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Emmanuelle Latraverse: Mulcair bien au centre

Le pari du NPD allait toujours être périlleux : convaincre les Canadiens qu'il est possible de dépenser des milliards de dollars dans une foule de programmes tout en équilibrant le budget dès l'an prochain.

Une analyse d'Emmanuelle Latraverse

Après avoir critiqué le gouvernement conservateur pendant quatre ans, il s'agit de convaincre l'électorat que malgré la croissance anémique, malgré les finances publiques fragiles, le NPD est capable d'avoir les moyens de ses ambitions, quitte à ce qu'elles soient revues à la baisse.

La recette magique est dans le cadre financier. Son objectif est clair : rassurer en plaçant le NPD au centre de l'échiquier politique.

Armé de son cadre financier, Thomas Mulcair espère se présenter au débat des chefs sur l'économie bien au centre. Un chef du NPD prêt à dépenser davantage que les conservateurs, mais bien moins que les libéraux, équilibre budgétaire oblige.

Thomas Mulcair sera attaqué sur l'optimisme de ses prévisions de croissance. Il le sait. Le chef du NPD a échafaudé son cadre financier sur les prévisions du budget d'avril dernier. Or, cinq mois plus tard, tous les économistes s'entendent pour dire que le 1,9 % prévu par le ministre des Finances Joe Oliver ne sera pas au rendez-vous.

Thomas Mulcair sera également attaqué sur la stratégie même de son cadre financier. La part du lion de ses nouvelles dépenses en infrastructures, en santé et pour les garderies ne seront pas mis en œuvre avant les années 2018-2019, voire 2019-2020. C'est demander aux Canadiens d'être bien patients pour un chef qui sillonne le pays à plaider qu'un grand coup de barre s'impose. Par exemple, son système national de garderies à 15 $ ne pourra être financé que sur huit ans.

Mais les stratèges du NPD font le pari que ces nuances, aussi importantes soient-elles, demeurent en quelque sorte théoriques dans le climat d'une campagne électorale.

C'est probablement d'ailleurs la raison pour laquelle leur plan semble si flou par moments. Tentez de trouver comment s'échelonne le financement du programme des garderies, ou des milliards promis dans les infrastructures. Le financement de leurs promesses en santé dans le cadre de la bonification des transferts aux provinces en santé est encore plus obtus.

C'est le prix à payer pour un parti qui dévoile son cadre fiscal avant le reste de sa plateforme et qui tente du même coût d'y chiffrer des promesses électorales qui ne sont pas encore annoncées.

Rassurer et convaincre

La mission première de leur chef dans cette campagne est de rassurer l'électorat, le convaincre que le changement en faveur du grand parti de gauche au pays n'est pas risqué. L'espoir donc, c'est que leur cadre financier leur a donné les outils nécessaires pour faire la preuve que le NPD d'aujourd'hui n'est ni socialiste, ni risqué, ni dangereux.

Deux choix stratégiques dans leur cadre financier le reflètent.

La hausse des impôts des sociétés à 17 % a pour but de calmer les inquiétudes des secteurs financiers, après tout, même en 2011, sous Jack Layton, le parti promettait de hausser ces impôts à 19,5 %!

Et prenez l'aide internationale. C'est une priorité historique du NPD de hausser son financement à 0,7 % du PIB, tel que l'exigent les objectifs du millénaire. Le problème, c'est que ça coûterait huit milliards de dollars par année. Or, si le parti soutient qu'une promesse viendra pendant la campagne, elle risque d'être bien plus modeste. La grande promesse pour les plus démunis de la planète devra attendre que le Canada en ait les moyens.

Le voilà, le NPD 2015.

Il se dit fidèle à ses visées interventionnistes, mais il tente d'avoir les moyens de ses ambitions.

C'est du moins ce dont Thomas Mulcair tentera de vous convaincre ce soir au débat des chefs sur l'économie.

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