Le prix de l'essence à la pompe atteint les records établis en 2014 un peu partout en Ontario, et cet événement survient à moins de deux semaines de l'élection provinciale.

Un texte de Cédric Lizotte

Deux des trois partis ont d’ailleurs affirmé avoir l’intention d’agir contre la flambée des prix. Mais pourquoi paie-t-on si cher, en Ontario? Et les intentions de Doug Ford et Andrea Horwath auront-elles les effets escomptés? La réponse comprend plusieurs volets.

Près d’un record historique

Le prix à la pompe dans la région de Toronto, lundi, était en moyenne de 135,9 ¢ par litre, selon Gasbuddy.com. Le record de tous les temps pour la région est de 142,6 ¢ par litre, établi en 2014. Ces prix sont devenus un enjeu électoral : Doug Ford a promis d’éliminer la taxe carbone en plus de réduire de 10 ¢ le litre le prix à la pompe. Andrea Horwath, elle, souhaite empêcher les grandes fluctuations des prix dans la province.

Mais les raisons qui expliquent l’impact du prix à la pompe sur la campagne électorale – et sur le portefeuille des Ontariens – sont relativement compliquées.

Quel pourcentage va à qui?

En Ontario, le prix d’un litre d’essence est divisé en plusieurs parties. Un certain pourcentage va au propriétaire de la station-service, au producteur, au transport et à la raffinerie. C’est à partir de ce pourcentage que les pétrolières multinationales engrangent leurs profits.

Puis, un autre pourcentage va aux différents paliers de gouvernement.

La valeur du huard

Ensuite, la valeur du dollar canadien en comparaison à celle de l’argent américain a un impact important sur le prix à la pompe, selon Gérald Fillion, analyste en économie de Radio-Canada.

« La valeur du dollar canadien a un réel impact. Un baril à 80 $ USD lors que le dollar canadien est à parité avec le dollar américain est à 80 $ CAD. Mais, en ce moment, la valeur du dollar canadien est plus faible et le 80 $ US vaut plus de 100 $ CAD dans les faits. »

Si on illustre cet argument sous forme de graphique, l’impact est visuellement évident.

Selon Dan McTeague, de GasBuddy.com, « si ça prend 1,30 $ pour acheter un dollar américain, le pouvoir d’achat des Canadiens est affecté. » Voilà donc un élément qui ne peut être contrôlé par les partis provinciaux.

Or, présentement, le prix du pétrole a dépassé les 80 $ USD le baril pour la première fois depuis novembre 2014. De plus, la valeur du huard ne fluctue pas beaucoup et reste autour de 77 ¢ USD depuis environ six mois.

Ce n’est pas tout…

Mais les cours du baril en plus des taxes n’expliquent pas tout. Si on ajuste le prix du baril en dollars canadiens et qu’on le compare au prix à la pompe dans la région de Toronto, on s'aperçoit que la corrélation n’est pas absolue.

C’est que le marché du pétrole est très complexe, explique M. Fillion.

« Les pétrolières ont des coûts d'exploration et d'exploitation qui sont élevés. Tout dépendamment du type de pétrole, de sa qualité et de la difficulté de l'extraire, les pétrolières ont des marges (de profit) différentes », de dire l’analyste.

Mais ce n’est pas tout. La provenance géographique du pétrole et les questions géopolitiques qui entourent certains de ces gisements a aussi un impact.

Les propositions des différents partis

Les partis provinciaux en lice pour l’élection du 7 juin ont tous trois traité de la situation du prix de l’essence. Ils n’ont, cependant, pas beaucoup de marge de manœuvre.

De son côté, Doug Ford veut réduire le prix à la pompe de 10 ¢ le litre en réduisant la taxe provinciale sur l'essence en plus d’éliminer la taxe carbone, qui, elle, compte pour environ 3 % du prix total.

« Le plan de M. Ford et des progressistes-conservateurs me semble louable : on parle non seulement de 10 ¢ le litre, mais en plus de l’impact qu’a la taxe carbone sur le prix de l’essence, à la pompe, le plan des conservateurs réduira le prix de 11 ¢ le litre », affirme M. McTeague.

Mais M. Fillion est un peu plus posé dans sa réaction. « Une réduction des taxes signifie, bien sûr, que les revenus de l'État seront moins grands. Surtout, sur le plan économique, réduire la pression pour améliorer l'efficacité des transports équivaut à repousser le problème à plus tard. »

Le Parti libéral de Kathleen Wynne croit que le marché va se réguler lui-même et que les taxes perçues sur le pétrole sont trop précieuses dans le budget gouvernemental pour les abaisser.

Lors d’un événement de campagne le 17 mai dernier, Mme Wynne a expliqué sa position. « La majorité des gens de verront pas une grande différence (si on réduit le prix de 10 ¢ le litre, NDLR). (…) Mais si on réduit la taxe sur l’essence de 10 ¢ le litre, c’est un trou d’un milliard de dollars dans le budget, de l’argent qui est investi en infrastructure. »

« Pour le Parti libéral, c’est le statu quo, donc si vous aimez ça, votez pour eux. Le prix va continuer de monter », explique M. McTeague.

Puis, du côté du Nouveau Parti démocratique, Andrea Horwath espère réguler les prix. Selon elle, les stations-service arnaquent les gens lorsqu’ils montent les prix sans justification avant un long week-end, par exemple, et elle affirme que le gouvernement doit s’en mêler. Pressée sur la question lors d’un événement de campagne le 20 mai dernier, Mme Horwath a tenu à préciser qu’elle n’avait pas l’intention de fixer les prix, mais qu’elle désirait empêcher les stations-services de changer les prix comme bon leur semble.

« Je ne pense pas que ça soit une bonne idée, affirme M. McTeague. La concurrence entre les détaillants s’occupe déjà de réguler les prix. Par exemple, aujourd’hui, les prix à North Bay sont plus bas qu’à Toronto. »

De son côté, M. Fillion rappelle qu’il y a plusieurs manières de forcer les pétrolières et les stations-service à contribuer au budget de l’État en plus d’offrir des prix justes à la pompe. « Il y a l'impôt sur les corporations, il y a des taxes spéciales (comme on a vu dans le secteur bancaire), il y a des redevances sur les territoires d'exploitation, il y a des taxes sur la masse salariale, il y a de nombreuses façons créatives de taxer les corporations comme les individus », dit-il.

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