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Encore des lacunes majeures pour offrir des soins de santé en français en Ontario

Le commissaire aux Services en français de l'Ontario hausse le ton et réclame des changements importants pour que des services en français soient bien disponibles dans les endroits identifiés. François Boileau juge que les règles en place ne sont pas toujours respectées et que cela entraîne des conséquences majeures pour les francophones.

Un texte de Julie-Anne Lamoureux

Le commissaire Boileau dénonce le fait que certains fournisseurs de soins de santé, des tierces parties, n'offrent pas de services en français alors qu'ils devraient le faire. Il parle d'un manque flagrant d'imputabilité et d'une déresponsabilisation du système de santé.

Certains de ces fournisseurs sont identifiés et doivent donc offrir des services en français en vertu d'un règlement mis en place en 2011. Or, le commissaire constate que le règlement n'est pas toujours respecté et que personne ne veille à son application.

Réponse des RLISS

C'est une différence d'interprétation légale entre le commissaire Boileau et les RLISS sur la nature des tierces parties qui explique la situation.

Les RLISS ne considèrent pas les fournisseurs de services de santé comme des tierces parties. Selon eux, les hôpitaux, les laboratoires, les centres de santé communautaire, les centres de soins de longue durée par exemple, ne sont pas des entités gouvernementales comme le sont les RLISS. Ce sont des entités jugées indépendantes, même si elles reçoivent du financement des RLISS et donc, du gouvernement.

Conséquences réelles sur le terrain

Le commissaire aux Services en français, François Boileau dénonce cette situation depuis des années. Il s'inquiète de voir que ces problèmes d'interprétation subsistent toujours.

Certains Franco-Ontariens obtiennent d'excellents soins et services en français, mais d'autres, pas du tout. Et surtout, le commissaire Boileau déplore le fait que les francophones ne savent souvent pas à quels endroits ils peuvent aller dans leur région pour obtenir des services en français.

« Souvent, l'organisme a des ressources francophones, mais il ne va pas nécessairement vouloir en faire la promotion parce que s'il y a un changement de personnel, ils sont pris avec l'obligation qui demeure d'offrir des services en français », explique François Boileau.

Des francophones déçus

Juliette Anctil Pelletier s'occupe de son mari malade depuis plus d'une décennie. Elle a fréquenté presque tous les hôpitaux de la grande région de Toronto au cours des dix dernières années.

Si elle réclamait toujours des services en français il y a quelques années, elle ne le fait plus systématiquement parce que c'est devenu trop décourageant.

C'est donc par hasard qu'elle obtient parfois des services en français. Et chaque fois que cela se produit, elle admet voir une immense différence.

« Pour moi, c'est la satisfaction que je peux avoir de pouvoir expliquer, d'aller dans les détails », dit-elle.

Marlène Thélusma-Rémy, elle, s'occupe de sa mère malade depuis des années. Et contrairement à Juliette, elle demande toujours des services en français, même si cela signifie qu'elle doit livrer une bataille presque à chaque fois.

Le gouvernement réagit

Le ministre de la Santé, Eric Hoskins, reconnaît qu'il existe un problème qui doit être résolu. Il a d'ailleurs rencontré le commissaire à cet effet. « Il faudrait peut-être regarder cet enjeu différemment de ce que nous avons fait dans le passé », dit-il.

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, admet que c'est une préoccupation pour elle et indique qu'une analyse de la situation est en cours.

« Même les intervenants, on a encore une difficulté à comprendre c'est quoi. Certains fournisseurs offrent d'excellents soins et services et d'autres peut-être moins. Donc, c'est ce qu'on est en train de voir au niveau de cette analyse et on veut rectifier la situation le plus rapidement possible », explique-t-elle.

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