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Embauche d'IBM pour corriger Phénix : le gouvernement est « illogique », dit l'opposition officielle

Le député conservateur de Louis-Saint-Laurent et porte-parole de l'opposition officielle en matière de Conseil du Trésor, Gérard Deltell, soutient que la décision du gouvernement Trudeau de recourir aux services d'IBM, le concepteur du système de paye Phénix, pour en corriger les lacunes montre « la contradiction et l'illogisme du gouvernement libéral ».

M. Deltell réagit ainsi à notre reportage sur un contrat de 29 millions de dollars accordé à IBM pour appuyer les efforts de redressement du système de paye.

Le député indique qu'il était un peu « étrange et contradictoire » que le gouvernement appelle à l'aide les concepteurs de Phénix, qui ont mal conçu le système de paye au départ.

« Dans l'ensemble de l'oeuvre, le contracteur [IBM] a une très grande responsabilité là-dedans. On [le gouvernement] le cloue au pilori, on le met de côté, on ne veut plus rien savoir », relate M. Deltell.

Un drôle de message

La députée néo-démocrate de Jonquière, Karine Trudel, s'inquiète quant à elle du message que ce nouveau contrat à IBM envoie à la population et la fonction publique.

« On dirait que le gouvernement continue à s'enfoncer. On a une compagnie qui est IBM qui a créé le problème. Là, on va avoir des employés d'IBM qui vont venir prendre la place de fonctionnaires qui depuis deux ans travaillent au sein même de ce système-là qui est complètement catastrophique. Qu'est-ce qui va se passer avec ces fonctionnaires-là? » se demande-t-elle.

Mme Trudel déplore que le gouvernement n'ait pas lancé un appel d'offres pour dénicher des experts compétents, comme le proposait le NPD, afin de régler les problèmes de Phénix.

« On aurait peut-être pu aller chercher une expertise ailleurs, ne serait-ce que pour pouvoir comparer les bonnes pratiques ou les mauvaises pratiques », poursuit-elle.

L'AFPC appuie

Le plus gros syndicat de fonctionnaires du gouvernement fédéral, l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), qui a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada dans le cadre de son reportage sur le nouveau contrat accordé à IBM, a toutefois réagi mercredi.

La vice-présidente exécutive régionale de l'AFPC pour le Québec, Magali Picard, a indiqué que le syndicat s'oppose à la sous-traitance, mais qu'il permettra au gouvernement d'y recourir pour une période d'un an.

Mme Picard a dit que l'AFPC a accepté ce compromis pour être « bon joueur » et après que le gouvernement lui eut assuré que les travailleurs d'IBM ne vont corriger que des lacunes informatiques au chapitre de la programmation du système.

« On ne peut pas aujourd'hui, avec les informations qu'on a, dire au gouvernement de cesser ça », s'est défendue Mme Picard. « Est-ce que ça va occasionner davantage de problèmes pour les travailleurs [de ne pas faire appel aux experts d'IBM]? Si c'est le cas, on ne peut pas prendre ce risque-là. »

Mme Picard a affirmé que l'AFPC a obtenu l'assurance du gouvernement que l'entente avec IBM prendrait fin dans 11 mois et que, si ses experts étaient encore nécessaires, « soit qu'on embauche ces experts-là, ou encore, on forme nos gens à l'interne ».

Les investissements pour redresser Phénix vont aux fonctionnaires

Le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Steven MacKinnon, a défendu, à nouveau mercredi, la décision de son gouvernement de faire appel à IBM. Il a indiqué que le coût de ce contrat ne représentait qu'un petit pourcentage des investissements pour corriger les lacunes de Phénix.

« On mandate la fonction publique de régler Phénix par et pour les fonctionnaires et la quasi-totalité de nos investissements pour stabiliser le système de paye sont destinés à redorer le blason de la fonction publique canadienne », a fait remarquer le député de Gatineau.

M. Mackinnon a rappelé que son gouvernement a embauché 1000 personnes pour améliorer le système de paye et que ces dernières sont à l'oeuvre.

Avec les informations de Julie-Anne Lapointe et d'Estelle Côté-Sroka

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