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Enquête sur les femmes autochtones : tout est à bâtir, selon Michèle Audette

Des voix s'élèvent au Canada pour dénoncer la lenteur des travaux de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. « Certaines familles crient déjà haut et fort leur déception », lance Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec.

Un texte de Francis Labbé

« Ce qui les déçoit, poursuit Mme Michel, c'est la lenteur du processus et le fait qu'elle n'ait obtenu encore aucune nouvelle, aucune information. Comment cela va-t-il se dérouler? » se questionne Viviane Michel.

« Nous espérons commencer nos rencontres avec les comités aviseurs en janvier et nous voulons commencer les audiences en avril », répond la commissaire Michèle Audette, non sans admettre avoir été elle-même surprise de devoir tout mettre en place en vue des travaux à venir.

« Moi je pensais qu'on arrivait dans une structure déjà faite », explique Michèle Audette, ex-présidente des femmes autochtones du Canada et commissaire pour l'Enquête. « Au contraire, il faut défricher le sol pour mettre en place cette grande structure-là. » 

« Je vais être franche avec vous, on n'a pas encore embauché tout le personnel, je viens de recevoir mon téléphone portable pour mes fonctions de commissaire et je n'ai pas encore reçu mon ordinateur », poursuit Mme Audette, que nous avons rejoint alors qu'elle quittait la Côte-Nord à direction de Québec pour ouvrir un bureau de la Commission à Wendake. 

Un mandat « ambitieux »

L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées s'est amorcée le 1er septembre dernier et se poursuivra jusqu'au 31 décembre 2018. Elle mise sur un budget de près de 54 millions de dollars. 

Sous la présidence de la juge autochtone Marion Butler, elle aura pour mandat d'examiner les causes qui contribuent à la violence faite aux femmes et aux filles autochtones, ainsi que de comprendre pourquoi les taux de violence tendent à augmenter.

L'enquête voudra aussi examiner les répercussions des politiques et des pratiques des institutions gouvernementales sur les autochtones, dont le maintien de l'ordre et l'aide à l'enfance. Les commissaires devront ensuite recommander des mesures pour éliminer les causes systémiques de la violence et accroître la sécurité des femmes et des filles autochtones au Canada. Ils devront également recommander des façons d'honorer et de commémorer ces femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

Les commissaires auront le pouvoir d'assigner devant eux des témoins et de leur enjoindre de témoigner, oralement ou par écrit, et exiger qu'ils produisent les documents nécessaires à l'enquête. Soit le même pouvoir qu'un tribunal de la Cour supérieure.

« Le mandat est très ambitieux », estime la directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Édith Cloutier. « Jusqu'à quel point on pourra offrir des réponses aux familles qui en demandent? Et est-ce qu'on ne risque pas de diluer de graves problématiques dans une vaste enquête nationale chargée d'aborder différents angles? » se questionne Mme Cloutier.

Les dossiers chauds au Québec

Michèle Audette a déjà indiqué à ses collègues commissaires les sujets qu'elle estime incontournables au Québec. La crise survenue à Val-d'Or il y a un an à la suite de révélations de femmes autochtones arrive au premier rang.  

Des femmes autochtones ont dénoncé des gestes graves qui, selon elles, auraient été posés par des policiers de Val-d'Or : sévices sexuels, abus de pouvoir et intimidation. Après cette dénonciation, le Service de police de la ville de Montréal a ouvert une enquête, dont les conclusions sont toujours attendues.

Parmi les autres sujets que Michele Audette aimerait approfondir au Québec, il y a aussi la disparition de 8 enfants de Pakuashipi, sur la Basse-Côte-Nord, en 1972, qui ont été transportés en avion pour recevoir des soins à l'hôpital de Blanc-Sablon et qui ne sont jamais retournés chez eux par la suite. Les familles n'ont reçu, depuis, aucune nouvelle.

Elle aimerait aussi entendre les familles et les autorités dans le dossier des 5 autochtones de Manawan, morts dans un accident de la route en 1977 à Manawan. Le 26 juin 1977, cinq jeunes Atikamekws prenaient place dans un véhicule en compagnie de deux non-autochtones, lorsqu'en pleine nuit, le véhicule s'est retrouvé immergé dans une rivière. 

Les deux non-autochtones s'en sont sortis indemnes alors que les cinq autochtones y ont perdu la vie. Les deux survivants ont mis près de 8 heures à signaler l'incident aux autorités. Le coroner à l'époque avait conclu à un acte criminel - conduite avec les facultés affaiblies -, mais aucune accusation n'a été déposée.

La Sûreté du Québec a relancé cette enquête l'hiver dernier, mais les deux survivants ont invoqué le droit au silence et refusé de collaborer.

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