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Duceppe et Péladeau mettent en garde contre l'attrait du NPD

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne voit aucun avantage pour les Québécois à voter pour le Nouveau Parti démocratique, affirmant que son parti a toujours réussi à barrer la route aux conservateurs au Québec, du moins jusqu'à la vague orange de 2011. Un son de cloche repris par le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau.

« Si les comtés passent au Bloc québécois, ils ne passent pas à Harper », a expliqué Gilles Duceppe en point de presse à Laval, jeudi matin, rappelant que le parti de Stephen Harper n'avait jamais récolté plus d'une dizaine de sièges au Québec depuis 2006.

Le chef du Bloc estime qu'appuyer l'un des trois partis formant ce qu'il appelle le « Bloc canadien » ne garantit pas qu'ils formeront le gouvernement. « Le problème, ce n'est pas ici, c'est que le NPD et les libéraux perdent régulièrement contre les conservateurs dans le reste du Canada. Pourquoi devrait-on sacrifier nos convictions, ce que l'on est, ce que l'on veut, pour permettre à d'autres de remporter la victoire, alors qu'ils ne sont pas capables de les battre chez eux au Canada? » a demandé Gilles Duceppe.

« Il se peut qu'il y ait un gouvernement minoritaire. Dans ce cas-là, comment le poids du Québec peut[-il] être plus fort? Certainement pas en se disant : "on va mettre toutes nos billes dans un parti fédéraliste". On le voit dans des sujets très concrets », a poursuivi le chef du Bloc, donnant l'exemple du projet de pipeline Énergie Est, auquel le parti souverainiste s'oppose sans compromis.

À une journaliste anglophone, le chef du Bloc québécois a donné l'exemple de l'Écosse, qui avait donné un appui massif aux travaillistes avant le référendum de septembre dernier. « Quand le moment est venu de tenir un référendum sur leur propre futur, ils ont vu des gens à qui ils ont donné leur confiance s'allier aux conservateurs contre eux », a expliqué M. Duceppe.

Lors des dernières élections au Royaume-Uni, les Écossais ont envoyé 56 députés du Scottish National Party sur 59 députés écossais à Westminster. « La meilleure stratégie est d'avoir vos gens qui vous représentent, qui parlent pour vous et qui votent pour vous », a conclu le chef du Bloc québécois.

Attaques conjointes sur Énergie Est

Gilles Duceppe a continué de reprocher à son adversaire néo-démocrate, Thomas Mulcair, de faire fi du manque d'acceptabilité sociale pour des projets de pipeline comme Énergie Est « parce qu'il ne veut pas perdre de votes dans l'Ouest ».

En réaction aux plus récentes déclarations de M. Mulcair à ce sujet, M. Duceppe a réitéré le fait que ce pétrole, qui transiterait par le Québec, n'y est pas destiné et que le risque environnemental est grand. « On ne peut pas accepter un projet qui met en danger 600 de nos rivières et le fleuve Saint-Laurent, ce n'est pas une banalité que cette chose. On ne comprend pas pourquoi M. Mulcair s'obstine, sinon pour protéger des gains éventuels », a-t-il dit.

Aussi de passage à Laval, le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, a entonné un refrain similaire, jeudi après-midi. « Les néo-démocrates et les conservateurs, on l'a vu encore [...] avec la position de M. Mulcair sur l'oléoduc Énergie Est, ça commence à ressembler à bonnet blanc, blanc bonnet. [...] Le candidat néo-démocrate dit clairement que c'est une compétence fédérale, que les Québécois n'ont rien à dire sur l'implantation d'un tel ouvrage. C'est dans la continuité d'un gouvernement Harper », a soutenu M. Péladeau.

« Dans le fond ce qu'on constate, c'est que Thomas Mulcair a été déculotté [...] parce qu'il n'est pas capable de répondre adéquatement à la question, s'il est pour ou contre. Il dit qu'il est pour. Je ne suis pas certain que les Québécois soient pour », a lancé le chef péquiste, concluant « que le seul et unique parti à Ottawa qui va défendre les intérêts des Québécois, c'est le Bloc québécois ».

