Depuis l'annonce de la vente de Rona à des intérêts américains, on entend beaucoup que le Québec est devenu une sorte de bar ouvert où les étrangers n'ont qu'à venir se servir et, qu'en conséquence, il doit devenir le village d'Astérix qui, grâce à la potion magique de la Caisse de dépôt, saura résister à tous les envahisseurs.

Une analyse de Michel C. Auger animateur de Midi Info

La réalité est quelque part entre les deux. D'une part, rien n'était inévitable dans la vente de Rona. Mais ce n'est pas parce qu'une intervention du gouvernement et de la Caisse est possible qu'elle devient souhaitable.

Le premier ministre Couillard a raison : le Québec ne peut pas vivre derrière un mur. Sauf que le départ d'un siège social comme celui de Rona ne saurait être une bonne nouvelle pour le Québec, comme l'a trop vite claironné la nouvelle ministre du Développement économique, Dominique Anglade.

Le Québec, tous partis confondus, est plutôt libre-échangiste. Sans l'appui massif des Québécois, le premier accord de libre-échange avec les États-Unis n'aurait jamais été adopté, il y a un quart de siècle. Dans un monde de libre circulation des capitaux, il est exact que pour chaque Couche-Tard et Saputo qui achète, il y aura un Rona ou un Cirque du Soleil qui sera vendu.

Mais, il est également vrai qu'il existe actuellement une situation particulière qui met à risque d'une prise de contrôle étrangère un très grand nombre d'entreprises québécoises. Avec un dollar canadien qui flirte avec les 70 ¢ US, une grande société américaine peut acquérir un fleuron du Québec inc. rien qu'avec son « petit change ».

Si l'offre de Lowe's pour Rona semblait plus alléchante que la précédente, ce n'est pas parce que les Américains ont considérablement augmenté la mise. C'est surtout à cause de la baisse du dollar canadien.

On ne peut risquer de perdre encore plusieurs sièges sociaux importants sans que Montréal et tout le Québec ne deviennent des joueurs mineurs dans l'économie de ce continent. Une cinquième province maritime, comme l'a dit un distingué professeur de HEC.

Seul un siège social est un véritable lieu de décisions. Et l'histoire récente montre qu'on ne peut pas croire les promesses des acheteurs. Garder le siège social d'une simple filiale, le centre de distribution ou les fournisseurs au Québec... C'est ce qu'ont promis les Alcan, Provigo et autres, pour oublier leurs engagements à la première occasion.

Les entreprises d'importance stratégique

Que faire, alors? Le gouvernement doit déterminer des entreprises dont le maintien au Québec est d'une importance stratégique et indiquer clairement qu'il interviendra pour les empêcher de faire l'objet d'une prise de contrôle.

Le Québec ne ferait qu'utiliser les mêmes méthodes que nombre d'États américains. De même, le gouvernement Harper a bloqué, en 2010, la vente de Potashcorp à une société britannique et australienne parce qu'il n'y avait pas de bénéfices tangibles pour le Canada.

Une chaîne de quincailleries ou de pharmacies n'est certes pas une entreprise stratégique pour le Québec. Mais ce serait le cas pour la Banque Nationale, Metro (dernier joueur majeur du Québec dans l'épicerie et l'agroalimentaire), SNC-Lavalin, CAE, l'Industrielle Alliance et bien d'autres.

Même pour les entreprises que l'on dit protégées contre des offres hostiles par des actions multivotantes et un contrôle familial, comme Bombardier, CGI et autres, le gouvernement du Québec pourrait invoquer le caractère stratégique de l'entreprise pour empêcher une transaction, même si elle s'effectue de gré à gré.

Ce serait plus compliqué, bien entendu, mais la perte du siège social de telles sociétés serait trop dommageable pour le Québec et, dans certains cas, le gouvernement a déjà trop investi dans ces sociétés pour les laisser partir.

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