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Élections au Manitoba : des conseils municipaux cherchent des candidats désespérément

Lors du dernier scrutin municipal au Manitoba, en 2014, 37 % des conseillers ont été élus sans opposition, faute de candidats. Ce taux peut atteindre 100 % dans certains villages, où le désintérêt pour la politique locale semble plus marqué. En vue des élections municipales prévues le 24 octobre prochain, certaines municipalités s'organisent pour inciter les citoyens à s'impliquer davantage.

Un texte de Barbara Gorrand

« La politique locale? Ah non, ça ne m’intéresse pas. » Dans les rues de Saint-Pierre-Jolys, au sud de Winnipeg, il est difficile de trouver des personnes prêtes à s’impliquer dans la vie politique.

Cécile Lesage, par exemple, qui habite le village, explique qu’elle admire ceux qui s’investissent. « On veut s’assurer que les élus fassent avancer la communauté dans la bonne direction, mais de là à devenir conseillère, non merci », ajoute-t-elle.

Carmelle Gosselin, bénévole au magasin de seconde main, renchérit. « Je ne me présenterai pour rien au monde, je commence à être trop âgée et je n’habite pas ici depuis assez longtemps. »

La situation du village bilingue illustre une tendance générale au Manitoba. Aux élections municipales de 2014, 37 % des élus ont été élus sans opposition.

À Saint-Pierre-Jolys, la directrice générale, Janine Wiebe, ajoute même que, depuis qu’elle a pris son poste, il y a cinq ans, toutes les élections, partielles ou générales, se sont faites sans opposition.

Luc Nadeau, maire adjoint de Saint-Pierre-Jolys, déplore ce désintérêt pour la politique locale. « J’achève mon cinquième mandat de quatre ans », confirme-t-il, en ajoutant qu’il envisage de se présenter à nouveau l’automne prochain. « Non par passion, mais parce qu’on manque de candidats. »

Luc Nadeau et l’ancien maire du village de Saint-Pierre-Jolys, Denis Fillion, ont tous deux été élus sans concurrence en 2010. Selon eux, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce manque d’intérêt pour le processus démocratique local, dont l’investissement personnel au détriment de la vie privée, le dédommagement financier proche du bénévolat et la peur des pressions.

Miser sur l’éducation

Le village de Saint-Pierre-Jolys prend des mesures éducatives pour susciter l’intérêt de la population. Depuis 2006, un élève du secondaire siège au conseil en tant que jeune conseiller, pour donner aux jeunes générations le goût de la politique.

Et, pour inciter la population, notamment les femmes, à s’impliquer, la directrice générale, Janine Wiebe, veut donner plus de poids à la campagne.

« Nous avons déjà commencé à faire de la publicité sur notre site web, raconte-t-elle. Nous voulons mettre des affichettes sur les portes des maisons, pour dire aux gens de nous appeler, de venir s’inscrire comme candidats. Nous voulons organiser une journée portes ouvertes pour que la communauté puisse venir nous rencontrer, se faire expliquer le rôle de conseiller, les réunions… »

« Mais, surtout, le message que nous voulons faire passer, c’est :" Venez écrire votre nom dans le livre d’histoire!" »

L’éducation est aussi ce que préconise le politologue Raymond Hébert pour contrer le désintérêt, plus marqué chez les jeunes générations.

Selon le politologue, la dernière amalgamation au Manitoba, qui a forcé les municipalités de moins de 1000 habitants à se regrouper, était nécessaire. « Mais, ajoute-t-il, dès qu’on fusionne des villages, les gens peuvent aussi se désintéresser du siège du gouvernement, s’il se trouve dans un village éloigné. »

Plusieurs obstacles

Pour le directeur général de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM), Louis Tétrault, se présenter en politique municipale est encore plus difficile dans les petites communautés : « On ne voudra pas nécessairement contester son voisin ou son ami en élection. »

« Souvent [...], s’il n’y a pas eu de crise ou de complications, les résidents sont satisfaits avec le travail fait par l'élu, ajoute-t-il. Quand il y a une élection, c'est souvent qu'il y a eu un dossier épineux, qui a fait en sorte que quelqu’un voulait se présenter en élection. »

D’autres facteurs peuvent expliquer la situation, selon lui, notamment la réalité du harcèlement au niveau municipal, et la rémunération des élus, qui reste « modique ».

« Surtout, pour de plus jeunes personnes qui ont besoin d'un travail et qui n'ont pas la flexibilité de se présenter. Les réunions du conseil, c'est parfois en journée », ajoute Louis Tétrault.

À l’approche des élections de l’automne 2018, l’AMBM espère pouvoir organiser des sessions d’information publiques pour expliquer le rôle des élus.

« [L’Association des municipalités du Manitoba] fait un travail énorme pour la formation des nouveaux élus, c’est très utile, souligne M. Tétrault. Maism si on peut faire, un peu avant, de la sensibilisation et avoir des candidats qui comprennent les rôles, responsabilités et engagements, c’est une bonne chose. »

Avec des informations de Jacques Marcoux et Camille Gris Roy

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