Quant à la position du PQ sur les projets de pipeline en général, Pierre Karl Péladeau n'a pas donné de réponse précise, comme en juin dernier. « On ne peut pas aborder, dans un point de presse, des questions aussi importantes que les hydrocarbures. Je suis désolé, mais je ne peux pas vous donner une réponse qui va être un clip de 30 secondes sur une question aussi fondamentale que l'énergie au Québec », a-t-il déclaré.

Une collaboration habituelle des souverainistes

Gilles Duceppe a jugé par ailleurs que la collaboration actuelle entre le Bloc et le Parti québécois n'avait rien d'exceptionnel par rapport à ce qui existe depuis sa première élection, en 1990.

Selon notre journaliste Davide Gentile, on peut toutefois parler d'une prise de contrôle « pas hostile, pas complète, mais très claire » du Bloc québécois par le PQ.

Le directeur général du Parti québécois, Alain Lupien, est quasiment aux commandes de la campagne bloquiste, qui obtient aussi de l'aide aux communications. On voit souvent des députés péquistes lors de sorties publiques de candidats bloquistes.

À micro fermé, cependant, l'enthousiasme n'est pas débordant, indique Davide Gentile. Fatigués d'une dure défaite électorale en avril 2014 et de la longue course à la direction qui a suivi, les militants indépendantistes constatent aussi que l'effet du retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc paraît avoir plafonné, ce que semblent indiquer de récents sondages.

Même s'il reconnaît que la campagne fédérale sera plus longue et plus coûteuse, le chef bloquiste affirme, sourire en coin, que les militants « sont bien entraînés ».

Le Bloc québécois n'a pas d'énormes moyens et son niveau de préparation n'était pas optimal, indique notre journaliste. Par exemple, les affiches électorales ne devraient pas être prêtes avant la fête du Travail.

Des organisateurs, surtout dans la région de Montréal, seraient inquiets parce qu'ils entendent des indépendantistes dire qu'ils seraient prêts à appuyer le NPD de Thomas Mulcair si cela permet de battre les conservateurs.

Néanmoins, Pierre Karl Péladeau sera présent tout au long de la campagne, selon plusieurs sources. Cela lui permettrait d'ouvrir un autre front que celui de la critique du bilan du gouvernement Couillard. Il souhaiterait ainsi vendre l'indépendance en convainquant les Québécois que la fédération canadienne les appauvrit, les ralentit et handicape le développement du Québec.

Le chef du Parti québécois a souhaité que le premier ministre du Québec se fasse entendre au cours de la campagne fédérale. « Ce qu'on voit, c'est un abandon. Il est complètement absent. Il devrait s'inspirer de l'Ontario, de la Saskatchewan. J'ose croire qu'il va assumer ses responsabilités de premier ministre et défendre les intérêts du Québec. Je dirais même qu'il va à l'encontre », a tranché M. Péladeau.

Pas la même chose chez les libéraux provinciaux

Du côté des libéraux, l'appui au frère fédéral est dans les faits très limité, même si le PLC aurait pu le souhaiter. Rare exemple : le ministre Pierre Paradis appuie la candidature de son frère, Denis Paradis, pour les libéraux, dans Brome-Missisquoi.

Cela contraste avec la situation en Ontario, où la première ministre libérale, Kathleen Wynne, fait ouvertement campagne contre Stephen Harper.

Une élue a confié à Davide Gentile, à micro fermé, que l'argent étant à Ottawa, « on n'a pas les moyens de se mettre à dos le futur gouvernement fédéral ».

Philippe Couilllard devrait aborder le sujet des élections fédérales en fin de semaine, lors du congrès des jeunes libéraux à Shawinigan, pour énoncer des demandes somme toute connues en matière de transfert en santé, de travailleurs étrangers temporaires, d'infrastructures et de gestion de l'offre dans le secteur laitier.

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