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Élections en Colombie-Britannique : futur embrumé pour la marijuana

Le parti qui sera élu le 9 mai en Colombie-Britannique devra mettre en place la nouvelle politique fédérale en matière de marijuana, qui devrait entrer en vigueur en juillet 2018. Or, aucune plateforme électorale n'a de plan précis en la matière. La vente de marijuana dans les sociétés d'alcool, une idée considérée par le NPD et les verts, est critiquée par les experts consultés.

Un texte de Francis Plourde

Pendant que des milliers d’amateurs de marijuana se préparent à envahir la plage Sunset de Vancouver pour célébrer le 4/20, les partis politiques, eux, se montrent plus réservés en matière de cannabis.

Le chef néo-démocrate, John Horgan, a beau avoir indiqué qu’il voudrait voir la marijuana distribuée par l’intermédiaire des sociétés des alcools provinciales, ce souhait ne fait pas partie de la plateforme du NPD de Colombie-Britannique.

« Nous considérons que c'est un modèle viable en Colombie-Britannique, tout comme d'autres modèles de distribution », nuance le candidat Mike Farnworth, porte-parole en matière de marijuana, qui ajoute que des consultations approfondies devraient avoir lieu avant toute décision à ce sujet.

Du côté des libéraux, la plateforme électorale inclut la marijuana qu’à une reprise. Le parti dit vouloir « travailler avec les départements de police pour développer un outil de détection de la marijuana qui permettra de faire en sorte que les conducteurs sous l’influence de la drogue ne soient pas sur les routes ».

Par voie de communiqué, le parti dit vouloir créer un groupe d’experts pour développer un cadre législatif entourant la distribution de marijuana, l’âge minimum pour consommer et la conduite avec facultés affaiblies.

Dans une déclaration attribuée au candidat Amrik Virk, le parti ajoute vouloir allouer « une portion des revenus tirés de la vente de cannabis au renforcement de sa stratégie contre les armes et les gangs criminels ».

Les verts, eux, n’ont pas dévoilé de plateforme complète. Un porte-parole du parti dit être incapable de répondre à toutes les questions concernant la substance. « Si nous formons le gouvernement, nous ferons davantage de consultations pour déterminer nos prochaines actions. »

Les partis provinciaux semblent préférer éviter la question en attendant d'en savoir plus sur le projet de loi fédéral.

Neil Boyd, professeur de criminologie à l'Université Simon Fraser (SFU), n’est pas surpris de cette omission, même si, selon le criminologue, il était clair « que les provinces auraient à prendre des décisions concernant l’âge pour consommer, les prix et la vente de marijuana ».

BC Liquor stores : la fausse bonne idée

La proposition du NPD d’arrimer la vente de cannabis aux sociétés d’alcools est aussi étudiée par les verts, mais vivement critiquée par le Parti libéral.

« C'est un modèle déjà existant où les employés sont déjà formés pour vendre un produit à un public restreint », explique le néo-démocrate Mike Farnworth.

Or, un tel système n’a jamais été mis en place, que ce soit aux Pays-Bas, au Colorado ou dans l’État de Washington, souligne le criminologue Neil Boyd : « Je n’ai jamais vu une autorité qui a donné son aval à la vente de marijuana avec de l’alcool. »

Selon lui, les comptoirs de distribution de marijuana médicale qui existent déjà à Vancouver ont développé une expertise que n’ont pas les sociétés d’alcool, même si sur le plan administratif, alcool et marijuana sont deux substances qui sont destinées aux adultes.

Pour Steve Easton, professeur d'économie à SFU, c’est un modèle simplement inapplicable dans le contexte actuel.

À Vancouver seulement, 180 entreprises de distribution de marijuana ont fait une demande de permis de vente. « C’est complètement fou de penser qu’on peut imposer un nouveau régime et de croire que les entreprises existantes vont participer », analyse l'économiste.

Taxer : oui, mais pas trop

La question de la taxation est l’autre élément important sur lequel devra se pencher le nouveau gouvernement provincial.

En Colombie-Britannique seulement, la production de marijuana représenterait 2 milliards de dollars selon les analyses de Steve Easton, soit l’équivalent de 1,5 à 4,6 % du PIB de la province.

Le criminologue Neil Boyd va dans le même sens, indiquant qu’une fois les taxes imposées, un gramme de marijuana devrait se vendre entre 7 et 10 $ le gramme.

À court terme, la marge de manoeuvre semble mince pour les différents partis, puisque si le marché est trop taxé et trop centralisé, le crime organisé pourrait ne pas cesser ses activités.

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