopté en juin. Il prévoit que pour exproprier un propriétaire, la Ville doit faire la démonstration qu'il y a un danger pour « la santé et la sécurité ».

« Ça ne marche pas, ça ne marche pas », a répété le maire à plusieurs reprises sur un ton exaspéré à l'endroit du ministre des Affaires municipales Martin Coiteux lors de la présentation du mémoire de la Ville de Québec sur le projet de loi 155.

Le maire Labeaume estime que cette façon de procéder entraîne des délais toujours plus grands et la détérioration certaine des bâtiments.

L'enjeu est bien réel à Québec, selon lui. Le cas de l'ancienne Boucherie Bégin, sur la rue Saint-Jean, et celui de la Maison Pollack ont fait plusieurs fois les manchettes.

Ces bâtiments ont été abandonnés. Les inspections répétées et les avis d'infraction n'ont rien donné.

Régis Labeaume s'inquiète aussi du sort réservé aux locataires plus vulnérables qui habitent des immeubles insalubres et délabrés.

Servir d'intermédiaire

L'administration Labeaume voudrait mettre en place une nouvelle façon d'exproprier un propriétaire délinquant, notamment en servant d'intermédiaire pour des acheteurs potentiels qui seraient prêts à reconvertir le bâtiment visé par l'expropriation.

Peu ébranlé devant un tel plaidoyer, le ministre Coiteux souhaite d'abord que la Ville de Québec fasse la démonstration que la nouvelle loi a ses limites.

« J’émets le souhait que les nouvelles dispositions soient testées », a-t-il affirmé. « Et s'il s’avère que l'on doit les perfectionner, le cas échéant on pourra le faire », a-t-il promis.

Mais le maire Labeaume n'en démord pas, il répète que « ça ne marchera pas ».

Les échanges ont duré une dizaine de minutes. Le projet de loi 155 comporte d'autres irritants pour la ville de Québec, mais c'est le dossier de l'expropriation qui a occupé la majorité des échanges.

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