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Eaux usées : le maire Coderre dénonce la « manœuvre politique » des conservateurs

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a accusé les conservateurs d'utiliser sa décision de déverser 8 milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent pour se livrer à des jeux politiques en pleine campagne électorale. Les autres partis fédéraux n'ont pas été en reste, leur reprochant d'avoir trop peu investi dans les infrastructures.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

M. Coderre n'a visiblement pas apprécié la sortie du lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel au nom de la ministre de l'Environnement Leona Aglukkaq, demandant à la métropole québécoise « d'interrompre l'exécution de ses plans pendant la tenue d'une évaluation en bonne et due forme ».

« Vous avez eu un communiqué de presse d'une ministre de l'Environnement que je connais depuis plusieurs années, qui comme d'habitude n'a rien dit, a lancé le maire de Montréal. « Vous avez le ministre Lebel, qui m'avait appelé hier, pourtant, me disant : "Je comprends l'autonomie de Montréal. On va regarder ça, j'ai été maire je comprends, je comprends et aujourd'hui, qui lit un communiqué de presse". »

Lors de cette conférence de presse, M. Lebel, ministre sortant de l'Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales, a qualifié la situation d'« exceptionnelle » et de « préoccupante ». Il a notamment évoqué l'article 36.3 de la Loi des pêches, qui « stipule qu'il est interdit d'immerger ou de rejeter une substance nocive dans des eaux où vivent des poissons ».

« Mais ce communiqué de presse, si vous le voyez, n'a pas de valeur juridique, a soutenu M. Coderre. On ne vient pas nous dire c'est fini, on bloque le tout. On nous pose des questions », auxquelles la Ville a d'ailleurs déjà répondu, a-t-il dit.

« Savez-vous depuis quand Environnement Canada a ce dossier-là entre les mains? Depuis septembre 2014 », a-t-il poursuivi, ajoutant que les fonctionnaires d'Environnement Canada, jusqu'à la semaine dernière, n'avaient pas jugé bon de poser des questions supplémentaires.

Denis Coderre a par ailleurs affirmé que 90 milliards d'eaux usées non traitées se retrouvaient dans les Grands Lacs. « Est-ce que pendant ce temps-là il y a des conférences de presse pour [...] poser les questions par rapport aux Grands Lacs? », a-t-il demandé. Ailleurs au pays, plusieurs municipalités n'ont même pas d'usines d'épuration, a-t-il ajouté.

Une demande de suspension, mais pas de non catégorique de la part des conservateurs

Interrogé sur les conséquences éventuelles auxquelles s'exposait Montréal si elle refusait d'obtempérer, M. Lebel a eu un ton accommodant. « On n'est pas là-dedans aujourd'hui », a-t-il nuancé.

« On ne présumera pas de ce qui va arriver. On pense que tout le monde va bien travailler ensemble pour trouver une solution », a-t-il soutenu. M. Lebel n'a d'ailleurs pas rejeté catégoriquement la décision de la Ville.

Il ne s'est pas avancé sur les autres solutions qui pourraient être mises en œuvre. « Il faudra voir avec les gens de la Ville de Montréal et le ministère de l'Environnement, a-t-il répondu. Les fonctionnaires vont faire leur travail. »

Le NPD critique, le PLC prudent, le Bloc solidaire de Coderre

Le déversement projeté par Montréal s'est également immiscé dans les points de presse des chefs du Nouveau Parti démocratique, du Parti libéral et du Bloc québécois, qui, fait à noter, se présentent tous dans des circonscriptions montréalaises.

C'est le chef du NPD, Thomas Mulcair, qui s'est montré le plus critique au sujet du déversement projeté par l'administratrion Coderre.

M. Mulcair, qui représente la circonscription montréalaise d'Outremont, a assuré qu'un gouvernement néo-démocrate appliquerait « rigoureusement les lois » fédérales en matière d'environnement, rappelant qu'Ottawa avait juridiction sur « les eaux qui transitent entre les provinces, y compris le Saint-Laurent ».

« On va assumer nos responsabilités », a déclaré le chef néo-démocrate, qui était de passage à Surrey, en Colombie-Britannique.

S'il estime que « tout le monde est déçu de cette situation », le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a de son côté refusé de jeter la pierre à l'administration montréalaise. 

À l'instar du maire Coderre, il a soulevé l'exemple de Toronto, dénonçant l'hypocrisie des formations fédéralistes.

« J'aimerais qu'il aille aussi dire ça à Toronto, M. Lebel [...], qu'il dise la même chose en français et en anglais », a lancé M.Duceppe.« On a Tom et Thomas, maintenant on a Denis et Dennis », a ironisé le chef bloquiste, qui a souvent accusé son rival néo-démocrate d'avoir un double discours au cours de la campagne.

Refusant  de se mouiller, le chef du Parti libéral du Canada et député sortant de Papineau, Justin Trudeau, n'a pas indiqué s'il soutenait la décision de Montréal ou s'il s'y opposait. « Je comprends qu'Environnement Canada est en train de s'y pencher avec ses scientifiques », a-t-il dit.

« Je [comprends] à quel point c'est préoccupant qu'on soit rendu à ce point-là avec nos infrastructures, a-t-il affirmé. Que des gens soient aussi inquiets, je le comprends entièrement. ».

Pour sa part, le Parti vert a annoncé dès la semaine dernière son intention de déposer une demande d'injonction pour empêcher la métropole québécoise d'aller de l'avant.

La faute du manque d'infrastructures?

« Je peux vous garantir une chose : que ce soit là ou ailleurs, le fédéral va être un partenaire fiable, [à] long terme pour avoir de l'argent pour de l'infrastructure, pour avoir les usines de traitement des eaux usées », a affirmé Thomas Mulcair, critiquant implicitement les politiques des conservateurs dans ce dossier.

Justin Trudeau a pour sa part réitéré sa promesse d'investir, d'ici 10 ans, 20 milliards dans les « infrastructures vertes, qui [comprennent] des traitements d'eaux usées et l'amélioration de nos infrastructures d'eau ».

Interrogé une deuxième fois sur l'acceptabilité de la décision de Montréal, M. Trudeau, a promis d'être un « meilleur partenaire pour investir tout de suite » que ne le seraient ses rivaux conservateur et néo-démocrate.

M. Harper n'investit pas, alors que M. Mulcair ne le ferait que « dans cinq ans, dans 10 ans, dans 15 ans », a-t-il soutenu.

M. Duceppe a jugé que le responsable de la situation était le gouvernement fédéral, « qui n'a pas investi dans les infrastructures, entre autres les infrastructures relatives à l'assainissement des eaux ». « Ça, c'est grave », a-t-il ajouté, proposant lui aussi « d'investir massivement dans les infrastructures vertes ».

Interrogé sur les déversements d'eaux usées de plus petites municipalités, Denis Lebel avait pour sa part vanté le bilan du gouvernement Harper, affirmant que celui-ci avait réalisé le « plus grand plan [d'infrastructures] de l'histoire du pays ».

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