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Élire un chef, avant de poser les bonnes questions

Qu'ont en commun le Parti québécois et le Nouveau Parti démocratique? Ils doivent tous les deux se choisir un chef qui sera considérablement moins connu et moins compétent que son prédécesseur. Et la course à la direction va obliger les deux partis à éluder certaines remises en question pourtant essentielles.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Au NPD, c'est très clair : aucun des prétendants à sa succession n'aura les qualifications de Thomas Mulcair. Et la course à la direction va occulter une question que le NPD doit absolument se poser : comment se positionner maintenant que les libéraux de Justin Trudeau se sont franchement positionnés à gauche du spectre politique.

Au PQ, le portrait est étrangement similaire. Pas un des candidats pressentis à la direction du parti n'a le profil public ni les compétences en affaires de Pierre Karl Péladeau qui, avec le temps, était en voie de devenir un chef de l'opposition redoutable et redouté.

Il ne faut pas oublier combien le PQ s'était littéralement donné à PKP. Il avait gagné dès le premier tour de scrutin avec près de 60 % des voix. Celui qui avait terminé au second rang et qui à ce moment-ci semble être le favori, Alexandre Cloutier, avait eu un beau succès d'estime. Mais il n'avait pas obtenu 30 % des voix.

Bien sûr, on doit donner aux candidats à la succession de PKP le temps de grandir dans la fonction, mais le temps sera limité, puisque les élections auront lieu moins de deux ans après l'élection du nouveau chef.

Mais une chose est certaine, le nouveau chef du PQ partira avec un tour de retard sur les autres chefs de parti et il ne sera pas facile de rattraper le peloton.

Débats trop longtemps repoussés

Ce qui est plus sérieux au Parti québécois, c'est que les nécessités d'une course à la direction vont nécessairement masquer certains débats qui ont été repoussés trop longtemps.

Le départ de PKP permet de faire un constat : même un chef dont on ne peut remettre en question les convictions indépendantistes n'a pas fait bouger l'aiguille. En un an, l'idée de la souveraineté n'a pas progressé dans les sondages, elle a plutôt baissé un peu.

L'article 1 du programme du PQ est le ciment qui lie tout le monde dans un parti qui imploserait très vite sans ce consensus fondamental. Mais,= il est de plus en plus clair que c'est ce même article 1 qui plombe les perspectives électorales du parti.

Dans les années 1990, la dernière fois qu'il a formé des gouvernements majoritaires, le PQ obtenait plus de 40 % des voix. Aujourd'hui, il peine à dépasser les 30 % dans les meilleurs des sondages. Ce n'est pas qu'une baisse temporaire, c'est un autre ordre de grandeur.

En particulier, et c'est ce qui est le plus important pour l'avenir, on constate que les jeunes ont délaissé le mouvement souverainiste. Mais le PQ a, jusqu'ici, soigneusement évité de se demander pourquoi.

Dans les circonstances, il est illusoire de penser qu'on va faire un débat sur de telles questions pendant une course à la chefferie où il faut plaire aux plus militants et leur faire croire que le pays est à portée de main.

C'est ainsi qu'on parlera sans doute davantage de la plus en plus hypothétique convergence souverainiste que des questions qui fâchent comme les jeunes qui ne se reconnaissent plus tellement dans un parti de têtes grises.

Depuis la « Saison des idées », lancée après la défaite de 2003, le PQ a eu tendance à éviter les remises en question et à considérer que les meilleures idées sont encore celles qu'il a défendues depuis toujours.

Il serait surprenant que la quatrième course à la direction depuis ce temps devienne soudainement le temps de se poser des questions existentielles.

On aura peut-être un « moment Trudeau » : choisir un candidat plus jeune en pensant que cela va avoir les mêmes effets qu'au fédéral. Mais un chef ne fait pas foi de tout, surtout dans un parti qui a tant de choses à redéfinir.

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