Plusieurs personnes, depuis quelques jours, m'ont demandé si on pouvait faire un parallèle entre l'arrivée de Valérie Plante et de Projet Montréal au pouvoir à l'Hôtel de Ville et celle du RCM et de Jean Doré en 1986, que j'avais couverte à l'époque pour Le Devoir.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Il y a, bien sûr, quelques ressemblances. Les deux partis avaient succédé à des administrations dirigées par la main de fer d’un « omnimaire » aux fortes tendances centralisatrices.

Mais les circonstances qui ont mené à la formation du RCM et de Projet Montréal étaient tout à fait différentes. Après des années de règne sans partage sur l’hôtel de ville, Jean Drapeau avait laissé une administration qui était, selon l’expression de Jean Doré, « gérée comme un magasin de chaussures des années 1950 ».

Ce n’était pas loin de la vérité. La Ville était dirigée depuis le bureau du maire et le conseil municipal n’était qu’une machine à ratifier les décisions du comité exécutif. Des contrats de quelques centaines de millions de dollars étaient adoptés sans discussion. Les citoyens n’avaient aucune place, sinon d’assister en silence aux réunions du conseil depuis des gradins mal conçus pour cette fonction.

Montréal n’avait même pas de plan d’urbanisme. Tout y était décidé au cas par cas, le plus souvent avec la seule préoccupation de savoir si un nouveau bâtiment allait rapporter plus de taxes que le précédent. C’est comme ça qu’on a fini par démolir de superbes édifices patrimoniaux.

Le RCM est donc arrivé en promettant des réformes aux structures. Le Conseil municipal n’avait alors que deux comités : l’exécutif et la toponymie. L’administration Doré créera des commissions sur tous les grands dossiers municipaux. On instaurera une période des questions des citoyens, qui est devenue la norme dans toutes les villes du Québec. On a également créé un Office de consultation publique, qui permettait aux citoyens de participer aux décisions.

Bref, de façon générale, on a ouvert les portes de l’hôtel de ville aux citoyens. L’administration Doré peut être critiquée pour toutes sortes de décisions moins heureuses, certains parlent encore du plancher d’emploi consenti aux cols bleus, mais son legs durable est clair et bien réel : c’est la démocratie municipale elle-même.

Mais une administration ainsi tournée vers les structures va nécessairement passer pour bureaucratique et trop préoccupée par les organigrammes. C’est ce qu’on finira par reprocher à l’administration Doré et celui-ci sera défait aux élections de 1994.

Dans des circonstances différentes...

Projet Montréal est venu au monde dans des circonstances tout à fait différentes. On n’avait pas trop à se préoccuper des structures, elles étaient là. Les vieux conseils de quartier du RCM avaient cédé la place aux arrondissements et, malgré les tendances centralisatrices de maires comme Pierre Bourque ou Denis Coderre, ils étaient là pour de bon.

Projet Montréal a été créé par Richard Bergeron avec des préoccupations beaucoup plus axées sur l’urbanisme, le transport en commun, la réduction du parc automobile. Bref, des enjeux de qualité de vie. L’engagement phare de Mme Plante, la ligne rose, va d’ailleurs tout à fait dans cette direction.

Là où les deux partis se rejoignent cependant, c’est dans leur inspiration et leur clientèle. Les deux sont une coalition de progressistes urbains, francophones et anglophones, qui s’entendent pour laisser de côté la question nationale pour travailler sur des objectifs communs. Jean Doré avait à ses côtés des Michael Fainstat ou John Gardiner, comme Valérie Plante aura des Sue Montgomery ou Alex Norris.

Les familles politiques sont différentes, mais essentiellement parce que le paysage politique de Montréal a changé. Les militants de Projet Montréal viennent beaucoup de Québec solidaire et du NPD, alors que ceux du RCM provenaient de l’aile progressiste du Parti québécois – ce qu’on appelait dans le temps la région Montréal-Centre – et des milieux communautaires anglophones.

Mais ce sont, au fond, les mêmes tendances, même si elles sont marquées plus fortement à gauche qu’il y a trois décennies – ce qui est un reflet de l’évolution politique de Montréal.

Projet Montréal n’est pas le successeur du RCM, et toute comparaison sera nécessairement faussée par les trente ans qui séparent les deux partis. Mais Projet Montréal pourra bâtir sur les acquis du RCM et sur une démocratie municipale qui a survécu autant aux tentations centralisatrices de certains maires qu’à l’épreuve du temps.

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